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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 08:06

 

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Dans la voiture en direction de St Pierre, l’ambiance est au rendez-vous. Nous chantons à tue-tête des tubes comme Boumbo pour le plus grand plaisir de Léane, ma petite puce de 2 ans. Rien ne laisse présager que dans quelques heures, nous allons tous être embarqués dans une drôle d’aventure. Ce soir va être donné le départ du grand raid Réunion, édition 2014. Cet évènement est inscrit sur mes tablettes depuis que j’ai franchi la ligne d’arrivée de la Mascareignes, en octobre 2013.

 

Sur la petite sœur du grand raid, et malgré les 67 kms du parcours, j’avais subi la rapidité de l’épreuve. Bien sûr, j’avais obtenu une belle 33 ème place et surtout une magnifique première place par équipe avec les copains du team Déniv Running Conseil. Mais, j’étais frustré…. Très frustré ! Il me manquait des kilomètres, beaucoup de kilomètres…. Cela a été la confirmation que je suis fait pour l’ultra. Plus c’est long, plus c’est bon ! Ma participation au Grand Raid 2014 était donc une évidence.

 

Après un mois de repos total puis une reprise en douceur jusque la fin d’année, j’ai entamé des blocs d’entrainements spécifiques m’emmenant jusque ma première course, en mars 2014 lors du Trail de l’Eden. Il est important de prendre son temps, de revoir ses fondamentaux.  Pour faire simple, l’idée était de travailler spécifiquement la préparation physique générale de décembre à février, puis la vitesse de mars à début mai, et enfin l’endurance fondamentale jusque mi-septembre. Pour clôturer la préparation, un rappel de vitesse m’apparaissait judicieux. C’est dans ce cadre, que j’ai opté pour la participation à deux courses de moins de 30 kms. A partir de là, j’ai baissé la charge d’entrainement  jusqu’au jour J. Il ne faut pas arriver fatigué sur la ligne de départ, ce qui est le cas de bien trop de coureurs ! Il ne faut pas tomber non plus dans l’extrême en ne faisant plus rien. Le duo psychocorporel a besoin de se faire rappeler à l’ordre, de comprendre que ce n’est pas encore l’heure de s’endormir.

 

Pour faire un premier bilan de de l’année écoulée, et bien c’est la satisfaction qui m’anime. Avant ce grand raid, je peux déjà dire qu’il s’agit de ma meilleure saison de trail, la plus aboutie. Hormis une alerte mi-mai avec un début d’aponevrosite plantaire, qui a eu l’avantage de me faire réaliser un check up avec ostéo et podologue, je n’ai pas été gêné dans ma préparation et donc dans ma progression. D’ailleurs, je tiens à remercier Claude Ivars, l’artiste empirique, l’enchanteur de la semelle ! Il m’a remis sur pied.  Une belle 13 ème place sur la 974, une 10 ème sur le trail vert bleu, une 25 ème place sur le raid tui tuit et une 9 ème sur le trail urbain de St Denis. Je suis donc  en toute confiance. En ce jour d‘examen, je n’ai plus qu’une seule interrogation. La programmation de ma préparation était-elle à la hauteur de mes ambitions ? La course va être un juge impitoyable. Je me prépare toujours avec l’objectif d’arriver avec mon pic de forme le jour J. On verra bien.

 

En approche de la capitale du sud, je lance un « ah non, quel con ? ». Natacha inquiète me demande « quoi ? » « tu as oublié quoi ? ». Je réponds « le gâteau sport, quel con… ». C’est sûr, ce n’est pas grand-chose mais pour moi c’est beaucoup. Comme de nombreux coureurs, je suis très ritualisé surtout dans les dernières heures avant un ultra. Tout est millimétré, et là je considère cet acte manqué comme  le début des ennuis. A ce moment, la préparation mentale prend tout son sens. Je me remobilise rapidement, recherche des solutions et en trouve une. J’emmène tout le monde à Décathlon et trouve mon bonheur, des cookies d’avant course. Je vais déroger à ma règle de ne jamais introduire de la nouveauté pendant une course, mais là, c’est un cas de force majeure. Il faut sauver le fou arnaud.

 

Désormais, je prends la direction de la Ravine Blanche où l’on trouve facilement une place pour se garer. Trop simple, tu parles, il est 17 h 30, il n’y a pas foule. Il faut dire que le départ sera donné à 22 h 30. Surprise, je trouve Noé qui se détend dans un coffre d’une voiture. Je le salue, l’encourage, lui donne mes derniers conseils. Depuis quelques mois, j’entraine ce sympathique coureur de La Montagne. Il va faire son premier grand raid et va en épater plus d’un. Les entrainements laissent présager d’un gros potentiel avec une marge de progression très intéressante. En plus, c’est un mec adorable, ce qui rend cette collaboration vraiment plaisante.

 

 Mais comme je lui ai dit et répété, il ne faut pas qu’il se trompe d’objectif. Il faut qu’il reste sage, qu’il arrive à contenir sa fougue, qu’il se focalise sur son but, ce qui le fait rêver à savoir la médaille de finisher. C’est son premier grand raid et c’est déjà un objectif de taille. Après cette rencontre qui donne le sourire, j’opte pour une petite sieste. Mes parents vont faire une ballade avec Léane. Nath se repose elle aussi. Je ferme les yeux et essaye de faire le vide car le sommeil ne veut pas de moi.

 

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18 h 30, les choses sérieuses débutent. C’est l’heure du repas. Je mange ma salade de riz avec le thon et le maïs. La sauce préparée par chérie est excellente. La nuit tombe, les raideurs apparaissent. Ils sont reconnaissables à leur accoutrement.  Le stress commence à me gagner. Alors que je commence à installer tout mon bordel, Philippe Noel fait son apparition. Je le trouve serein. Déjà en tenue, il m’écoute, moi le bavard. Je l’informe de mon bon état de forme, que j’envisage de finir à 12 h 00  le samedi (petit mensonge puisque ma fiche de route me fait terminer samedi mais à 9 h 05), que je connais la difficulté de l’épreuve et n’hésiterais pas à passer du mode performer à finisher si il le fallait. Je veux finir mon 4 ème grand raid, tout comme lui. Philippe me dira après la course : « j'ai aimé l'échange qu'on a eu avant le départ à St-Pierre : tu visais l'excellence mais respectais assez le Grand Raid pour savoir que ça pourrait aller de travers mais, dans ce cas, tu voulais à tout prix finir. »

Oui, je veux finir et je finirai. Dans ma tête résonnent les mots de ma sœur « Donne-toi à fond, le pire ennemi c’est nous-même. Il faut être plus fort que son moi intérieur qui veut abandonner à chaque difficulté ». Je le sais, il faut rester humble face à ce géant, à cette diagonale ou plutôt à ce zigzag des fous.

 

Voulant commencer à me préparer, j’abrège cet échange bien sympathique. Je rentre dans ma bulle, en enchaînant différents rituels. Pour ce départ, au niveau de l’équipement, j’ai opté pour un collant skin, des chaussures Adidas riot 5, un t shirt seconde peau, un t shirt manches longues asics, des bas de contention Compressport. Le choix de mon sac s’est porté sur le Raidlight 10 l, très confortable que l’on peut comprimer selon ses besoins. Je n’aurai pas de poche à eau durant la course, me limitant à mes bidons de 500 ou 750 ml.

 

Avant d’enfiler tous ces vêtements, je me badigeonne presque intégralement de crème anti-frottement Nok. Je préfère m’en mettre plus que pas assez que ce soit sur les pieds, les cuisses  mais aussi le bas du dos, le ventre, les aisselles, …. Et j’en passe.

 

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19 h00, le moment est venu. Allez, c’est l’heure, le sas coureur vient d’ouvrir, je ne veux plus attendre. Je ne choisis pas d’entrer au dernier moment. Je préfère y être le plus tôt possible pour ne pas stresser inutilement. Je fais un dernier bisou à tout le monde. Ce moment est toujours particulier, emprunt d’émotions.  

 

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Vu que je n’ai pas de sacs d’assistances à déposer, je double la cinquantaine de coureurs qui attendent leur tour.

 

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Et me voilà au contrôle des sacs. Les deux jeunes filles sont pointilleuses. Pas de souci, j’ai tout ce qu’il faut. Dès ce passage obligatoire franchi, je m’approche de la ligne de départ. Le SAS est relativement vide. Je suis dans les premiers. Toutefois, une dizaine de coureurs sont déjà assis, positionnés derrière une barrière à proximité du podium de Réunion Première. Je me pose moi aussi. Il est 19 h 30, il me reste trois heures à attendre.

 

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Je m’hydrate, effectue des exercices de relaxation, de légers étirements, lis le journal. Puis, j’observe amusé deux jeunes bénévoles qui ont la lourde tâche de conserver un couloir au milieu des coureurs afin de permettre aux VIP de pouvoir passer et repasser.

 

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Les journalistes débutent leurs interviews, le direct de Réunion Première indique que l’heure approche. La scène s’anime avec le passage de jeunes artistes comme Emilie Ivara et le chanteur de batker avec sa nouvelle chanson dédiée aux raideurs.

 

Un journaliste essaye de faire monter l’ambiance pour avoir de belles photos. Il fait un flop, nous sommes tous silencieux, concentrés sur le défi qui nous attend.

 

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J’aperçois Natacha et Léane qui sont toute proches. On se lance des « coucou ». Léane chante des « allez papa, allez papa ». Tiens, Fabrice et sa petite famille me font la surprise de leur venue. Après cette échappée psychique, je me reconcentre. Je ferme les yeux, visualise ma fiche de route. Je me répète mes différents temps de passage, me récite l’ensemble de mes ravitaillements prévus sur mes 34 h 35 de course. Ce temps, c’est ma prévision la plus ambitieuse. Je l’ai établi sur la base de mes reconnaissances, de mon état de forme actuel mais aussi avec l’aide de Sully, un mathématicien passionné de trail et de chiffres.

 

Le premier coureur avec dossard préférentiel arrive. A mon grand étonnement, ce n’est pas une élite. C’est plutôt un boulimique de courses. Il a déjà réalisé plus de 25 épreuves en 2014.  Je ne parle pas de Gino mais de Daniel Guyot, un V2, dionysien, originaire de Bretagne que je croise sur toutes les courses auxquelles je participe. Il cause un tas, c’est peut-être le père de Gino ! Je lui demande comment il a fait pour avoir ce dossard. Il me répond (attention c’est énorme) «  l’organisation m’invite tous les ans ; moi je ne demande rien. Ils pensent que j’ai ma place dans le SAS car j’ai déjà terminé plus de 20 Grand Raid». Je suis à côté d’une des légendes de la diagonale. Bravo à lui, pour cet exploit mais aussi pour sa simplicité. Finalement, il préfère rester à mes côtés, et cela durant une heure. Ensuite, un peu gêné, il se décide à se mélanger aux élites. Une heure avant le départ, nous nous levons sans raison particulière. Je m’appuie contre la barrière, ce qui me fatigue à minima.

 

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Les VIP de la politique font leur apparition. Cela me fait penser au film de la cité de la peur. « Et voilà la sous-préfète…… et revoilà la sous-préfète ». Ils s’offrent un bain de foule, passent et repassent. Alors que je trouve la scène ridicule, certains collègues font tout pour avoir leur photo avec Nassimah ou encore Michel, Daniel,….

 

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Les élites arrivent un par un. Certains enchaînent avec un direct télé. C’est le cas de Marcelle Puy, Antoine Guillon, François D’haene, Pascal Blanc, Christine Bénard. Quel plateau cette année, cela fait rêver ! Juste devant moi  je reconnais Julien Chorrier, Iker Karrera, Freddy Thevenin, la star japonaise Tsuyochi Kaburaki, Nathalie Mauclair, l’américain Jason Schlarb, le lituanien Gerdiminas Grinius, Xavier thevenard, le norvégien Sondre Amdahl,….

  Photos Pierre Marchal, pour le site zinfos 974

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J’attends avec impatience l’arrivée d’un coureur, il s’agit d’un breton plus exactement d’un costarmoricain, Jérôme Lucas. Nous sommes originaires du même village en Bretagne. C’est un excellent coureur à qui je prédis une place proche du top 10, même si il s’agit de sa première diagonale. Il arrive, je suis rassuré. Je lui fais de grands signes pour qu’il me repère, sans succès.
 

A mes côtés, la tension est palpable. Les corps se rapprochent, se collent. Gilbert Ah Fat est tout proche, je le salue. Eddy Myrtal joue un coup de bluff, amadoue les bénévoles et entre dans le SAS préférentiel.

 

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20 minutes avant le coup d’envoi de cette 22 ème édition du Grand Raid Réunion, les élites se dirigent vers la ligne de départ officielle. Robert Chicaud fait un discours en nous annonçant une belle nuit étoilée, une petite farine de pluie dans les hauts et du soleil pour la journée de demain. Je crois qu’il a été mal renseigné… Les bénévoles nous demandent d’être disciplinés au moment où ils vont enlever les barrières. L’excitation monte. Les barrières sont enlevées une à une. Et tout à coup, me voilà en train de courir ! Nous avons une cinquantaine de mètres à parcourir pour se placer. Sous les clameurs du public, j’étends mes bras tel un oiseau, je suis chaud comme la braise. Et voilà, la ligne de départ. Je m’avance au cœur des élites et me retrouve en cinquième ligne ! Devant moi, la reine Marcelle. Plus que 10 minutes avant le départ.

 

L’ambiance est électrique. Ludovic Collet au micro enflamme le public et les coureurs. Je me surprends à faire quelques pas de danse sur de la musique techno. L’hymne de la course est lancée à une minute du départ. L’émotion me gagne, j’y suis, je vais m’élancer pour mon quatrième grand raid. Mes certitudes s’évanouissent. Je suis au milieu de la foule mais si seul devant ce défi. Je n’ai aucune idée de ce qui va se passer, sachant juste que je vais vivre des beaux et moins bons moments durant 172 kms.

 

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Le maire de St Pierre commence le décompte mais il a du mal à suivre. J’esquisse un sourire et voilà les fous sont lâchés. Ça bouscule dur, deux coureurs sont projetés à terre.

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                Je fais quelques sauts, me dégage et me retrouve aux côtés de Marcelle Puy. L’ambiance est énorme ! Cela crie de partout, les encouragements, les lumières, les feux d’artifice, les bruits des kayambs ou autres djembés,…. La clameur du public va nous accompagner pendant plusieurs kilomètres. C’est jubilatoire. Nous sommes acclamés comme des stars. Je profite à fond de cet instant si rare, si magique. Cela fait du bien à notre ego. Je repère l’épée magique de Léane, je me décale et m’agite devant ma team assistance. Je souris, tellement heureux de ce dernier coucou. La course est désormais lancée.

 

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Tout à coup, un coureur me double à vive allure.  Mais, c’est Jérôme ! C’est peut-être lui qui est tombé ? Je ne réfléchis pas trop, sprinte, le rattrape, le salue. Il me souhaite une bonne course, je lui renvoie l’encouragement. Je ralentis et me retrouve à nouveau auprès de la reine Marcelle, quintuple championne de l’épreuve.

 

 J’ai l’impression de changer d’identité tellement la foule est en délire. Tout le monde m’applaudit, m’encourage. Mais comment leur dire que je ne m’appelle pas Marcel…

 Alors que je m’approche du port de St Pierre, la reine accélère. Bien trop rapide pour moi, je la laisse filer. Il est désormais temps d’adopter mon rythme de croisière. Du coup, de nombreux coureurs me doublent notamment le lituanien, les japonais, Guillaume Le Normand, un groupe emmené par Cécile Ciman et Hortense Bègue. Je me fais la réflexion qu’elles vont difficilement tenir ce rythme.

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 Puis, Gilbert arrive à ma hauteur. Nous discutons un peu, échangeons sur ce départ de folie. Je lui demande si il sait où je peux pisser. Sa réponse est claire. Je vais devoir attendre les champs de cannes. J’en peux plus mais là il y a tellement de monde ! Je le laisse filer lui aussi. Après Terre Sainte, la route s’élève. Je trottine. La tendance commence à s’inverser. Je double quelques coureurs qui semblent déjà être dans le rouge. Je me retrouve rapidement derrière le groupe des réunionnaises. Cécile est très encouragée.

 

Et voici ma première victoire, j’arrive aux champs de cannes. Je mets le clignotant et perds une trentaine de places pour la bonne cause. Je reprends ma route et retrouve rapidement ma place derrière les filles. Je les double même et rejoins deux japonais dont Kaburaki. Enorme, ce gars-là me fait rêver et je suis en train de courir à ses côtés. A un moment, un gars derrière crie «  dossard tombé ». Je vérifie le mien, pas de souci. Il crie trois fois, puis s’énerve en disant « oh, dossard, vous êtes sourds ou quoi ». Finalement, un autre gars dit « eh les gars, on arrête de s’exciter, il est japonais, il ne comprend pas ! ». C’était Okunomya qui avait donc perdu son dossard. Tout rentre dans l’ordre.

 

Bassin Plat, 6,9 kms, 140 m d’altitude, 142 ème, 33 mn 42s.

 

Le premier pointage s’annonce. J’avais envisagé un passage en 42 minutes. Ce que je craignais se vérifie, j’ai explosé mes prévisions. Je passe dans un groupe avec entre autres les japonais Kaburaki et Okunomya, Hortense Begue, Cécile Ciman,... Je traverse le poste de ravitaillement sans m’y arrêter. J’ai ce qu’il faut pour rejoindre Domaine Vidot, dans 8 kms.

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Le bitume laisse place aux pistes de terre qui serpentent entre les champs de cannes. Je me sens vraiment bien. Je double les copains de Run Handi Move qui se sont élancés dans un défi hors norme, permettant à des personnes autrement capables de participer au Grand Raid en étant portés en Joëlettes.

 

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De retour sur la route, et alors que les écarts commencent à être significatifs entre chaque coureur, je vois arriver à ma hauteur Lionel Tilmont. Je suis content de le retrouver. Pour son premier grand raid, il se montre ambitieux. A cet instant, je lui conseille de ne pas aller trop vite. La course est longue, et surtout je l’informe que je suis en avance sur mes temps de passage. Nous restons un peu ensemble mais il ne peut pas s’empêcher de reprendre son rythme. L’expérience doit se faire, espérons qu’il ne va pas le regretter. J’arrive à Bérive, un des moments fort de mon grand raid. ENORME. Je traverse une foule sur plusieurs mètres. Les cris, les encouragements, les tapes dans les mains. Cette scène, je la connais, c’est celle que j’ai déjà vue à la télé lorsque les cyclistes du tour de France arrivent au sommet d’un col. Que c’est bon !

Quelques mètres plus loin, je retrouve la quiétude d’un village des hauts en pleine nuit. Je rejoins Kaburaki qui a des soucis de frontale. Des journalistes japonais lui viennent en aide. Ensuite, je vis un épisode surréaliste. Durant une dizaine de minutes, un cameraman court à nos côtés pour nous filmer, ou plutôt le filmer. Ils sont fous ces nippons. Nous arrivons alors à Domaine Vidot. Le ravitaillement a lieu à l’intérieur d’une salle. Je remplis mes gourdes, et je repars de suite. Mon arrêt n’a pas dépassé la minute.

 

Domaine Vidot, 14,6 kms, 660 m d’altitude, 1 h 36 mn 49, 156 ème.

 

Pour la première fois depuis le départ, nous nous retrouvons sur un sentier monotrace. Nous nous enfonçons dans la forêt. Un gars essoufflé se satisfait de son départ rapide. Il dit avoir suivi les conseils d’amis pour éviter les embouteillages. Il est parti à fond pour ne pas être gêné. J’ai envie de remettre en cause sa stratégie, je me retiens!

La reconnaissance que j’ai effectuée sur le parcours il y a deux mois est d’une aide précieuse. Je gère mon effort en sachant ce qui m’attend. Je rejoins Julia Bottger, la championne allemande, et décide d’adopter son rythme. Elle est régulière, relance quand il le faut, c’est parfait. Cela me permet de passer tranquillement les passages techniques sans dépenser bêtement de l’énergie. Je veux arriver frais sur la piste forestière de Montvert pour pouvoir m’exprimer pleinement. J’avance donc à son rythme, effectue des exercices de décontraction musculaire, me concentre sur ma respiration, mange, bois.

Dans la partie finale avant la fameuse piste, j’entends une voix qui s’exclame « mais c’est nono ! ». Olivier et Denis, les copains du team Deniv Running Conseil, reviennent sur moi, discutent, ont l’air d’être en forme. Je n’essaye pas de les suivre car leur allure est légèrement trop rapide. Arrivé sur la piste, je lâche Julia Bottger et fais la jonction avec les boys car ils marchent. C’est à ce moment que nous revenons sur deux des membres du team Endurance Shop à savoir Lionel Marc et Alexandre Smith. Nous reprenons la course mais, une nouvelle fois, le rythme est trop rapide. Je me retrouve à nouveau seul, ce qui ne m’inquiète pas, au contraire. Le temps est idéal, c’est un vrai plaisir.

 

Forêt Mont Vers les hauts, 24,3 kms, 1565 m d’altitude, 128 ème, 3 h 10 mn 51.

 

Denis, Olivier ont pointé une minute avant moi. Mon ravitaillement express me permet de repartir avec eux. Le vent commence à se faire sentir, je décide alors d’enfiler mon k-way Gore Tex. Nous entamons une succession de longues lignes droites bitumées en montée. Une nouvelle fois, cela commence à être une habitude, je n’arrive pas à suivre le rythme d’Olivier et de Denis. Je laisse les choses se faire. Une de mes règles d’or est de ne s’occuper que de soi. C’est déjà assez dur de s’écouter, s’il faut en plus se préoccuper des autres !

Je pénètre enfin dans les fameux pâturages. C’est du costaud ! Je me penche, appuie sur les cuisses, essaye de ne pas lâcher mon rythme. Il faut être vigilent à ses appuis car les trous sont nombreux. Une lumière puissante se profile au loin. Un groupe de supporters est réuni autour d’un feu de camp géant.

Je me projette déjà sur la partie suivante à savoir la longue piste forestière où je vais pouvoir relancer. La traversée des champs se passe plus facilement que je le craignais, plus rapidement que je l’imaginais. Une fois sur la piste forestière, j’adopte un rythme élevé. Je me sens bien, j’ai envie de me faire plaisir, de dérouler. Je double plusieurs coureurs qui m’avaient doublé dans les pâturages. Alors que je cours constamment, la majorité marche dès qu’il y a un faux plat montant. Je dépasse Guillaume Le Normand, Cléo Libelle. Le temps se gâte. La pluie fait son apparition et le vent se lève drôlement. Je suis en train de participer au remake du grand raid 2009. Plus les conditions deviennent difficiles, plus cela m’avantage.

 

Piton Sec, 35,7 kms, 1850 m d’altitude, 112 ème, 4 h 49 mn 03.

 

Arrivé au poste de Piton Sec, je suis étonné de retrouver Gilbert, Lionel, Olivier, Denis, Alexandre. Je ne savais pas qu’un rendez-vous avait été fixé. Ils sont arrivés depuis 3 à 5 minutes. Je bois un verre d’eau, ne remplis pas ma gourde car il m’en reste assez pour atteindre le prochain poste de ravitaillement. Je mets mes gants, mon bonnet et je repars de suite.  Mon arrêt n’a pas excédé les deux minutes. Je reprends le chemin avant tous les gars en étant persuadé qu’ils vont rapidement me rattraper.

Je me retrouve rapidement à la tête d’un groupe d’une dizaine de coureurs. La visibilité diminuant, certains profitent de ma connaissance du terrain. La végétation s’exprime en mode minimaliste. Le graton fait son apparition. Je double des grappes de coureurs. Une seule personne me dépasse, c’est Juliette Blanchet. Elle évolue avec aisance malgré les conditions climatiques qui se dégradent. Le silence est de mise. Chacun est concentré sur son effort et ses doutes. Avec la pluie qui s’intensifie, nos frontales perdent de leur efficacité.  Je sors donc ma lampe à main pour faciliter mon avancée. Je rattrape et double Juliette Blanchet et Mélanie Rousset, les mauriciens Yan De Marrousem et Jenifer Smith. Plus on se rapproche du Piton Textor, plus les rafales de vent sont importantes.

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Piton Textor, 40,1 kms, 2165 m d’altitude,91 ème, 5 h 42 mn 11.

 

Après 52 minutes d’efforts depuis Piton Sec, j’arrive au poste de Textor tout en sachant que je ne vais pas traîner dans ce frigo. Je m’arrête moins d’une minute, le temps de remplir un bidon. Je ne reconnais personne alors que sur le site se trouve Laurent Delnard qui a pointé quatre secondes avant moi. Si j’avais su, nous serions repartis ensemble!

Des coureurs montrent les premiers signes d’une hypothermie. Un peu normal, en débardeur, c’était couru d’avance ! En ce qui me concerne, je ne ressens pas le froid. Cela est surement en lien avec La qualité de mon équipement, mes pauses réduites aux ravitaillements et mes allures contrôlées.

 

Je prends la direction de l’antenne du Textor. En tout cas je l’imagine car on ne voit rien du tout. J’emprunte un chemin inconnu. Je me demande si je ne me suis pas égaré. Seul, avec peu de rubalises et les éléments qui se déchaînent, le doute m’envahit. Je ralentis, deux coureurs dont Juliette Blanchet me rejoignent. Ils me doublent et progressivement s’éloignent.

 A un moment, j’entends un bruit sur ma gauche, je sursaute. Je braque ma frontale en direction de la sonorité suspecte. Quelle surprise ! Une vache, tranquillement allongée dans l’herbe. Elle me regarde, je la regarde, le temps semble suspendu…

Sur le sentier, je retrouve mes repères. Il fait un vrai temps de normand. C’est dans ce genre de condition que le soleil breton me manque ! J’effectue près de 45 minutes seul. La boue est présente, les appuis fuyants, les relances incessantes. 150 m avant d’arriver sur le chemin bétonné, je dérape et me retrouve au sol.  Plus de peur que de mal. Me voilà tout en boue. Je suis donc content de retrouver le béton. Je connais bien ce passage, mais là, c’est l’apocalypse.

 

Freddy Thevenin :

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 On ne voit pas à 2 mètres. Le vent est de face, les violentes bourrasques viennent freiner mon avancée. A cela s’ajoute la pluie qui vient fouetter le visage. L’eau recouvre la route. J’essaye d’éviter les grandes flaques mais après plusieurs loupés, je me résigne à aller tout droit. Je reviens sur un coureur à la dérive. Un seul mot d’encouragement lui suffira pour se remotiver, puis me suivre. A proximité de la route nationale, les voitures d’assistance se multiplient. Certains stands sont installés et donnent envie de s’y arrêter. En ce qui me concerne, je dois encore attendre quelques kilomètres. En effet, pour respecter à la lettre le règlement (pas de ravitaillement hors zone), j’ai demandé à la team nono assistance de se rendre sur le site de Mare à Boue. En attendant, je récapitule les changements que je vais effectuer. 1 H 16 après avoir quitté Textor, je pointe à Mare à Boue.

Photos : Pierre Marchal

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Mare à Boue, 50,3 kms, 1594 m d’altitude, 82 ème, 6 h 58 mn 05.

 

Arrivé sur ce site emblématique de la Plaine des Cafres, je retrouve Natacha et Papa sur la route bétonnée, trempés, en plein vent. Je leur demande pourquoi ils ne se sont pas mis à l’abri. La réponse est stupéfiante. Ils n’ont tout simplement pas eu le droit. Je les invite à me suivre afin de me changer sous les tentes vides. Un bénévole nous empêche de passer. J’hallucine, commence à gueuler, puis me reconcentre sur le principal à savoir mon ravitaillement. Je m’assois dans l’herbe mouillée. Nath me met de nouvelles chaussettes, me badigeonne de Nok. Je change de T-shirt, prends mes bidons de 750 ml. Papa me donne mes gels et pâtes de fruits. L’assistance de Juliette Blanchet, qui vit le même épisode, fait savoir aux bénévoles que c’est inadmissible. Bref, personne n’est content.

 Je repars après environ 5 minutes de pause humide. Un coup à attraper froid. Mes pensées sont désormais dirigées vers le Kerveguen.  Il y a 3 mois sur le raid 974, dans un bon jour, j’avais mis exactement 2 h 00 pour arriver au sommet. Me sentant bien et malgré des conditions plus difficiles, je table sur ce chrono.

Je trottine entre les pâturages, fais des exercices pour me réchauffer. Rapidement, je rattrape un gars en train de marcher. Je reconnais la silhouette de Laurent Delnard. Déjà sur la 974, j’étais revenu sur lui dans cette montée. Nous sommes contents de nous retrouver. Je passe devant et mène le rythme. Nous échangeons sur la course, sur nos stratégies respectives. Au bout d’une trentaine de minutes, je cale.  Normal, j’ai zappé la prise de mon dernier gel, le mal est fait. Je ralentis, m’alimente avec un gel coup de fouet, laisse Laurent passer et me lâcher. Je suis impuissant, subis quelques minutes avant que la forme revienne.

Le sentier est boueux. Le ciel est couvert. Il faudra repasser pour la vue sur la ravine de Grand Bassin. J’alterne course et marche. Je me montre très vigilant lors des passages d’échelles mais aussi sur les rochers, devenus patinoires naturelles. Un gars me double sans me calculer. Je reviens sur lui quelques minutes plus tard. Il est assis. A proximité du sommet, deux bénévoles m’encouragent chaleureusement. Je leur renvoie l’encouragement car ce n’est vraiment pas un poste confortable.  Me voilà au sommet après 1 h 55 ! Finalement, j’ai été plus rapide que sur la 974. La vue sur Cilaos est bouchée, dommage.

 

Je souffle un bon coup avant d’entamer la descente très technique qui va m’emmener à Bras Sec. J’adore ce type d’efforts. J’y vais, dérape, m’accroche aux branches, fais des petits sauts. Les lacets et les échelles s’enchaînent. Je m’éclate tout simplement. Rapidement je reviens sur Laurent. Comme il me dit, c’est la deuxième fois que je le réveille. Je prends les commandes. Il me suit facilement. Il s’en veut de ne pas se faire assez violence. Nos discussions me font temporiser. Cela est plutôt positif pour la suite. Il faut bien doser son effort pour ne pas trop casser de fibres musculaires. Toutefois, notre allure nous permet de doubler quelques coureurs. L’un d’eux nous fait comprendre que cela ne sert à rien d’aller trop vite, que la course est longue. Oui, je sais. En 30 minutes, nous avons avalé les 2 kms et les 850 m de dénivelé négatif.

 

Mare à Joseph, 61,9 kms, 1387 m d’altitude, 73 ème, 9 h 34 mn 44.

 

Comme à mon habitude, après avoir rapidement rempli un bidon, je m’échappe en express. Je me retourne pour voir où se trouve Laurent. Il est juste derrière et me rejoint. Après avoir marché deux cent mètres, nous commençons à trottiner. Il m’évoque son plaisir d’évoluer à mes côtés, qu’il trouve que je suis, en quelques sortes, un modèle de gestion de courses. S’il le dit, je vais lui faire confiance ! Quant à moi, je lui fais part de mes doutes sur la présence de ma team assistance à Cilaos. Ont-ils eu le temps de faire le long trajet en voiture depuis Mare à Boue !? Réponse dans 30 minutes !

Malgré les faux plats montants, nous continuons à courir. Des touristes nous encouragent. Cilaos est juste en face. Pour y arriver, il faut descendre dans le fond de la ravine pour tout remonter. Nous descendons dans le Bras de Benjoin. Je n’arrive pas à suivre Laurent qui semble avoir un regain de forme. Le passage à gué est immortalisé par les photographes officiels de la course.

 

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L’ascension est courte mais rude. Je monte doucement, sans pression.

 

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Au sommet, j’ai la surprise d’un pointage sauvage. J’exprime ma satisfaction. C’est de cette manière que l’on peut lutter efficacement contre les tricheurs.

Je pénètre dans la cité cilaosienne.  Aux abords du centre de vacances, j’ai une grosse pensée pour Eric, mon ami qui nous a quittés au mois de mai dernier. L’année passée, au cours d’un entraînement, il m’avait accueilli avec sa famille sur ce site. Je cours aussi pour rendre hommage à ce colosse des montagnes. Je sais que ses proches sont tous derrière moi, je les en remercie.

 

Le soleil fait son apparition. Cela fait du bien. A proximité de la Mare à Jonc, les Déniviens m’encouragent, me demandent si je veux m’arrêter. Un petit signe négatif avant de rajouter « merci, désolé, on m’attend au stade ». En tout cas, je l’espère !

J’arrive au pointage sous les hourras de Carole, une dénivienne toujours souriante. Ma première partie de course est terminée et le bilan est déjà positif. Je voulais arriver frais, je le suis.

 

 

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Cilaos, 65,9 kms, 1210 m d’altitude, 71 ème, 10 h 06 mn 32.

 

Je traverse le stade au pas de course. A la sortie, j’ai la joie d’apercevoir ma team assistance. Ils ont failli me louper mais ils sont bien là.

 

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Je fais un bisou à Léane. Je suis serein, fais un premier débriefing. Tout le monde est à mes petits soins, que demander de plus. Je me change intégralement, mange des Tucs et des petits Lu. Gilbert, qui vient d’arriver, se ravitaille avec ses proches. Les yeux rivés sur la montre, je reste vigilant afin ne pas rester trop longtemps. Ma pause ne dépasse pas les 10 minutes.

 

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Dans mon esprit, c’est bien une nouvelle course qui débute. Celle-ci va m’emmener jusqu’au kilomètre 102 à savoir le Col de Fourche.  Mon arrêt « au stand » me permet de repartir tout sec, ce qui n’est pas négligeable pour la suite de l’épreuve. Je me sentais déjà bien, je me sens encore mieux ! A l’aide de mon portable, je commence à écouter la radio, RER bien sûr. Ça capte difficilement. J’arrive toutefois à avoir quelques informations sur la tête de course. Celle-ci se trouve entre le gite du Piton des Neiges et le gite de Bélouve.

Après avoir signifié mon départ, je traverse Cilaos avec Véro Chastel. Elle s’interroge sur le parcours à venir. Je lui fais lever la tête et l’informe que la suite va se passer tout là-haut, dans les nuages !  Suite à l’éboulis dans la montée du Taibit fin août, les organisateurs ont proposé un nouveau parcours. Nous prenons désormais  la direction du gite du Piton des Neiges via la montée du Bloc. Pour commencer, nous devons parcourir 4 kilomètres sur la route. J’alterne la marche et la course. Je me retrouve rapidement seul. Ah non, un inconnu se place à mes côtés, avance à mon rythme,  m’encourage. Il ne porte pas de dossard. Je suis un peu gêné quand je croise des bénévoles, car je ne veux pas que l’on pense que je suis aidé par un lièvre. Je précise encore une fois que je ne connais pas ce monsieur !

Sur la transition bitumée, je module mon allure afin de ne pas perdre trop de temps mais aussi de ne pas me griller.

Au bloc, 69,8 kms, 1387 m d’altitude, je pointe en 58 ème position, après 10 h 45 mn 07 de course.

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Le sentier débute sous de grands cryptomerias. Je n’en mène pas large car c’est typiquement le type d’efforts qui me met en difficulté. Je dois avaler 1000 m de dénivelé positif en 5 kms. La première partie de l’ascension se passe au cœur de la végétation, entre les bois de couleurs.  Il s’agit d’une suite de grandes marches. Sur cette portion, j’adopte un rythme régulier. Pour la première fois, je commence à gamberger.  Je me fais rattraper et déposer par quelques coureurs. Alors que je connais bien cette ascension, je perd tous mes repères en me voyant toujours bien plus haut que je ne le suis vraiment.  

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Arrivé au Plateau du Petit Mahatarum, mi-pente, je fais le plein d’eau en utilisant le tuyau marron. Tel un zombie, j’entame la seconde partie de la montée. J’avance pas après pas, avec une seule obsession : le sommet. Obligé de débrancher le cerveau pour rester zen. Les lacets se succèdent, les hautes marches aussi ! Lorsque j’aperçois enfin l’oratoire, je suis soulagé. C’est une bonne chose de faite. Je remets mon K-way car le vent refait son apparition. A mon arrivée à la Caverne Dufour, Vero Chastel et le japonais Okunomya me rejoignent.

 

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Gite du Piton des Neiges, 74,8 kms, 2478 m d’altitude,  66 ème, 12 h 29 mn 45s

 

En repartant du gite, je décide d’adopter un autre rythme, celui de la prudence. En effet, les 10 kms qui vont m’emmener jusqu’au gite de Bélouve sont très techniques et donc piégeux. Ce serait dommage de se blesser, de casser le joli jouet que je suis en train de me construire. Pour débuter, jusqu’au Cap Anglais, je dois évoluer sur un sol instable avec de nombreux cailloux. Je suis agréablement surpris car le sol n’est pas si glissant que je le craignais. Il faut quand même jouer à l’équilibriste et cela pendant 3 kms. La concentration que cela nécessite engendre de la fatigue. Je dépasse Véro Chastel qui n’est vraiment pas à son aise.

 Le paysage est bien différent de celui que j’ai traversé dans la montée du Bloc. Avec l'altitude, la végétation est plus rare, plus rase. Plus les branles augmentent de taille et plus on se rapproche du rempart donnant sur le cirque de Salazie. A quelques reprises, profitant d’une percée dans la brume, j’entrevois le sommet du Volcan.

Après cette partie dans la caillasse, je me retrouve dans une belle zone boisée de forêt primaire très humide. Les glissades sont fréquentes. La progression est facilitée par l’énorme travail des agents de l’ONF qui ont aménagé le sentier. Ainsi, pour franchir les obstacles naturels, j’utilise les nombreuses échelles et passerelles mises à la disposition des randonneurs. Si la majorité du chemin est en descente, nous avons droit à des petites surprises avec quelques « murs » à escalader. C’est des marches pour les plus grands des géants. Parfois, je retrouve de belles lignes droites, ce qui me permet de relancer, de retrouver un peu de vitesse.

Au milieu de la végétation luxuriante, je me retrouve aux côtés de trois bénévoles. Ils ont installé leur campement au milieu de nulle part. Pour le coup, ils sont très isolés. Je leur souhaite bonne chance car la nuit risque d’être compliquée.

Un jeune coureur revient sur moi, il ne me reconnaît pas. Je l’interpelle puisque nous avons fait une reco dans un groupe commun il y a deux mois. C’est Christopher Camachetty. Il est en forme, veut finir son premier grand raid, d’autant plus qu’il a appris l’abandon de sa coéquipière d’entraînement, Marcelle Puy. Je l’informe que nous sommes très bien placés et qu’il ne faut pas qu’il se grille. Il me demande notre place. Après lui avoir répondu, il me croit difficilement pensant être dans les 300. Comme son rythme est plus élevé que le mien, je lui souhaite une bonne continuation. Il aura suffi de quelques secondes pour que je ne l’aie plus en visuel.

 

Je déboule sur la piste forestière qui va me mener au Gite. 900 mètres où je cours en essayant de me relâcher au maximum.

 

Gite de Bélouve, 83,3 kms, 1500 m d’altitude, 67 ème, 14 h 17 mn 47s,

 

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Arrivé au gite, je retrouve Christopher. Nous entamons la descente ensemble. Ce qui nous attend : une plongée vers Hellbourg, 500 m de dénivelé plus bas. Je mène la première partie avant de le laisser passer. Je pense le freiner, mes impressions se vérifient.

 Si le temps est couvert sur Hellbourg, il ne semble pas pleuvoir. J’ai hâte de retrouver ma petite famille. Ma seule interrogation, c’est la présence ou non de Léane qui n’a pas bien supporté la route de Cilaos. Ils auront peut-être décidé de scinder le team nono assistance en deux équipes selon l’état de la petite.

Christopher m’a lâché. J’entends des applaudissements. La civilisation est donc toute proche. Bienvenue à Hellbourg ! Je retrouve le bitume, me fais encourager. Les proches des coureurs ont investi les lieux, en mettant en place différents stands d’assistance. Je double donc des coureurs en train de se ravitailler. Profitant des 800 m de route, je reviens sur Christopher et sur Frederic Oyaga. Nous pointons ensemble à Hellbourg.

 

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Hellbourg, 87 kms, 1000 m d’altitude, 60 ème, 14 h 55 mn 25.

 

Kaburaki qui se ravitaille (phot : Pierre Marchal)

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Léane est bien là, je suis heureux. Alors que je m’apprête à m’asseoir sur un banc, un bénévole m’interpelle et me dit « non c’est pour les bénévoles ». Je reste sans voix…. Ok, je me pousse et décide de m’installer au sol pour me faire ravitailler. « Non, il faut sortir de la zone ».  Sachant que la zone occupe tout le parking. Là, je ne reste pas sans voix.  Je lui dis poliment que je me suis fait un point d’honneur à respecter le règlement en demandant à mes proches de me ravitailler sur les sites officiels de pointage. Je lui dis que ce règlement ne sert donc à rien, que la prochaine fois, je ferai comme tout le monde en utilisant des endroits confortables comme lieux d’assistance. Et là, il me dit d’un air hautun « Nous n’avons pas dû lire le même règlement ». Je me lève, me dirige vers lui et lui dis en élevant la voix « comment ?, qu’est-ce que vous dites ? ». Mes parents me prennent pas le bras et me disent de laisser tomber.

Je me résigne donc à sortir de la fameuse zone. Je trouve un bout de trottoir et commence enfin à me ravitailler. Je peste, exprime mon mécontentement. Les « blagues » de Léane me permettent de passer à autre chose. Elle s’amuse, semble en forme. Je change intégralement de tenue.

 

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Dans l’optique de la nuit à venir, je place, dans mon sac, des manchons, des gants et un bonnet. Quant à ma frontale, pour avoir une vision optimale sur une longue durée, je prends une batterie déportée. Je privilégie le confort au poids. En ce qui concerne la nourriture, je pars léger. J’ai la chance d’avoir une amie qui va me ravitailler à la Plaine des Merles. C’est la responsable paramédicale de ce poste. Dans la semaine, j’ai fixé le rendez-vous à 17 h 30. Il va falloir tenir mes engagements.

Je laisse mon téléphone portable et prend mon MP3. Alors que je m’étire, le japonais Kaburaki reprend la route. Il a les deux genoux strappés. Christopher, lui aussi, prend la direction d’Ilet à Vidot. Je me lève, fais le point, pour être sûr de rien avoir oublié. Je croise Laurent qui vient d’arriver sur le site.

Mon arrêt n’a pas excédé les 10 minutes.  Je suis à nouveau prêt pour en découdre. Mon souhait, depuis Cilaos, est de passer le Col de Fourche de jour pour éviter le froid et pouvoir profiter de la vue sur Mafate. Mon autre motivation est d’allumer ma frontale à Marla pour pouvoir avancer à bonne allure du côté de la Plaine des Tamarins. Pour le moment, je peux tenir ce double objectif.

 

Au départ de Hellbourg, j’entame 4 kms 500 de bitume et de béton jusqu’au parking de la passerelle Trou Blanc. Je cours sur l’intégralité de cette portion. La musique dans les oreilles, j’évolue sur une autre planète ; Je plane dans ce décor de fou. Le Piton d’Anchaing s’érige comme maître des lieux.

Sur la partie finale, la descente présente une pente impressionnante. Cela tape dur. Je reviens sur Kaburaki qui est au ralenti. Je l’encourage et continue mon chemin.

 

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Je m’éclate jusque la passerelle car je sais que c’est de longues parties de marches qui m’attendent. Je pense que les sentiers à venir vont faire très mal à de nombreux coureurs. Le chemin jusque la Plaine des Merles a été sous-estimé par beaucoup. Au moment d’entamer cette partie, je suis persuadé qu’il s’agit d’un des points-clés de ce grand raid.

Ne voulant pas subir, je me mets en mode rando. Sur une large piste, j’avance tranquillement car la pente est souvent sévère. Etonnement, je reviens sur un coureur. C’est Simon Desvaux, le champion mauricien, vainqueur du dernier Royal 80. A croire que mon rythme rando est plutôt correct en ce jour de grand raid !

J’avais prévu 1 h 15 du stade de Hellbourg à Ilet Mare d’Affouches. Je mets finalement 1 h 05. Le ravitaillement se passe dans la bonne humeur. Cela donne envie d’y rester. Au départ de ce poste, nous prenons la direction de Grand Sable. Simon Desvaux me lâche. Le fait de me retrouver de nouveau seul me permet de reprendre mon rythme de croisière.

A l’ombre des filaos, j’alterne marche et course. Le temps est idéal. Après une courte descente, je traverse le bras de la rivière Fleurs Jaunes. Je ne tombe pas dans l’eau, ce qui est inhabituel pour moi.

Toute la partie qui suit s’effectue en montée sur un sentier monotrace avec des pentes fortes, des lacets courts et de hautes marches. On longe la ravine de Grand Sable puis on grimpe au-dessus  de la vallée de la rivière des Fleurs Jaunes. Je garde un rythme régulier, sans faire de pauses. Je dépasse plusieurs coureurs dont Simon Desvaux, Fabrice Armand et le britannique du team Scott Air Stuart. Ce dernier me pose une question en anglais. Je lui dis en franglais que je n’ai pas compris, ce qui le laisse interrogatif…

 

J’aperçois un de mes points de repères à savoir la cascade qui tombe du captage de la Ravine des Merles. S’en suivent de fortes pentes, des traversées de rivières. Et voilà la partie que je trouve la plus compliquée à savoir une montée très rude avec des marches hautes. La progression entre les bois de couleurs annonce la proximité de la piste, route forestière du Haut-Mafate.

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Je me motive et trottine jusqu’au poste de ravitaillement.

 

Plaine des Merles, 101,3 kms, 1820 d’altitude, 63 ème, 18 h 18.

Au moment où je pointe, les bénévoles signalent mon arrivée à Geneviève. En quelques instants, je me retrouve entouré par tous les infirmiers du poste. Ils me chouchoutent. Je me rends sous la tente et m’assois sur un lit picot. On m’apporte une soupe chaude et on me pose une bouteille bouillote sur les jambes. Geneviève me donne mes gels. Amandine, une ancienne collègue, prend de mes nouvelles. Antoine, présent lui aussi sur ce poste, me demande si j’ai besoin de quelque chose. Il est enthousiaste de mon début de course, m’annonce mon classement, m’informe que de nombreux coureurs ne sont pas en grande forme. Il rigole du fort soutien féminin dont je bénéficie. Il prend une photo qu’il publie en direct sur Facebook.

 

 

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Ma pause, qui s’avère être mon plus long arrêt du grand raid, a duré 15 minutes. Au moment où je me dirige vers le Col de Fourche, j’ai le droit à une ovation d’une grande partie des personnes présentes. Cela fait chaud au cœur.

 

C’est au départ de ce poste que je réalise que je suis très en forme, pas du tout marqué par les kilomètres. Je vais passer le sommet de jour, objectif atteint. Cette montée ne me pose pas de difficulté. Au col, je me donne 20 secondes pour apprécier la vue sur Mafate. En face, tout au loin, Marla. Il faut que j’y arrive de jour.

Allez go. Dans la descente, je reviens sur l’espagnole Néréa Martinez.

 

Elle galère, dérape, ses appuis ne sont pas assurés. A plusieurs reprises, elle est proche de la chute.  A proximité de la Plaine des Tamarins, je la passe et j’accélère. Le sol est sec, j’envoie du bois. J’adore cette partie du parcours. C’est tout simplement magique.

 

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Marla, 106 kms, 1580 m, 19 h 55 mn 41s, 60 ème.

 

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Mon arrivée à Marla se passe sous les applaudissements. Je pointe, salue les bénévoles, traverse le poste en courant et ressors aussitôt. Plusieurs essayent de me vendre leur soupe, mais je décline ! La nuit tombe et ma seule préoccupation est d’avancer afin d’allumer ma frontale à proximité de la rivière. C’est ce qui va se passer.

 

Autour de moi, personne. Je suis seul au monde. Je franchis le petit col avant de longer la rivière jusque Trois Roches. Le balisage est très léger. Cela ne m’empêche pas d’arriver au ravitaillement. On m’oriente grâce au tintement d’une cloche. Bonsoir à tous, je fais que passer.

 

Trois Roches, 109,4 kms, 1220 m d’altitude, 20h 49 mn, 57 ème

 

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Pour la traversée de la rivière, un parcours lumineux a été installé. C’est pratique et esthétique.  Avant de quitter le site, je lance un regard en arrière. Un groupe de quatre coureurs se situe environ à deux cents mètres. Je commence à m’intéresser à mon classement, avec la drôle sensation de revivre mon Grand Raid 2009. Comme à mon habitude, je remonte progressivement au classement. L’objectif que je me fixe est de pouvoir rester dans les 60 jusqu’au Maido.

 

Sur le sentier me menant à l’îlet de Roche Plate, je suis un peu dans le dur. La première des trois côtes à raison de ma bonne humeur. Je suis au ralenti. Au fur et à mesure de la montée, je vois trois frontales fondrent sur moi. Les gars m’impressionnent. Ils me rejoignent et me déposent. Au sommet, je me ravitaille, essaye de retrouver un second souffle. Tout à coup, j’aperçois un cul nu, oui vous avez bien lu. Alors, ce que je peux vous dire, c’est que c’était un cul nu plutôt foncé ! Je m’assure que ce n’est pas une hallucination. Je demande à son propriétaire, si ça va, s’il a des frottements. Il me répond que non, qu’il a un problème au niveau des hanches, qu’il va devoir abandonner. Mais pour cela, la seule solution est de sortir comme nous tous par le Maido. Cet épisode a eu le don de rompre la monotonie qui m’envahissait. Après lui avoir souhaité bon courage, je repars de l’avant.

 

Les deux côtes suivantes sont avalées plus facilement. Dans la descente vers Roche Plate, j’essaye de contenir mon envie d’accélérer. La fatigue commence à me gagner. Je baille, ferme les yeux durant quelques secondes tout en avançant. C’est bien la première fois que cela m’arrive. J’entre dans l’îlet et me dirige vers l’école où se trouve le ravitaillement. 

 

   Roche Plate, 114,7 kms, 1110 m d’altitude, 22 h 06 mn 57s, 57 ème

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Arnaud Moisan - dans Mes Récits GRR
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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 16:47

 

Roche Plate, 114,7 kms, 1110 m d’altitude, 22 h 06 mn 57s, 57 ème   

 

L’ambiance est bon enfant. Les chants se succèdent, les bénévoles semblent heureux de participer à la fête. Je retrouve Arnaud Leroy, mon doc. Je fais un debrief avec lui. Je lui parle de mes soucis d’endormissement. Il me propose de me poser quelques minutes. Je réponds par l’affirmative. Je choisis de m’allonger à même le sol, sur une grande bâche ; Il me propose de rentrer dans l’école où se trouvent des lits. Je refuse, je suis têtu. Je m’allonge, place mon sac sous la tête, ferme les yeux. Il me recouvre avec une couverture. Je ne m’endors pas mais cela a le don de me reposer à tout point de vue. Tout à coup, je me relève, c’est le moment où le doc m’interpelle en me disant que les dix minutes sont passées. Nous sommes synchros. Je remets mon packtage et je reprends la route. Cette pause m’a fait du bien, j’ai fait le plein d’énergie. J’en avais besoin. Ce qui se présente devant moi est tout simplement la partie que je crains le plus de ce Grand Raid, la montée du Maido.

 

Je trouve un rythme convenable et cela jusque la Brèche, premier point stratégique.

 

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Alors que je monte généralement les mains dans le dos, je décide de me faire violence en appuyant sur les cuisses. Je ne veux pas m’éterniser dans le coin, je veux sortir de Mafate. Je grimpe donc correctement jusque la Brèche, départ symbolique de la montée en 4 étapes jusqu’au sommet. Le parcours est ainsi délimité en 4 sections (25 %, 50%,….). J’ai le malheur de lever la tête. Ce n’est pas des étoiles que je vois tout là-haut dans le ciel, c’est bien un bal de frontales, la danse des grands raideurs étoilés. Je souffle fort, trois fois, pour me donner du courage. Allez, j’y vais.

Je regarde régulièrement mon chrono pour estimer mon temps de montée. Je suis fixé quand j’atteins le premier quart en 19 minutes. Et bien, ce n’est pas gagné. Je me pose sur un caillou. Je repars, me fais régulièrement dépasser. Le silence des premières heures de course a laissé place à la solidarité, aux échanges. Embarqués dans la même galère, notre parole se libère. Alors que je me traîne, une comète me double. Il s’agit de Christine Bénard. Je lutte pour garder un minimum de rythme. Je sais qu’une fois là-haut, je serai à mon avantage. Il faut limiter la casse. A 10 minutes du sommet, je retrouve le cameraman japonais du départ de course, je le salue. J’imagine qu’il attend un compatriote. J’entends des cris, des applaudissements. Cela me motive. J’y arrive mais j’en ai marre. Je ne me sens plus capable de gérer la course au classement.

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Au sommet, des déniviens dont Stéphane viennent vers moi et me félicitent. La première chose que je leur dis est que je vais sûrement passer en mode  « finir », que je ne peux plus tenir ce rythme. Ils me proposent de me ravitailler. Je fais le sauvage, décline l’offre, car mes parents m’attendent au ravitaillement. J’ai encore 10 minutes avant de les rejoindre.

Sur la crête, je dois progresser en faisant avec le vent et le froid. Je sais qu’il ne me faudra pas traîner au prochain poste car le risque de voir sa température corporelle diminuer est réel. La portion jusque Tête Dure est plus longue que dans mes souvenirs. Je commence à courir avec l’allure du cowboy. Un frottement fait son effet au niveau de mon arrière-train. Voilà mes parents. Ils sont frigorifiés mais gardent le moral. Il est 23 h 00, nous sommes à 2000 m d’altitude et ils m’assistent comme des pros. Pour le problème de frottement, je me badigeonne de vaseline. Pour le souci d’endormissement, je prends un gel énergique avec de la caféine. Allez j’y vais, je commence à avoir froid et puis j’ai envie de m’amuser sur les 12 kms de descente. Je donne rendez-vous à mes parents au stade Halte-Là. Je repars du poste avec Christine Bénard qui a fait une longue pause.

Maido, Tête Dure, 121 kms, 2030 m d’altitude, 24 h 36, 55 ème

 

Elle repart vite, je ne peux la suivre, je n’essaye pas. J’ambitionne de faire une bonne descente, surtout de ne pas perdre trop de temps, de me rapprocher rapidement du top 50. Je m’enfonce progressivement dans la forêt. Je reviens sur Wilfrid Oulédi et son éclaireur. Je dépasse Wilfried, l’encourage, il n’est pas au mieux. L’éclaireur accélérant, je me positionne derrière lui. Wilfrid a lâché. Pendant plusieurs minutes, l’éclaireur m’éclaire, avant qu’il ne s’aperçoive que je ne suis pas Wilfrid mais Arnaud. Allez, sans rancunes !

 

Je prends beaucoup de plaisir tout au long du sentier. Bien sûr, de nuit, je perds mes repères et m’étonne de toujours descendre. Je reste vigilant pour ne pas me prendre un tamarin en pleine poire. Ah non, je m’endors de nouveau, le gel n’a pas eu l’effet escompté ! Je dois être vraiment fatigué ! Je décide de me mettre de la musique dans les oreilles. Quelle bonne idée ! Cela me réveille ! Je dévale la pente et je chante ! Le genre de truc qui peut énerver les gars que je double ! J’enchaîne les tubes de Matmatah, de Armens, de Merzhin, de Soldat Louis, de As de Trèfle  mais aussi les derniers tubes créoles qui font la joie de RER et d’EXO FM. Je reste zen sur la partie interminable de cette descente à savoir la piste et ses fameux rondins. La vue sur la ville de St Paul et du Port est grandiose. Les lumières scintillent, les villes sont animées malgré l’heure tardive. Il n’y a donc pas que le Grand Raid dans la vie ! Certains doivent être en soirée, d’autres se préparent pour se rendre en discothèque, d’autres dorment, d’autres ont du mal à accepter l’élimination de Freddy à Koh Lanta,… Moi, je n’ai pas toutes ces préoccupations, j’en ai une seule pour le moment, celle de ne pas chuter.  En effet, dans la dernière partie, sur de la terre meuble, je prends garde. Il y a un mois, je me suis pris une belle gamelle à cet endroit. La route annonce la proximité du ravitaillement. Je passe entre les maisons, dans des décharges à ciel ouvert. Pas très vendeur !   

 

Sans Soucis, 133,8 kms, 350 m d’altitude, 26 h 59 mn, 50 ème

Je cherche Natacha mais ne la trouve pas. Mon constat est rapide car le nombre de personnes présentes se compte sur les doigts d’une main. Je vais remplir mes gourdes et en profite pour manger une crêpe nature. Ce petit clin d’œil breton me remplit de sourires. Au moment de partir, je préviens les bénévoles du fait que ma femme va sûrement arriver avec une petite fille blonde. Je les remercie de lui dire que je suis déjà passé. Comme tout le monde n’est pas bien réveillé, je dois m’y reprendre à deux fois pour me faire comprendre. Je pars en trottinant et aperçois au loin Natacha. Elle est à côté de la voiture car Léane dort. Je prends un gel et bois une fiole de guarana. L’objectif est de lutter contre cette envie récurrente de fermer les yeux.   

 

Un coureur passe à mes côtés, je pars de suite. Nous échangeons sur la course. Je lui sers de guide. Il peste contre le parcours qu’il ne trouve pas à la hauteur de la réputation du Grand Raid. Il me dit qu’il ne reviendra plus si le tracé n’évolue pas. Il trouve, à juste titre, que toute la fin de course n’a pas d’intérêt. Il s’agit de Thierry Cadiou, un breton de Ploudaniel. Nous parlons des différents bretons présents sur la course et plus particulièrement de Jérôme qui est actuellement dans les vingt premiers.   

 

 Nous voyons les lumières puissantes du stade Halte-Là de l’autre côté de la Rivière des Galets. Dans le même temps, je m’étonne d’apercevoir plusieurs frontales disséminées dans des secteurs bien différents. La logique du parcours à venir m’échappe. En fait, nous avons droit à des détours, des montées entrecoupées d’une descente. L’allure de base de Thierry est légèrement supérieure à la mienne. Pour la première fois depuis le départ, j’augmente un chouïa ma cadence pour pouvoir rester avec lui. La progression sur la piste est plus aisée à deux. Je suis passé en mode guerrier, je me connais assez pour savoir que je ne baisserai plus de rythme. Je me sens de plus en plus fort, je débute une autre course, celle où chaque place devient une quête. J’ai faim de coureurs. Miam, Miam !

 

A l’approche du stade, sur la piste bétonnée, je trottine. J’aperçois mes parents à l’extérieur du complexe sportif. Une nouvelle fois, ils n’ont pas eu la possibilité d’y entrer. Franchement, je trouve ça lamentable. Il y a deux ans, pour soutenir papa lors de son grand raid, je l’assistais sur la pelouse du stade. C’était top et je ne gênais personne. Je participais pleinement à la fête, à sa diagonale. Là, si le coureur veut se poser plusieurs minutes, il doit, soit choisir de profiter des installations de l’organisation, soit préférer trouver un bout de terre en dehors du stade pour rester avec ses proches. Le Grand Raid doit rester un évènement populaire. C’est la participation active de nos amis, notre famille, nos collègues, des anonymes qui fait aussi la réputation de cette épreuve.      

Stade Halte-Là, 139 kms, 230 m d’altitude, 27 h 50, 43 ème,

 

J’effectue un ravitaillement express, le plus court de mon grand raid, traverse le stade sans m’y arrêter. Thierry se change. Je me dis qu’il va me rattraper dans la montée suivante vu sa facilité pour grimper. Cela fait 28 h 00 que j’ai quitté St Pierre. Je fais un rapide calcul par rapport à mes prévisions de 34 h 35. Il me reste donc 6 h 35 pour effectuer les 34 derniers kms, et les 1940 m de dénivelé positif. Cela va être tendu mais j’aime ce type de défi.

 

Un jeune bénévole m’explique le chemin qui m’attend. Vraiment sympa. Je me retrouve au milieu des cases, puis sur la route, de nouveau entre les cases, puis encore sur la route,... A un moment, je ne sais plus par où passer. Je suis paumé, je reviens sur mes pas, crie « il y a quelqu’un ? ». Un voisin vient à mon aide, me remet dans le droit chemin. Remotivé, je me mets à courir alors que le pourcentage de la pente est élevé. Dans les champs de cannes, je reprends la marche active. Je m’amuse de voir la rubalise fluorescente bouger avec le vent. J’assiste à un drôle de spectacle. Les esprits s’invitent dans ma tête. Parfois, j’ai l’impression que c’est la frontale d’un coureur ou d’un spectateur, mais non jamais.

 

 J’avance à un rythme élevé, je ne veux pas lâcher, mes battements cardiaques s’accélèrent. C’est à ce moment que j’arrive à la hauteur de vrais gens, espèce qui se fait rare dans le coin. Ce sont des bénévoles qui effectuent un contrôle sauvage. Ils sont situés au point culminant, à la jonction du sentier menant à Dos d’Ane. Je m’assieds à côté d’eux. Il faut que je calme mon bordel intérieur. Une minute et tout est rentré dans l’ordre. Je demande si des coureurs sont proches. La réponse est loin d’être motivante. Il y a un trailleur qui est passé il y a 35 minutes ! Par contre, je découvre que je suis désormais 38ème. Quoi ? Je leur fais répéter. C’est bien ça ! Deux choses semblent expliquer ce bond au classemente.. l’abandon de quelques favoris et l’arrêt prolongé de certains au stade Halte-Là. Désormais, je me dis qu’il faut que je préserve ce top 38. Je remets en cause toutes mes certitudes sur le fait que ma 39ème place de 2009 était une perf unique, un palier que je n’arriverai plus jamais à atteindre. Quel pied !   

Je joue au singe dans la partie technique qui aboutit au chemin Ratineau. Je descends à vive allure jusqu’au poste de ravitaillement. C’est grisant, Je suis surmotivé, je suis en forme, tous les voyants sont au vert.  

 

Ratineau, 144,6 kms, 430 m d’altitude, 29 h 09, 38 ème,

Lors de la remontée de la ravine Kaala, je mets mes mains au sol. Elle fait mal celle-là ! Il faut rester très concentré jusque La Possession. Les passages compliqués à négocier sont nombreux.   

 

Dans la ville, pas un chat à déclarer, tout le monde dort. Quelle sensation bizarre, comme si le Grand Raid allait se dérouler demain. Avant de pénétrer dans la cour de l’école, j’éteins ma frontale. Il est 5 heures 15, je peux désormais faire sans. Pour m’accueillir, j’ai le droit à une Team de  Choc.. Natacha, Léane, les parents mais aussi Fabrice, Anne-Laure et la petite Mahina. Je place la frontale dans le sac et refuse les gels. Je n’y arrive plus. Je prends des compotes que j’avais prévues au cas où. Je me fixe un nouvel objectif, celui d’arriver à la Grande Chaloupe avant que le soleil fasse son apparition.

 

La Possession, 152,3 kms, 15 m d’altitude, 30 h 47 mn, 38 ème,

 

Je cours jusqu'à l’entrée du Chemin des Anglais. Je dépasse le fameux coureur qui me devançait de 35 mn à Ratineau. Il me reste 3 h 50 pour tenir mon timing. Je suis euphorique. Je me surprends à effectuer une partie de la première montée du chemin Crémont en courant ! Je me calme.

Je décide, comme mon corps me le permet, de courir dans les descentes et sur toutes les parties plates ou en faux plats montants, cela est déjà pas mal. Je suis bien plus rapide que sur la Mascareignes de l’année dernière.

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Sur ce chemin pavé, c’est le grand vide. Je ne vois tout simplement personne jusque la Grande  Chaloupe. Encore une sensation bizarre. A la fin des grandes lignes droites, je commence à me retourner. Je tiens à ma désormais 37 ème place ! J’essaye de faire attention dans les descentes. Sur cette première voie construite à l’île de la Réunion, terminée en 1775, je prends garde car les pavés de basalte ne se présentent pas de manière uniforme.

 

Photo : imaz press

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Si les vues sur l’océan sont splendides, la dernière descente vers la Grande Chaloupe est tout simplement épouvantable. Je ne sais jamais comment positionner mes pieds, toujours à la limite du déséquilibre et donc de la chute.

Fabrice m’attend au niveau de la barrière. Je lui conseille de revenir faire une randonnée ici pour qu’il se rende compte de la qualité du sentier. Je file jusqu’au ravitaillement, passe à côté des ruines du Lazaret. Celui-ci, au IXX ème siècle, servait de quarantaine aux malgaches, indiens, chinois ou africains qui venaient constituer la main d'œuvre après l'abolition de l'esclavage.

Je retrouve la famille. Léane, dans sa poussette, m’encourage. Je lui lance des coucous et m’éloigne. Cela commence à être frustrant. Je cours sur les rails, vestiges oubliés de l'ère ferroviaire. J’ai mis 1 h 17 depuis La Possession, je peux dire que tout va bien !

La Grande Chaloupe, 159 kms,  32 h 04, 36 ème,

 

6H 34, je repars pour la dernière difficulté du Grand Raid à savoir la montée jusqu’au parc du Colorado, 800 m de dénivelé positif à avaler. A cet instant, je commence à douter de ma capacité à rejoindre la Redoute dans désormais 2 h 30. 

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Je débute la partie pavée avec un couple de randonneurs. Ils marchent devant moi et je peine à les suivre. Ils s’en amusent. Je les accroche car cela me fait un peu de compagnie. Au bout de 45 minutes, ils calent. Je continue seul mon périple. La chaleur fait son apparition. Je me rends compte que je n’ai rien pour protéger mon coco rasé (certains diront que je suis chauve, pfff). Les pavés laissent place à une piste de terre. J’arrive à la barrière annonçant la fin du chemin des Anglais. Je suis heureux, souris bêtement. Je me retrouve au cœur de St Bernard sur mes terrains d’entraînements. J’avance mécaniquement en ne pensant plus à rien. La remontée au classement n’est plus une obsession car je n’ai pas vu un coureur depuis La Possession ! Les écarts sont énormes. Les riverains se réveillent, vont chercher leur pain, leur journal, moi je cherche une chose, la boule du Colorado.

Les bénévoles gardent le moral malgré l’heure matinale et le peu de coureurs dans le secteur. Ils m’encouragent. J’ai envie de leur dire que j’habite La Montagne, de parader mais je m’y résigne, car je trouve cela pas très approprié.  

 Dans la zone des terres rouges, nous prenons de nouveaux sentiers. Pas de souci, je les connais tous ! Je plains ceux qui sont pris de crampes car cela ne pardonne pas sur ce type de parcours. La chaleur commence à m’assommer. Au pointage de la maison forestière, on m’annonce 36 ème ! Ah bon, je prends. Je vais finir 36 ème du Grand Raid, je me donne quelques tapes au visage pour réaliser. J’espère que cet acte n’a pas été observé car on risque de m’interner en hôpital psy.

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Au moment où je rejoins la route départementale, une voiture s’arrête à mes côtés. Il s’agit de Jérôme Lucas qui a terminé 13 ème, 3 ème Vétéran 1. Quelle belle performance ! Cela est prometteur. Il me demande si j’ai vu Laurent Jaffré, son coéquipier du team Ouest Trail. Je lui réponds que non, qu’il doit être derrière.

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Je repars pour le dernier morceau de la montée. Je serre les dents, appuie sur les cuisses. Je me remémore mes différents grands raids, la découverte de 2008, l’exploit de 2009, l’émotion de 2010 en duo avec Papa. La boule météo me surplombe, j’y suis !

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Je me lance dans la partie herbeuse du parc du Colorado. Je m’envole, j’étends les bras tel un oiseau et lance des cris de joie.  Il y a 4 ans, avec Natacha, nous fêtions notre mariage sur ce site. Plein de belles images me viennent en tête.

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Sur le parking,   Papa me prend en photo. Je ne lâche rien, pas une seconde. Je suis concentré, il me suit comme il peut. J’enfile le T-shirt de l’organisation, obligatoire pour franchir la ligne d’arrivée. Fabrice me glisse une info : un coureur n’est pas très loin ! Ok, bien compris !

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Colorado, 168,4 kms, 683 m d’altitude, 33 h 49 mn, 36 ème,

 

J’ai donc mis 1 h 45 depuis la Grande Chaloupe. Il me reste 4,2 kms pour atteindre le stade de la délivrance. N’ayant pas de douleur, me sentant en forme, je me dis que mon obsession du 34 h 35 est tenable. Et puis, j’ai un énorme avantage. Le sentier qui se présente, c’est juste le sentier que je pratique le plus dans l’année. Je connais chaque caillou, chaque virage, chaque remontée (et oui car ce n’est pas qu’une descente), chaque gramme de boue. Bref, j’y plonge avec joie.

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La première partie boueuse me met quand même en difficultés. Je dérape, me rattrape comme je peux aux branches. Les cuisses n’aiment pas les chocs répétés. Ensuite, je vis une partie de plaisir. Je peux difficilement vous décrire mon état intérieur, je plane. J’avais déjà ressenti cette sensation, c’était sur le Grand Raid 2009.

 

Alors que J’estime mon arrivée au pont Vin San dans 10 minutes, je reviens à toute vitesse sur un coureur. Il s’écarte, me laisse passer. Je ne reconnais pas l’ancien champion du monde cycliste à savoir Laurent Brochard. Je repars de plus belle et reviens sur un autre coureur.

 

Je passe sous le pont et décide d’accélérer. Je veux avoir le temps de profiter de mon arrivée sur le stade, avec mes proches. J’envisage un final avec Léane, Nath, Maman et Papa. Finalement, cela ne se passe pas de cette manière car ils sont tous positionnés à des endroits différents dans le stade. Alors que j’entame les 200 derniers mètres, je vois Léane qui court vers moi. Je prends ma petite puce par la main. Elle court, rigole. Je suis gagné par l’émotion. Quel beau Grand Raid….  Pour la petite histoire, je finis en 34 h 36 !

Redoute Arrivée, 172 kms, 34 h 36 mn 27 s, 34 eme, 24 eme Senior.  

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Je franchis la ligne sous les commentaires enjoués du speaker Ludovic Collet. On me donne mon T-shirt « jai survécu » et ma médaille. Avant de retrouver les miens, je profite d’avoir le micro pour dire quelques mots en mémoire d’Eric. Il nous a quittés il y a 5 mois, il était finisher en 2013 pour la 13 ème fois. Cette course faisait partie intégrante de sa vie, de celle de sa famille. C’est aussi grâce à lui et pour lui que mon année sportive a été si belle.  

Je retrouve mes proches. Je perçois de la fierté dans leur regard. Je fais un gros câlin à Léane. Je remercie tout le monde. Je le refais de nouveau via ce récit. Il est clair que sans ce team assistance, ma course n’aurait pas été la même. Cette 34 ème place, c’est aussi la tienne Papa, c’est aussi la tienne Maman, c’est aussi la tienne Léane, c’est surtout la tienne Natacha. Mon amour, notre rencontre est la plus belle chose qui me soit arrivée. Merci de tolèrer, d'accepter ma passion envahissante. Je t’aime à la folie, sans toi je ne suis rien, tu participes à mon équilibre, à mon épanouissement.

 

Tout à coup, je vois arriver la femme et les enfants d’Eric. Ils portent un T-shirt avec sa photo, la team Clarac représente. Merci de votre présence.

 

Je me dois de remercier toutes les personnes qui m’ont soutenu avant, pendant et après la course, que ce soit à la Réunion, en Métropole ou à l’étranger (je pense à mes amis australiens !).  Un merci plus particulier à Yoann et Solène, aux déniviens, à Geneviève, au doc, aux copains du team, au coach Fred qui a une grande part de responsabilité dans cette réussite, à Noé, à Gino, à Oivier, à la team Fabrice., à la team de Jérôme Lucas,.. Merci à Fabienne de Kalmanou et à Anne Marie de Running Conseil pour m’avoir fait confiance.

 

Merci à l’ensemble des bénévoles (hormis le méchant monsieur de Hellbourg).

 

L’année prochaine, Grand Raid ou pas, je ne sais pas. Ce n’est pas une décision que l’on prend à la légère. Je serai de la fête, ça c’est une certitude, mais de quelle manière?

  

Pour finir, je voudrai adresser mes félicitations à l’ensemble des finishers des trois courses, mais aussi à tous les traileurs qui, pour x raisons, ont dû mettre un terme à leur aventure. Je vous souhaite de pouvoir réaliser un jour ce défi que vous vous êtes fixé, d’aller au bout de vos rêves.

 

Résultats des différents acteurs de ce récit, par ordre d’apparition :

 

Noé Robert, 198 ème en 43 h 16

 

Philippe Noel, 315 ème en 46 h 07

 

Daniel Guyot, 728 ème, en 55 h 27

 

Jérome Lucas, 12 ème ex aequo, 3 ème V1 en 29 h 58

 

Marcelle Puy, Abandon à Domaine Vidot

 

Gilbert Ah Fat, Abandon au Bloc

 

Cécile Ciman, Abandon au Bloc

 

Hortense Bégue, 117 ème en 36 h 57

 

Tsuyoshi Kaburaki, Abandon à Hellbourg

 

Shunsuke Okunomiya, 26 ème en 33 h 25

 

Lionel Tilmont, Abandon à Cilaos

 

Julia Bottger, Abandon à La Plaine des Merles

 

Denis Roy, 99 ème, 39 h 17

 

Olivier Pince, Abandon La Possession

 

Alexandre Smith, Abandon Marla

 

Lionel Marc, 38 ème, 35 h 09

 

Laurent Delnard, 77 ème, 38 h 15

 

Véro Chastel, Abandon Maido

 

Christopher Camachetty, Abandon Roche Plate

 

Simon Desvaux, Abandon Maido

 

Air Stuart, 129 ème en 40 h 43

 

Fabrice Armand, Abandon à la Plaine des Merles

 

Néréa Martinez, Abandon à Sans Soucis

 

Christine Bénard, 41 ème en 35 h 45

 

Willfrid Oulédi, Abandon La Possession

 

Stéphane Cadiou, 52 ème en 36 h 25

 

Laurent Jaffré, 37 ème en 35 h 03

 

Laurent Brochard, 36 ème en 34 h 41

 

 

 

Sans oublier :

 

Fred Henze, 141 ème en 41 h 16

 

Gino Lee Song yin, 402 ème en 47 h 48

 

 

Top 15 Du Grand Raid 2014 :

     1er    D'HAENE François 24h25mn02s  

    2ème POMMERET Ludovic 25h55mn26s  

    3ème COLLET Aurelien 27h24mn53s  

    4ème GRINIUS Gediminas 27h25mn13s  

    5ème DOMINGUEZ Javier 28h23mn43s  

   6ème BOHARD Patrick 28h51mn25s  

  7ème  RUZZA Stefano 29h00mn28s  

    8ème YAMAMOTO Kenichi 29h04mn57s  

    9ème  LEBON Guy noel 29h19mn57s  

   10ème SCHLARB Jason 29h28mn30s  

    11ème  CAMUS Sylvain 29h34mn57s  

    12ème GUILLON Antoine  29h58mn49s  

    13ème LUCAS Jerome 29h58mn50s  

    14ème CHAVET Cédric  30h53mn19s  

   15ème LEFRANCOIS Yann 30 h 55  

 

 

 

1ère MAUCLAIR Nathalie 31h27mn28s

2 ème  BLANCHET Juliette 34h17mn54s  

3 ème FRAILE AZPEITIA Uxue 34h18mn02s  

 4 ème  BENARD Christine 35h45mn21s  

 5 ème ROUSSET Mélanie 36h28mn49 s

 

 

Classement par équipe, (classement sur le site officiel de la course): 

1 Team Hoka 11 Points  

  AURELIEN COLLET, PATRICK BOHARD, LUDOVIC POMMERET  

    2 eme : TEAM VIBRAM 32 Points  

    RONAN MOALIC, STEFANO RUZZA,  JAVIER DOMINGUEZ  

   3 TEAM ENDURANCE SHOP REUNION 98 Points  

  SIMON PAILLARD, LIONEL MARC, JOVANNY LIBELLE  

  4 BRETAGNE-OUEST TRAIL TOUR 114 Points  

    JEROME LUCAS, LAURENT JAFFRE, THIERRY GALLOU  

  5 DENIV RUNNING CONSEIL 274 Points  

    ARNAUD MOISAN, DENIS ROY, FRÉDÉRIC HENZE, OLIVIER PINCE

 

 

 

Comparatif avec le prévisionnel :

 

Notre Dame de la Paix : estimé 3 h 45 , réel 3 h 10 mn 51

 

Piton Textor : estimé 6 h 35, réel 5 h 42

 

Mare à Boue : estimé 7 h 50, réel  6 h 58

 

Cilaos : estimé 11 h 10, réel 10 h 06

 

Hellbourg : estimé 15 h 55, réel 14 h 55

 

Marla : estimé 19 h 50, réel 19 h 55 (mauvaise estimation de la portion Grand Sable – Plaine des Merles)

 

Maido : estimé 23 h 50, réel 24 h 36

 

Sans Soucis : estimé 26 h 15, réel 26 h 59

 

La Possession : estimé 30 h 15, réel 30 h 47

 

Colorado : estimé 33 h 45, réel 33 h 49

 

Arrivée : estimé 34 h 35, réel 34 h 36

 

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Published by Arnaud Moisan - dans Mes Récits GRR
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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 18:36

 

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Deux fous à l’assaut de la diagonale.

 

Après deux trails de bourbons et trois grands raids, j’ai opté pour une année de transition. Ce week end, je passe ainsi de l’autre côté de la barrière, le sentier parallèle, celui de l’assistance. Le récit de cette épreuve sera donc particulier puisque je vous propose de vous faire vivre la diagonale de deux fous via mon regard, mes ressentis.

 

C’est l’histoire de deux amis coureurs traileurs de 56-57 ans qui se lancent un nouveau défi à savoir vaincre le mythique grand raid de la Réunion. L’un Pierre Claude (alias mon papa) connaît déjà l’épreuve pour l’avoir terminée en 2010, l’autre Jean Paul débute dans le monde de l’ultra. Les deux Lamballais (Côtes d’Armor, Bretagne) sont loin d’être des novices de la course à pied. En effet, depuis plusieurs années, ils écument de nombreux marathons, 100 bornes, 24 heures et une multitude de trails de toutes distances.

 

Il y a un an, ils prennent la décision de participer à la diagonale 2012, 20 ème du nom. Pour fêter cette date anniversaire, l’organisation a vu les choses en grand. Elle propose un parcours de 170 kms (finalement proche des 177 kms) avec un dénivelé positif de 11 000 m. Au programme, la réunion du sud au nord avec la traversée des cirques de Mafate et de Cilaos, l’ascension du volcan, du piton des neiges, du Taibit, du redoutable Maido,…

 

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En novembre 2011, ils me sollicitent afin que je les entraine à distance. Flatté de cette demande, et entrainant déjà quelques coureurs, je leur réponds rapidement par la positive. Tout au long de l’année, ils ont été assidus et la préparation s’est finalement déroulée de manière limpide. Un an d’entraînements spécifiquement orienté vers cette épreuve et les voilà fin prêts. En tout cas, ils ont donné le maximum pour se donner l’opportunité de réussir le défi, leur défi. Nous verrons bien si cela suffit car beaucoup de grains de sable peuvent venir gripper la belle mécanique : blessure, météo, problèmes alimentaires, camel percé,…

 

100 pour cent pur breton (ou pur beurre), nos deux compères se sont lancés en 2012 dans de nombreux trails en complément des sorties sentiers (en Bretagne, pas de sorties montagnes !). Le point faible de la préparation restera le manque de dénivelé. Mais bon,…. Ajoutons également le manque de sorties sous la pluie car ils n’ont eu que du soleil lors de leur préparation. Et oui, la Bretagne, ça vous gagne.

Voici, un petit florilège des courses auxquelles nos deux coureurs ont participé. A savoir, que certaines de ces compétitions n’étaient pas considérées comme telles. Certaines étaient des prétextes pour faire du kilométrage, du sentier sans avoir une arrière pensée de chrono. Au lieu d’être à deux sur les sentiers, ils se retrouvaient au milieu d’autres coureurs à la découverte de nouveaux chemins.

 

Décembre 2011 : Grand Menestrail de Moncontour, 53 Kms.

Février 2012 : Défi Glazig, 61 kms. Noz trail de 19 kms et Trail de 42 kms.

Février 2012 : Les nocturnes du pain chaud, saint Brandan.

Avril 2012 : Trail de l’aber wrach, Le Folgoët, 43 kms.

Mai 2012 : 24 heures de Feucherolles pour Pierre Claude.

Mai 2012 : Trail de Guerlédan, 58 kms pour Jean Paul.

Juillet 2012 : Trail du bout du monde, 57 kms.

Août 2012 : Trail de la mer, Ploubalzanec, 28 kms.

Août 2012 : Trail des crêtes des montagnes noires, Gourin, 33 kms.

Septembre 2012 : Trail de Brocéliande, Iffendic, 35 kms.

Septembre 2012 : Défi du Jerzual, Dinan, 11 kms. Un peu de vitesse.

Septembre 2012 : Camélias raide, St Denis la Réunion, 21 kms. Un peu de dénivelé et de chaleur.

 

 

Une semaine avant le départ, ils préparent sereinement leurs sacs d’assistance en vérifiant de bien avoir tout l’équipement nécessaire. Libérés de ce stress, ils peuvent se détendre et appliquer les consignes des derniers jours : du repos, de l’hydratation, du repos, des repas riches en apports glucidiques, et du repos. Ils en profitent également pour faire du bricolage dans ma maison, mais ça c’est parce qu’ils s’ennuyaient.

 

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J- 1 : récupération des dossards qui s’effectue sans encombre. Ils reviennent avec du café, du saucisson, du savon, du riz, un bandana,…

 

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Jour J : Je récupère Papa, Jean Paul et Maman, direction ST Philippe. Nous quittons ST Denis vers 15 heures, afin de ne pas être gênés par les habituels bouchons du site de départ. Arrivés sur place vers 17 heures dans le plus grand calme, nos coureurs apparaissent détendus. Nous sommes rejoints par Solène (fille de Jean-Paul) et David (l’ami de Solène). Une petite marche au bord de l’océan avant d’assister à un somptueux coucher de soleil. Le ciel orangé laisse ensuite place à la nuit percée par les nombreux phares de voitures qui prennent place sur le parking.

 

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Un dernier repas à base de pâtes et nos coureurs enfilent leur tenue de grands raideurs. Les sourires sont présents et la crispation finalement peu visible. Ils reçoivent la bénédiction de l’ange du cap méchant qui nous annonce que nous sommes les complices du diable (pour ceux qui veulent recevoir la bonne parole, rendez-vous 7 jours sur 7, sur le site du cap méchant). A 20 H 00, nous les encourageons, donnons nos derniers conseils et les laissons entrer dans le sas de départ. De l’extérieur, cet endroit paraît plus chaleureux, lumineux que l’ancien site de lâcher de fous. Impressions confirmées par Pierre - Claude.

 

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Désormais, nous enfilons notre costume de supporter. Pour cela, il faut trouver le bon positionnement pour acclamer tous les champions. Nous nous dirigeons alors vers la route du départ. Mais nous voilà bloqués derrière une barrière avec déjà une centaine de personnes. Les gentils bénévoles se trouvent bien démunis en appliquant les consignes : interdit de passer…. ça craint….. Après des négociations infructueuses, j’emmène mes troupes en sens inverse, direction le parking, la nationale en hauteur du stade, et après un peu de marche nous nous retrouvons sur le parcours. Une place de choix et nous voilà prêts. La foule est nombreuse et l’ambiance toujours aussi bon enfant.

 

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Le stress monte chez les spectateurs, puis au loin les premières frontales réveillent la nuit. Ce n’est pas le peloton mais Run Handi Move qui ouvre le bal. Deux enfants à mobilité réduite sur des joelettes et plusieurs porteurs pour un sacré défi sportif et humain. Puis le peloton approche avec aux avant-postes, déjà deux têtes connues, à savoir Kilian Jornet et Iker Carrera. Le peloton est dense, la chenille lumineuse émouvante, et ces bruits, ces applaudissements, ces cris, ces sifflets qui créent une jolie enveloppe sonore. Nous guettons et finissons par apercevoir deux points jaunes, nos deux étoiles. Nous crions comme des gamins, ils nous repèrent, nous sommes heureux, ils le sont aussi. Franchement, un beau moment à vivre. La file de sportifs continue, et continue. Allez les fous !!!! Profitez bien !!!! Le temps est pour le moment très agréable mais cela ne va pas durer. Au fur et à mesure de la progression des coureurs sur les pentes du volcan, la pluie va se mêler à l’épreuve. Anaïs, cyclone intense désintégré, a ainsi prévu de marquer son passage sur l’île.

 

Premier pointage : Sans forcer, ils avancent à bon rythme. Il ne faut pas oublier que ce sont des routards.

Pierre Claude : Chemin Ceinture, 0h56mn15s, 681ème

Jean Paul : Chemin Ceinture, 0h56mn19s, 686ème

 

Deuxième pointage : La montée du volcan. Papa me confiera avoir redécouvert de nombreuses parties. Il se rappelait de la montée, mais pas de sa longueur !

Pierre Claude : Foc Foc, 29 kms, 2350 m, 6h44mn57s, 1062ème

Jean Paul : Foc Foc, 29 kms, 2350 m, 6h42mn37s, 1034ème

 

Nous nous trouvons au volcan à l’écoute de R.E.R, la radio qui vous transporte. Patrick nous monte la mayonnaise qui monte aussi bien que les coureurs de tête. Dans le froid et sous la pluie, nous acclamons le passage des deux espagnols. Plus tard, nous recevons par textos les pointages de nos deux champions. Alors que le jour se lève doucement, Jean Paul fait son apparition. Il est suivi de près par Pierre Claude.

Pierre Claude : Volcan, 35 kms, 2320 m, 7h41mn57s, 1030ème

Jean Paul : Volcan, 35 kms, 2320 m, 7h38mn08s, 990ème

 

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Ils apparaissent lucides, concentrés et semblent avoir bien géré leurs montées. Ils se ravitaillent puis je les briffe rapidement sur la partie à venir, la difficulté de l’oratoire Ste Thérèse et la technicité de la descente vers Piton Textor. Ils partent ensemble, direction la plaine des sables qui sera au final la plaine du brouillard.

 

Premier coup dur :

Avant d’arriver à Textor, Papa montre les premiers signes de fatigue physique. Il m’annonce qu’il a des difficultés pour respirer, comme s’il était asthmatique. Il ne l’a jamais été mais c’est la première comparaison qui lui vient à l’esprit. Cela le questionne et le gène surtout. Il ralentit pour retrouver un second souffle. Une problématique surement à mettre en lien avec l’altitude.

Au ravitaillement de Textor, il est encore plus marqué. Autre annonce de sa part, il commence à avoir des problèmes gastriques, des ballonnements, avec des difficultés à prendre les gels. Je lui donne alors une barre de céréales qu’il prend sans grande euphorie. Avec maman, nous le remotivons. Une dose d’inquiétude pour l’assistance….

Pierre Claude : Textor, 42 kms, 2165 m, 9h30mn35s, 1137ème

Jean Paul : Textor, 42 kms, 2165 m, 9h17mn17s, 1008ème

 

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Proche de la route nationale, du coté de Mare à Boue, les coureurs arrivent un par un. La pluie est présente, les vaches aussi et les chaussures des coureurs sont boueuses. La souffrance, parfois la détresse commencent à se lire sur les visages. Cette 20 ème édition du grand raid risque de laisser des traces. Jean Paul arrive tout sourire et me demande s’il est dans les temps. « Bien sûr, comment tu te sens ? » J-P : « ça va, par contre je n’ai pas envie de me changer ». Au vu des conditions climatiques, je lui impose de changer ses chaussettes et son T-shirt. Nous lui servons une dose de réconfort moral avant de le laisser repartir en direction du ravitaillement pour se délecter d’une soupe chaude. Peu de temps après son départ et à notre grande surprise, Pierre Claude arrive. Il trottine et annonce qu’il s’est un peu refait la santé. Plutôt rassurant au vu de ce qu’il l’attend : l’ascension du Piton des Neiges. Lui aussi ne veut pas se changer… Ah ces bretons, un peu têtus quand même ! Comme pour Jean Paul, nous ne lui laissons pas trop le choix : T-shirt et chaussettes. Hop Hop Hop !!! Une petite pause et il s’élance sur les pentes du Piton des Neiges. 52 kms de parcourus, il en reste juste 120, rien que ça. Cette info, je la garde pour moi !

Pierre Claude : Mare à Boue, 52 kms, 1594 m, 11h42mn30s, 1286ème

Jean Paul : Mare à Boue, 52 kms, 1594 m, 11h27mn44s, 1142ème

 

Sur leur feuille de route (basée sur une durée de 56 heures), leur passage au gite de la caverne Dufour est prévu après 16 H 00 de course. Ils se montrent à la hauteur de cette prévision, de vraies horloges sur pattes. Jean Paul pointe ainsi au gite après 15 h 56 d’efforts. Déjà sur Cilaos (après une montée épique en voiture), nous nous réjouissons de leur avancée.


Pierre Claude : Gite du Piton des Neiges, 64 kms, 2484 m ,16h22mn55s, 1291ème

Jean Paul : Gite du Piton des Neiges, 64 kms, 2484 m, 15h56mn00s, 1125ème

 

Sinon, ce qui avait été évoqué avant la course, c’est un passage en fin d’après midi sur Cilaos avec un départ avant la tombée de la nuit. Très ponctuels, ils arrivent entre 16 H 20 et 17 H 00. Le brouillard fait son apparition. Jean Paul évoque la longueur de la descente du bloc alors que papa se focalise sur la difficulté de la montée de kerveguen. Arrivé au stade, Jean-Paul prend une douche, attend son soin pédicure et va ensuite se restaurer. Sur les pieds, les ampoules sont déjà bien présentes. Mieux vaut soigner ces maux dès maintenant.

 

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Comme convenu, papa ne tarde pas sur le stade, va directement manger chaud avant de nous rejoindre pour se changer intégralement. Il est content d’avoir pu remplir un peu son estomac.

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Il échange quelques sourires, gazouillis avec Léane (ma fille de deux mois) spécialement venue encourager son papou.

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Une fois ravitaillé, tout sec, il repart de la cité Cilaosienne quelques minutes avant Jean Paul. Ils se retrouveront du côté de la cascade bras rouge.

Pierre Claude : Cilaos, 72km, 1210m, 18h53mn57s, 1386ème

Jean Paul : Cilaos, 72km, 1210m, 18h22mn14s, 1170ème

 

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Au pied du Taibit, la nuit couplée au brouillard ont pris possession des lieux. Une dizaine de coureurs dorment sur les lits picots, d’autres se préparent à repartir pour le gros morceau qui les attend : le Taibit. Quelques traileurs abandonnent, d’autres hésitent encore. Je réconforte l’un deux, lui partage mon histoire personnelle d’un abandon évité de justesse, à ce même poste pour mon premier grand raid grâce au coup de remotivation de mon père. J’ai fini ce fameux grand raid. Si la douleur physique n’a pas fait son apparition, les raisons valables d’un abandon deviennent minimes. Les coups de mou sont un passage obligé. Il faut savoir être patient, laisser passer la tempête, pour éviter un trop plein de regrets.

 

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1 H 30 après avoir quitté Cilaos, nos deux raideurs apparaissent. Ils sont ensemble et Jean Paul nous évoque les difficultés de Pierre Claude. Il n’arrive plus à s’alimenter et vomit régulièrement. Je propose à papa des gâteaux, sucrés, salés, de la soupe… mais il ne veut rien. Nous lui proposons de s’asseoir sur le muret mais non il opte pour le sol humide de la route d’ilet à corde. Il apparaît vidé et ce n’est que le début. Au vu de son état, je décide de l’accompagner un peu dans le Taibit.

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Papa mène l’allure mais rapidement il stoppe, se courbe et essaye de vomir sans y parvenir. Il se pose régulièrement, presque à chaque virage, « embrasse les arbres », souffre tout simplement. Il apparaît exténué et pourtant le sommet est encore loin. Jean Paul qui montre une plus grande aisance s’échappe au loin. C’est important qu’il grimpe à son rythme. 10 minutes plus tard, nous retrouvons, dans un virage, Jean Paul en train de dormir, assis contre un arbre. Il est en position de « la chaise », position très inconfortable. Pas vraiment le moment de faire du renforcement musculaire ! Papa ne l’a même pas vu alors que nous passons à quelques centimètres de lui. Je me permets de réveiller ce drôle d’animal de nuit. En fait, il nous attendait me dit-il. Il aurait pu nous attendre longtemps. Et puis une lueur, le site de la tisane ascenseur. Chacun profite de la tisane miracle et papa s’assoupit 10 minutes au coin du feu. Jean Paul repart, nous le retrouverons à Marla. Pierre Claude souffre mais avance pas après pas. Il n’a plus de jus….Enfin le col. Ah non, fausse alerte, les frontales des autres coureurs sont encore bien hautes dans le ciel, trop hautes. Enfin, le voilà, nous sommes au sommet du Taibit. Bienvenue dans Mafate. S’ensuit une descente à un rythme tranquille, en file indienne jusque Marla. Il y a foule sur les sentiers.

 

Pierre Claude : Marla, 85km, 1580m, 26h16mn01s, 1201ème

Jean Paul : Marla, 85km, 1580m, 25h47mn24s, 1140ème

 

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A Marla, Jean Paul qui a pris le temps de se ravitailler exprime son contentement lorsqu’il nous aperçoit. Au sol, une cinquantaine, voire plus, de coureurs qui dorment emmitouflés dans leur couverture de survie. La scène paraît surréaliste tant par les couleurs dorées de ces multiples papillotes que par le bruit de ces couvertures au vent.

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Papa va manger une soupe qu’il vomit de suite avant de se coucher. La durée de la pause dodo est fixée à trente minutes. Une couverture au sol (fournie par les infirmiers), une sur eux. Je veille, ne m’endors pas et les réveille 40 mn après (10 mn de rab, je suis généreux). Quitte à faire le réveil, je joue également ce rôle auprès d’autres coureurs. Dans le gite qui jouxte le site de ravitaillement, un écran géant est installé. J’assiste alors en direct à l’arrivée de Kilian Jornet à la redoute. Trop fort.

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Après un réveil en douceur, nous repartons avec un petit groupe. Chacun avance à son rythme. Les extérieurs m’utilisent comme guide. L’important, c’est d’avancer, un pied devant l’autre (si possible !). Des traversées de rivières en mode très concentrées, une montée vers la plaine des tamarins bien négociée avant une ascension du col de fourche plus compliquée. Arrivés au sommet, une petite pause pour recharger les batteries mais aussi pour observer le spectacle donné par les coureurs, lucioles de Mafate. Mais, il ne faut pas traîner car le vent Salazien se fait sentir. Nous entamons alors la descente, et rapidement croisons deux personnes dont un gendarme qui nous invite à ne pas prendre le sentier scout si l’on se sent fatigué, de préférer s’arrêter au prochain ravitaillement. Intrigué par ses conseils au milieu de nulle part, je comprendrai beaucoup mieux par la suite. En effet, quelques minutes plus tôt, un drame a eu lieu à ce même endroit. Un traileur expérimenté, passionné, a fait une chute mortelle. Je profite de ce récit pour adresser toutes mes condoléances à sa famille. Notre sport comporte des risques, ne l’oublions jamais.

 

Pour atteindre la route de grand ilet, nous trottinons, pataugeons dans des mares de boue gluantes. Je me plains alors que mes dalons de sentiers discutent de la belle Bretagne, d’Erquy, de Lamballe. Et voilà le ravitaillement du sentier scout. Cet endroit sert aussi de premier pointage à la course de la Mascareigne dont le départ vient d’être donné à grand Ilet. J’espérais pouvoir encourager Fred, présent sur l’épreuve (il finira 6 ème, félicitations) mais trop tard. Il est déjà passé comme les 100 premiers. Le ravitaillement de nos deux raideurs se déroule dans de drôles de conditions, au milieu des jeunes loups pressés de la Mascareigne. Pas facile, vraiment pas facile. Pour la première fois depuis longtemps, papa s’autorise à goûter à du solide, quelques quartiers de pomme. Cela semble passer. Je croise les doigts (de pieds).

Pierre Claude : Sentier Scout, 93km, 1758m, 30h45mn24s, 1186ème

Jean Paul : Sentier Scout, 93km, 1758m, 30h44mn41s, 1185ème

 

Nous entamons la descente et nous nous retrouvons au cœur de l’autre course qui avance à allure rapide. Parfois, nous les suivons mais le plus souvent, nous les laissons nous doubler. Sur un sentier étroit, et à plusieurs reprises, la scène fut dangereuse. Si la majorité des coureurs de la Mascareigne se sont montrés polis, même voire trop, gentils avec leurs encouragements, certains n’ont pas montré leur bon côté : « C’est quoi ces randonneurs » ou encore « fallait avancer plus vite, vous n’êtes pas dans les temps »…Cela commence à fatiguer Jean Paul. Et puis c’est plus de 1000 coureurs qui nous passent, ce n’est pas rien. Dans la dernière partie du sentier scout, Pierre Claude et jean Paul ralentissent, se rafraîchissent en passant la tête sous un tuyau la cour.

 

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Arrivés à la plaque, je me sens obligé de leur faire un point sur la situation. En effet, je deviens de plus en plus tracassé par les délais. Je m’explique, à Cilaos ils avaient 4 heures d’avance sur les délais, 2 H 45 à Marla, 2 H 15 au sentier scout. S’ils continuent à ce rythme, ils ne passeront pas Mafate. Il faut qu’ils réalisent ce qui se trame. L’effet a été un électrochoc. Voilà les deux compères qui se mettent à trottiner, qui avalent assez facilement la montée vers Ilet à Bourse. Nous y retrouvons les copains de run handi move. Ils sont eux aussi en forme, tant mieux. Courage à eux.

Pierre Claude : Ilet à Bourse, 101km, 890m, 33h34mn54s, 1109ème

Jean Paul : Ilet à Bourse, 101km, 890m, 33h34mn58s, 1110ème

 

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Une pause assez courte, et papa repart. Il mène un petit groupe. Jean Paul un peu plus marqué ferme la marche. Ils avancent à un bon rythme jusque grand place.

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Ils ont ralenti l’hémorragie des délais avec toujours deux heures quinze d’avance. Jean Paul va voir les infirmières pour ses pieds car il craint pour les pansements mis à Cilaos. Papa en profite pour s’assoupir 10 minutes. Le ciel est bleu, la température atteint déjà des sommets (environ 35 degrés), le taux d’humidité est important. Nous sommes bien petits comparés aux remparts qui nous entourent.

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Pierre Claude : Grand Place les Bas, 104km, 560m, 34h34mn49s ,1083ème

Jean Paul : Grand Place les Bas, 104km, 560m, 34h35mn12s, 1084ème

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Et voilà le début du très gros morceau de ce grand raid 2012. Attention à l’indigestion. Une première montée compliquée jusque grand place les hauts. Jean Paul nous lâche alors que papa recherche son souffle. Il se pose régulièrement, trouve une citerne d’eau qui va lui servir de douche.

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Arrivé au sommet, il comprend qu’il va falloir descendre dans le fond Mafate au niveau de la rivière ( 500 m de D-) pour arriver à 200 m d’altitude avant de monter vers roche plate (1100 m), ilet qui nous fait face, puis continuer l’ascension jusqu’au Maido à 2000 m d’altitude. Papa n’en mène pas large, vraiment pas large.

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A partir de ce moment, Jean Paul montre des difficultés dans les descentes. Il s’est fait strapper le genou mais refuse d’avouer qu’il a mal,… Ses grimaces au moment de poser le pied à terre trahissent pourtant sa douleur. La descente vers la rivière est pentue, glissante. Gare aux mauvais appuis.

 

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Arrivés à la rivière, certains coureurs se baignent, d’autres s’aspergent d’eau comme Jean Paul. Quant à Pierre-Claude, il plonge ses pieds dans l’eau régénératrice, refroidit un peu la température de son corps.

 

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Jean Paul ne traîne pas. Il préfère avancer. Les premiers mètres de la montée donnent le ton, rappellent au combien cela va être rude. Malheureusement, Papa est repris de vomissements, il n’y arrive plus. Je le rassure, lui dis de continuer à son rythme (banalité finalement) mais surtout insiste sur l’importance de l’écoute de ses sensations. « Arrête-toi dès que tu en ressens le besoin ». Ma grande inquiétude du moment, c’est son manque d’hydratation depuis plusieurs kms. Pour palier à cela, il se mouille dès que possible grâce aux rivières bienfaitrices.

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En plein soleil, roche plate apparaît comme un ilet inaccessible. Papa somnole 10 mn au milieu du chemin avant de repartir. Dernière pente et nous voilà dans l’ilet. Le ravitaillement, à l’autre bout du village, se fait désirer.

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On y trouve Jean Paul qui s’est restauré et qui a dormi une bonne demi-heure.

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Je donne à papa des gâteaux, de la soupe, mais il goûte à peine. Il se pose pour un sommeil de 15 mn. Jean Paul veut nous attendre mais au vu des délais (moins d’une heure 30 d’avance), je l’invite à commencer la montée à son rythme. Au pire, je lui dis, nous te rattraperons dans la montée, où nous te retrouverons avec joie au Maido. Pour le côté rassurant, les nuages font leur apparition. Tant qu’ils ne montent pas sous le même soleil écrasant de tout à l’heure, je prends.

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Au réveil de papa, je trouve qu’il est ailleurs. Regard dans le vide, répondant à côté, visage pâle. Je l’assois. Il semble perdu. Je lui donne un café sucré, un cola dilué dans l’eau. Il me dit de rattraper jean Paul, de le laisser là, que c’est fini pour lui. Plus d’envie, plus d’énergie,… Il me parle d’hélicoptère. Quelques minutes plus tard, il va déjà mieux et retrouve des couleurs. C’est à ce moment que je sors ma carte « fou ou pas fou ». Je lui annonce que de toute manière le seul chemin pour sortir de Mafate c’est le Maido. Il me dit " ah bon", et nous revoilà partis, une heure avant la fermeture du poste.

Pierre Claude : Roche Plate, 114km, 1110m, 40h14mn39s, 1271ème

Jean Paul : Roche Plate, 114km, 1110m, 39h20mn39s, 1133ème

 

Rythme maîtrisé avec beaucoup moins de pauses que la montée précédente. Après la brèche et ses passages vertigineux, nous progressons droit dans la pente. Et nous retrouvons avec étonnement Jean Paul, épuisé. Il prend notre train avec une allure cadencée entre minutes de marches et minutes de pauses.

 

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A mi pente, Jean-Paul retrouve des ailes et repart de l’avant. Il semble attiré par les acclamations d’un groupe d’espagnols encourageant énergiquement les raideurs du samedi après midi. Proche du haut de la pente, il retrouve David venu l’encourager. Quant à Papa, il grimpe bien. La dernière partie, moins pentue, lui redonne même la parole.

 

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Le sommet est proche, les encouragements de la foule le rassure. Patience, les bretons arrivent. Papa, te voilà sorti de Mafate. Maman est là, Natacha aussi (ma femme) et Léane. A deux mois, elle vit elle aussi son premier grand raid. Des bénévoles indiquent le chemin à suivre jusqu’au poste de tête dure, 20 mn plus loin. La nuit tombe, le vent se lève. Ils sont encore dans les délais (2 H 00 désormais). Nous leurs disons comment nous sommes fiers d’eux. Pour les récompenser, David leur offre une dodo (bière locale) qu’ils ne se prient pas pour boire. Scène filmée par les médias locaux d’ailleurs. A ce moment, maman lance même « la diagonale, plus jamais ! ».

Pierre Claude : Maido Tête Dure, 121km, 2030m, 44h01mn04s, 1279ème

Jean Paul : Maido Tête Dure, 121km, 2030m, 43h59mn07s, 1273ème

 

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Il commence à faire froid, il ne faut pas traîner. Pour la suite, c’est une descente de 13 kms qui les attend. La première partie est très agréable. Ils semblent avoir retrouvé le moral. Nous suivons un bon groupe où se trouvent Bernadette et Bernard, déniviens tout comme moi. J’échange avec eux. Le sujet principal, les délais. Bernadette fait remarquer que cela va passer, mais qu’il ne faut pas ralentir et qu’il ne va pas falloir s’arrêter à sans soucis sinon le risque c’est de se faire sortir au poste suivant. En effet, une heure seulement est prévue entre ces deux postes. Alors que nous descendons à un bon rythme, jean Paul n’arrive plus à suivre la troupe. Quelques minutes plus tard, papa me dit qu’il va lui aussi ralentir, que cela va un peu vite. Finalement, il suit le mouvement et prend même la tête du groupe. Il court, dévale la pente. Je suis impressionné. Nous entendons de la musique, surement le ravitaillement qui est proche. Erreur, c’est une fête privé. Une longue partie de rondins à descendre nous fait pester mais le rythme imposé par Pierre Claude reste soutenu. Mais d’où viennent ses ressources (surement des pommes !). Les kms sont longs, très longs, et le chrono défile. C’est chaud. Nous y voilà, enfin, 40 mn avant les délais. Les coureurs sont acclamés par de nombreux spectateurs. Dans le public, maman ravitaille papa, se rend compte qu’il a retrouvé de l’énergie. Il mange de nouveau mais juste des quartiers d’orange. Ce sera son nouveau carburant. Puis, une bonne nouvelle est annoncée par les bénévoles à savoir que les délais sont rallongés d’une heure pour le poste suivant. Ouf. Mais, avant de penser au délai suivant, nos pensées vont à Jean Paul qui n’est toujours pas arrivé à sans soucis. Au vu de notre descente, va t’il arriver dans les délais ? Au moment où papa continue son chemin, il n’est toujours pas là. L’inquiétude est présente. Je laisse alors papa, je suis KO, submergé par la fatigue.

Pierre Claude : Sans Souci, 134km, 350m, 48h17mn45s, 1250ème

 

A peine 1 H 15 plus tard, Pierre Claude arrive à halte là. Alors que je dors sur la pelouse du stade, papa discute, va se ravitailler. Il se pose quelques minutes pour dormir. Nous parlons de Jean Paul avec la sensation qu’il n’a pas passé les délais. Et bien, nous avons tord : il est là, devant nous. Fatigué mais souriant. Il va chercher un massage chez les kinés.

Pierre Claude : Rivière des Galets Halte-là, 136km, 120m, 49h50mn34s, 1214ème

Jean Paul : Sans Souci, 134km, 350m, 48h35mn04s, 1316ème

Jean Paul : Rivière des Galets Halte-là, 136km, 120m, 49h59mn11s, 1271ème

 

Ils partent ensemble pour une montée vers le chemin ratineau. Pendant leur ascension, je patiente dans la voiture où plutôt je dors, puis me réveille en guettant la montre. De nouveau le stress nous gagne, lorsque l’on s’aperçoit de l’absence de pointage à ratineau et la proximité avec les délais. 50 mn, 40 mn, 30 mn, ils pointent !

Pierre Claude ; Chemin Ratineau, 142km, 629m, 52h30mn20s, 1036ème

Jean Paul : Chemin Ratineau, 142km, 629m, 52h38mn15s, 1074ème

 

Sur le stade de la possession, le jour se lève. Je n’ai aucune idée de l’horaire où arriveront nos sportifs. C’est alors que papa fait son apparition. Il court, se pose peu, mange des oranges et repart. Il ne boit plus avec le camel mais avec des petites bouteilles d’eau plate. Il nous dit que jean Paul est devant. Bizarre, nous ne l’avons pas vu. Finalement, il avait tord puisque Jean Paul arrive à la possession une heure plus tard. Maman marche avec papa le long du littoral. Elle le laisse dès l’entrée du chemin des anglais. Le soleil est encore absent, cela rassure papa. Cette partie sous le soleil peut vite devenir un enfer.

Pierre Claude : Possession, 149km, 15m, 54h58mn48s, 1087ème

Jean Paul : Possession, 149km, 15m, 56h07mn40s, 1308ème

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2 H 20, en comptant le ravitaillement de la possession, Pierre Claude a plutôt bien avancé. Il semble serein. Nous lui apprenons le positionnement de Jean Paul, toujours à la possession. Ce dernier se serait fait une foulure qui lui pose des soucis dans les descentes. Papa mange des kiwis et toujours des oranges. Il se pose et attend le train qui n’arrive pas…

 

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Ca y est le soleil se fait sentir, ça chauffe maintenant. Si papa s’est mis à l’écart des délais, Jean Paul devra lutter jusqu’au bout avec (27 mn avant à la grande chaloupe.).

Pierre Claude : Grande Chaloupe, 156km, 10m, 57h20mn16s, 943ème

Jean Paul : Grande Chaloupe, 156km, 10m, 59h33mn08s, 1285ème

 

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Sur le chemin de st Bernard, nous attendons papa qui commence à sentir la fin de la course. La dodo s’approche. C’est tout bon ! Par rapport à 2010, le chemin vers la boule du Colorado est plus direct. L’arrivée à la redoute vers midi est possible. Maman va chercher Natacha et Léane qui viennent acclamer papou pour son pointage au Colorado. La maison est toute proche, bien plus que le stade de la redoute, mais chut !

Pierre Claude : Colorado, 165km, 680m, 60h30mn50s, 1061ème

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Dernière partie. Papa ne traîne pas, il double quelques coureurs avec l’envie d’en finir. Le stade est proche mais se laisse désirer. Le pont vhin san et les derniers mètres. Papa court à vive allure et franchit sous les honneurs la ligne d’arrivée. Il sait au combien cette diagonale a été compliquée à gérer mais il l’a fait. Il a réussit pour la deuxième fois ce défi, un sacré défi. Pas sûr qu’il le retente un jour ! Félicitations Papa pour ton courage, ton amour de l’effort sportif, du dépassement de soi. Quel bel exemple tu nous donnes.

Pierre Claude : La redoute, Arrivée, 61h58mn05s, 1035ème, 169ème V2

Fiche suivi individuel grand raid 2012 :

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Alors que papa se détend sur le stade, puis s’endort au coté de Léane, nous guettons l’avancée de Jean Paul.

 

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D’après David, il est en souffrance du côté de St Bernard. Jean Paul me racontera une scène des plus causasses où il s’est arrêté devant un dancing où il a échangé avec des jeunes l’invitant à venir danser. J’ai beau réfléchir mais un dancing là haut, je ne connais pas…. Surement un effet de la déshydratation…

Jean Paul: Colorado, 165km, 680m, 63h27mn06s, 1355ème

 

 

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Dernière descente au forceps. David me racontera comment Jean Paul a souffert dans ces derniers kms. Il s’endormait en marchant, avait besoin de positionner ses mains sur les épaules de David. Il n’était plus lucide, plus trop cohérent. Et moi, sous le pont qui guettait son arrivée. 16 H 00, temps final à la redoute. 15H30, 15 H 40, 15 H 50, il arrive. Peut être le dernier concurrent de cette diagonale 2012. Il grimace mais l’approche du stade donne le dernier coup de motivation. Il s’élance dans un sprint final.

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Lors de son demi-tour de stade, la foule dionysienne l’acclame.

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Il franchit la ligne sous les flashs et caméras des médias. Il se trouve happé par les journalistes, interviewer alors que je m’isole submergé par une émotion d’un assistant fatigué ayant gardé en lui tout le stress vécu de ces dernières heures. Nos deux lamballais ont vaincu le grand raid. Ils sont finishers de la diagonale 2012.

Jean Paul : La redoute, Arrivée, 66h01mn47s, 1354ème, 220ème V2

  Fiche suivi individuel grand raid 2012 :

link

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Après avoir honoré sa place en répondant aux différents médias, Jean Paul nous rejoint, pose pour de multiples photos avec Pierre Claude et ses différents assistants.

 

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La suite, c’est une bonne dodo fraiche sur le stade de la redoute. Puis, des déplacements chaotiques sur le stade qui seront stoppés par un sommeil réparateur à la maison.

 

Le lendemain d’un grand raid, c’est aussi la possibilité de croiser dans sa case deux raideurs heureux mais physiquement fatigués, se déplaçant difficilement avec leurs bâtons de bambous. C’est aussi l’occasion de refaire la course, de la refaire et refaire encore. Courage aux familles, c’est le post grand raid, ils arrêteront bientôt de refaire la course, dès qu’ils auront trouvé un nouveau défi !

 

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Jean Paul et Pierre Claude souhaitent remercier leurs assistances, les bénévoles, le public tout au long du parcours. Une pensée également pour les différents soutiens reçus avant, pendant et après la course que ce soit par téléphone ou par internet.

Merci également à intersport Lamballe pour son aide.

 

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Published by Arnaud Moisan - dans Mes Récits GRR
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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 07:56

          

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  Avant de me lancer dans la dernière partie de mon grand raid 2010 à savoir ce récit, il me semble important de resituer le contexte. Il y a tout juste un an, je vivais un des moments sportifs qui restera pour moi une référence mais aussi une révélation, le grand raid 2009. Une épreuve qui m’a permis de déguster chaque km dans une euphorie difficile à décrire. Après 29 H 45, et pour ma deuxième diagonale, je terminais à la 39 ème place de cette course mythique. Beaucoup d’émotions et bien sur un contre coup où les questions envahissent nos pensées : que faire maintenant, challenge montagne ou pas, est ce une bonne chose de me relancer sur un grand raid en 2010….. Après trois mois de coupure totale et un mariage qui m’a bien occupé l’esprit, de nombreuses décisions étaient prises. En effet, ce sera une année « off » où j’irai découvrir de nouvelles courses, de nouveaux sentiers en privilégiant des sorties en solo ou en groupe.


           De plus, je serai bien sur la ligne de départ du grand raid 2010 mais pas seul. J’accompagnerai mon père du cap méchant à la redoute et cela quoi qu’il arrive. Ce sera sa course et je serai là pour le soutenir, l’accompagner. Drôle d’idée, pas toujours comprise par certain, et fortement apprécié par d’autres. De toute manière, c’est décidé. Ma conviction, c’est que cette aventure n’aura rien à envier à celle de l’année passée. Certe différente mais génératrice de nouvelles émotions, sensations, une autre manière de vivre cette diagonale. D’un point de vue physique, j’ai pour objectif de finir le mieux possible afin d’entamer au plus vite la préparation pour l’année 2011 en profitant de ce grand raid qui sera pour moi, et excuser si cela peut choquer, une sortie longue.


Dès le mois de décembre, papa, coureur routard accompli (13 marathons officiels, six 100 kms, six 24 heures) s’est lancé un nouveau défi, celui de la course nature avec comme objectif la diagonale 2010. Alors pourquoi pas !!! Il a acheté sa première paire de chaussure de trail, s’est mit à lire des revues spécialisées et a suivi avec attention le plan d’entraînement que je lui ai préparé. Ce planning s’est étalé de décembre à octobre avec une moyenne de 4 séances par semaine agrémenté de courses test ( menestrail, quiloury, guerlédan, bugul noz, Galibier) et de week end choc (cf Eric Lacroix). Début octobre, nous faisons le bilan de cette année 2010 et tous les voyants sont au vert.


Pour ce grand raid, points positifs :

- Son mental de coureur de long,

- L’absence de pépins physique. Ses douleurs à la cheville ont fortement diminués,

- Affuté comme jamais !!!! (ça c’est mon avis),

- Ses entrainements sérieux depuis un an avec de nombreux kms sur les sentiers bretons,

- Des courses test qui ont été riches d’enseignements (sur l’équipement, l’alimentation, l’hydratation,….),

- Pour le profil de cette diagonale, je serai là pour le guider.


Pour ce grand raid, points négatifs :

- Le dénivelé bien sûr. C’est notre crainte. Et oui, les sentiers des douaniers ont peu de ressemblance avec un dos d’âne ou un cap anglais.

- L’altitude.

- La chaleur.

- Et bien sûr, les aléas d’une telle épreuve mais ça on le saura le jour J.

Pour l’altitude et la chaleur, nous avons essayé d’apporter quelques solutions. En effet, maman et papa sont présents depuis début octobre. Ainsi, ils ont pu s’acclimater tranquillement et cela m’a permis d’organiser une sortie avec au programme une montée du cap anglais et ainsi faire un peu d’altitude.

 

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Jeudi 22 octobre, Jour J, 16 H00 :

La voiture est au complet et la pression monte déjà. Pour nous assister, ma femme Natacha, mon frère Yoann et ma maman. La voiture est archi pleine entre nos sacs d’assistance et les vivres pour que nos supporters puissent tenir au moins trois jours. Et oui, l’objectif affiché pour notre traversée est de finir dans les délais. Je ne souhaite pas mettre plus de pression à papa, le défi est déjà assez compliqué à réaliser.

 


Jeudi 22 octobre, 19 H 00 :

Nous sommes sur le parking et dégustons une salade de pates. Il fait nuit, un peu frais et nous sommes éclairés par les phares des voitures qui ne cessent d’arriver. Puis, c’est l’ultime préparation avant de se diriger vers le sas de départ.


 

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Bisous et autres photos et nous voilà prêt à en découdre. Le contrôle des sacs effectué, nous trouvons une petite place où le temps va être long à faire passer. Assis par terre, sur un sol toujours aussi inconfortable, nous attendons patiemment.

 

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Alors que le podium vibre avec les animations qui se succèdent, c’est plutôt le silence qui domine chez les coureurs. Certains se relaxent, d’autres écoutent leur musique, d’autres se massent, d’autres observent les jolies danseuses réunionnaises !! Mr Prianon quant à lui essaye de monter l’ambiance mais n’est pas speaker qui veut. Je sais que ce n’est pas facile, mais je préfère et de loin ses performances athlétiques.

 


Jeudi 22 octobre, 21 H 50 :

Denis boullé fait son apparition et commence à égrainer les noms des raideurs invités à prendre place dans le sas de départ. Killian Jornet, Marcelle puy, dawa sherpa, Thierry techer, Arnaud Moisan !!!!!! Quoi, c’est bien mon nom ? Il y a deux ans pour premier grand raid, si on m’avait dit que je serai appelé en première ligne, sincèrement, je n’y aurai pas cru. Mon premier grand moment de la course. Sur ce, j’ai fait le choix de rester aux côtés de papa. Tant pis pour les photos !!!!


Nous sommes de plus en plus serrés, la tension monte et au deuxième coup de canon, les 2600 fous sont lâchés.

 

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Nous piétinons, sommes compressés de tous les côtés, je perds papa de vue et nous voilà dans les rues de St Philippe. Papa me revient dessus et nous cherchons du regard nos accompagnateurs. Pas facile, les voilà, un dernier coucou avant notre prochain rendez vous au 30 ème KMS.

 

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La foule est impressionnante, les encouragements fusent de toutes part et cela pendant les 3 premiers kms. Papa imprime de suite un bon rythme. Rapidement, je le mets en garde d’un départ trop rapide mais d’un autre côté nous sommes sur une partie hors sentiers et c’est plutôt son domaine. Même quand la piste s’élève, il garde son allure et semble très à l’aise. Plutôt étonné de ce bon départ, je lui emboite le pas et essaye de discuter avec lui. Le but, il est simple. Si on peut parler durant les 12 kms de route forestière, c’est que la montée se fait à un rythme adapté. La foule a laissé place à la canne à sucre, les clameurs du public se sont évanouies laissant place au silence d’une nuit au clair de lune. Sur la piste, Gino nous remonte, nous échangeons quelques mots avant qu’il ne disparaisse…. Puis, voilà qu’un gars derrière parle de bel air à un autre concurrent. Papa lui demande « Qui habite bel air ?» et le gars de répondre « Pierre Claude c’est toi ». Pour la petite histoire, bel air, c’est le point culminant des côtes d’Armor (339 m d’altitude) où ma famille habite mais où vit également Stéphane un très bon coureur breton. Il reste un long moment à nos côtés, me demandant même si il ne connait pas une erreur. En effet, il a un très bon niveau et comme j’ai perdu tout mes repères, je ne sais pas ou l’on se situe. Au final, les faits lui ont donné raison car pour son premier grand raid et après être arrivé sur l’ile seulement mercredi matin, il finit 41 ème en 33 H 30.

 


A voilà le ravito de mare longue (KM 15) où nous faisons le plein d’eau. 2 H 00 pour réaliser cette portion, je félicite papa pour son super départ. Et nous voilà enfin dans le vif du sujet avec le un sentier très technique et étroit tracé sur les pentes du volcan où en 8 kms, nous allons prendre 1700 m de dénivelé positif. Un long serpentin de raideurs se forme au cœur de la forêt où la progression est ralentie par une multitude de racines plus ou moins grosses et par des marches de taille très irrégulière. Le sentier est encombré en cette nuit d’affluence, les bouchons entraînent des pauses régulières qui permettent de garder du jus. Les arrêts sont souvent le signe d’un passage type escalade où mettre les mains au sol est souvent de rigueur. Ca discute beaucoup autour de nous. Un sujet récurrent : la Bretagne. Il y a des bretons partout !!!!

 

Puis, le ciel étoilé apparait alors que le décor n’est plus le même. Place aux roches volcaniques et au vent qui vient nous rappeler que nous avons pris de la hauteur. Il fait froid, nous nous couvrons bien et continuons notre ascension où papa subit un peu la montée. Quoi de plus normal mais il le sait c’est un gros morceau. Je lui répète qu’il faut qu’il progresse à son rythme, qu’il n’essaye pas de suivre car cela se payera cash. Et voilà le bord du cratère avec l’éruption du piton de la fournaise, invitée de marque pour ce grand raid. Je prends quelques photos et passe pour le touriste de base : trop bon.

 

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Spectacle magnifique mais faut pas trainer car ça caille dans le coin. Après avoir longé l’enclos, nous arrivons en pleine forme à Foc Foc (Km 23 ; 2300 m d’altitude). On nous annonce une température de 3 degrés.

 


Arrêt très court avant de reprendre le chemin. Pour une fois, je me perds pas, tant mieux !! Je connais de mieux en mieux ce secteur, cela devient plus facile pour se repérer dans ce brouillard qui rend encore plus difficile la perception du balisage. Au loin, le poste de ravitaillement du volcan (Km 30) apparait comme sorti de nulle part. Pour la première fois de la course, nous pointons après 06 H 23 et à mon très grand étonnement nous sommes 718 - 719 ème. Je sais que c’est important pour papa car au-delà de la place, c’est surtout la confirmation de voir s’éloigner la sentence du « hors délais ». Moi, ce qui me rassure, c’est qu’il monte mais surtout qu’il monte bien.

 


L’assistance est au petit soin, et nous nous ravitaillons sous un drapeau breton, mais pas le nôtre !!! Des supporters de Pléneuf que nous allons croiser tout au long de notre diagonale (les côtes d’Armor en force). Pour nous réchauffer, nous succombons à une soupe régénératrice.

 

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Après avoir fait le plein d’eau et d’encouragements, nous filons en évitant la chute qui serait douloureuse au vu des roches volcaniques qui nous servent de terrains de jeux.

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Arrivé à la plaine aux sables, papa court à bonne allure, ce qui n’est pas pour me déplaire. Je m’aperçois que je reste malgré tout un compétiteur et le voir doubler des dizaines de raideurs, ça me plait. C’est comme ça, c’est motivant.

 


L’oratoire Ste Thérèse (2400 m d’altitude au sommet) se monte bien et en groupe. Au détour d’un virage, je me retourne et profite du spectacle qui nous est offert. Toutes les frontales au niveau de la plaine aux sables. Grandiose. Je resterai bien là mais ce n’est pas tout, il y en a un qui avance.

 

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Dans la descente vers Piton Textor, le jour se lève. Tant mieux. Alors que je suis devant papa, je me rends compte qu’il a des difficultés à me suivre. Il va le découvrir, mais ce n’est vraiment pas son truc. A côté de cela, nos amis réunionnais sont impressionnants avec des capacités kamikazes de haute voltige. Mais bon, le but s’est d’avancer même si la pente est sévère et le terrain toujours aussi instable avec des roches qui semblent s’amuser à rouler sous nos pieds.

 

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Plus de 8 H 06 mn après le départ, papa pointe au piton Textor (Km 40, 2125 m d’altitude) à la 814 ème place. Nous cherchons la famille mais rien, je ne sais pas ce qui se passe, ils devraient être là. En fait, nous apprendrons qu’ils dormaient et on tout simplement raté notre passage ! Nous avons continué notre chemin en sachant que nous les retrouverons (si tout va bien) à Mare à Boue. Dans ces portions plutôt roulantes, le paysage est somptueux avec des vues sur le piton des neiges (toit de l’océan indien culminant à 3030 m) en second plan. Je me régale, fais des photos, redécouvre ce sentier qui traverse les pâturages avec un air de Bretagne (ou de Normandie, mais bon c’est une autre histoire). Pour une fois le sentier est sec, ce qui rend notre progression encore plus agréable.

 

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Mais, la plaine des cafres, ce n’est pas qu’une autoroute sur herbe, c’est aussi des petites échelles, des escaliers descendant mais aussi montant !!! C’est le charme du trail réunionnais avec du sentier technique encore et toujours même sur les portions dites très roulantes.

 

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Sur la route qui mène à Mare à Boue, nous alternons course et marche. Olivier, ami raideur, fait un bon km à nos côtés et en profite pour nous faire un petit débriefing sur la tête de course. Killian Jornet est déjà en tête et il semble super facile.

 

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Après la RN3 et sur une portion bitumée en faux plats montant, nous marchons à un bon rythme. La voilà notre assistance, je supervise papa et ses changements d’équipements et du coup commet une très grosse erreur : je ne m’occupe pas de moi. Au final, je repars dans la même tenue mouillé de la montée du volcan. Je vais bien le regretter. Où est passé ma science du détail où il ne faut rien improviser le jour J que ce soit pour le matériel et l’alimentaire. Mare à boue (Kms 50, 1594 m d’altitude), 9 H 56 de course, 925 ème.

 

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Nous voilà en direction du col de Bébour, nouveauté du parcours 2010. Je m’élance et me fais plaisir en projetant d’attendre papa au col. Dans la descente extrêmement pentue et ardue, un gars glisse dans le virage et tombe en contrebas. Plus de peur que de mal, il a été arrêté par un enchevêtrement de branches. A deux, nous remontons le raideur tombeur qui semble un peu sonné. Il devait être midi, tout s’explique…. Arrivé au col, j’appelle Natacha pour faire un petit bilan de cette première partie de course. En gros : tout va bien, papa est en difficulté dans les descentes, les kms commencent à peser mais rien à signaler, en plus nous avons plus de 4 h d’avance sur les délais. Je lui annonce que nous serons au bloc du côté de Cilaos, entre 18 H 00 et 20 H 00.


Et voilà, la fameuse partie qui a tant fait couler d’encre, qui a perturbé de nombreux coureurs. La cause, pour moi, elle est simple. A ce moment, tout le monde pense à Hellbourg, son ravitaillement et bien sûr au Cap Anglais. Nous sommes pour la plupart déjà projetés dans la prochaine difficulté. Hors, l’erreur, c’est que le Cap Anglais n’est pas la prochaine difficulté. Celle ci est devant nous avec 13 kms de sentiers où se succèdent montée descente avec des passages techniques et parfois glissants.


Mais quel bonheur de traverser cette forêt enchanteresque de Bélouve !! Nous sommes vraiment gâtés de passer dans un tel décor. Dans cette végétation luxuriante avec de nombreuses plantes endémiques, nous en prenons pleins les yeux mais aussi les oreilles avec les chants des oiseaux qui viennent briser le silence des raideurs qui souffrent et trouvent le temps long, trop long.

 

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Revenons donc au sujet de la discorde, ce sentier difficile : physiquement un peu mais mentalement surtout. Ne jamais voir le bout, à chaque virage se demander si c’est la fin, avoir des spectateurs nous dire que c’est à 5 mn mais non c’est à 1 H,…… Et puis, contrairement à la tête de course, et bien les coureurs sont en groupe et la tension monte. Le bouc émissaire est trouvé : l’organisation. Inscrite sur le road book, cette partie a été supprimée et remplacée par la route jusque la veille de l’épreuve avec un retour sur l’option sentier. Hors la plupart ne connaisse pas cette dernière ayant opté pour la solution route lors de leur reco. Bref,….


De plus en plus, je ne suis plus derrière papa. Je pars en éclaireur et l’attend un peu plus loin. Pas facile de savoir qu’elle attitude adopter. Suivre au risque de le fatiguer voire de l’énerver, avancer devant et attendre au risque de le décourager. En plus, je joue au reporter, me place en haut des difficultés pour immortaliser le moment. Je pense que beaucoup de coureurs n’ont pas compris à quoi je jouais.

 

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Après avoir retrouvé la piste forestière, nous entamons la descente dans le cirque de Salazie (D – 600 m). Papa connait cette portion pour l’avoir reconnu il y a deux semaines. Il ne prend pas de risque mais ne traine pas non plus. Moi, je commence à ressentir des échauffements de plus en plus pénible au niveau de l’entre cuisses. Et je réalise une nouvelle erreur de ma part, j’avais vraiment la tête ailleurs aujourd’hui. Je n’ai pas mis de crème anti frottement à cet endroit avant le départ et oublié d’en mettre à Mare à Boue. Bien sûr, à cet instant, je sais que je vais le payer car on arrive au stade d’Hellbourg (1000 m d’altitude) et nous sommes qu’au Km 70. Papa pointe après 15 H 09, à la 899 ème place.

 

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Arrivé dans le stade, je croise Gino qui fait une pause. Son grand raid ne se passe pas comme prévu mais je sais déjà connaissant le garçon qu’il ira au bout. Des collègues de club m’interpellent pour savoir la raison de ma défaillance. « Euh, je te présente mon papa, je fais la course avec lui ». Pas facile tout ça, surtout pour papa car je ne veux pas qu’il culpabilise. C’est mon choix d’être là avec lui, pas le sien. Nous prenons le temps de nous restaurer, chocolat, saucisson, pain fromage,… avant de faire le maximum de réserve de liquide car on nous annonce l’absence d’eau au gite du piton. Papa prolonge l’arrêt, je l’invite à ne pas trop trainer car un "mur" nous attend et surtout j’aimerai descendre le bloc de jour. Papa ne craint pas trop cette montée pour l’avoir également reconnu il y a  deux semaines. Nous avions monté le Cap Anglais (5 kms 600, 1157 m de dénivelé positif) en 1H 25. Mais là, c’est une autre histoire, il fait chaud, les jambes sont lourdes et le chemin parait beaucoup plus long !!! Heureusement, je lui avais donné des points de repères, ce qui nous a permis de fragmenté l’ascension en plusieurs petits tronçons.

 

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Je prends les devants, l’attend régulièrement avant de prendre le choix de monter direct au sommet et de l’attendre. En effet, la montée par a-acoups commence à être musculairement traumatisante, notamment au niveau des quadriceps. Dans le haut de la montée, la pluie s’invite et nous mouille comme il faut pour bien nous refroidir.

 

Arrivé au cap (2157 m d’altitude), j’attends sur un caillou et croise avec étonnement Jean Charles qui visait tellement mieux mais a été terrassé par une crise d’hypothermie au volcan, puis voilà trailer la kour qui lui aussi souffre mais de douleurs qui le feront abandonner à Cilaos. Et moi, pendant ce temps, je commets une nouvelle erreur en restant là assis en plein vent avec mon t shirt mouillé. Papa arrive, fait une petite pause et nous reprenons notre marche en avant. Il a souffert mais bon nous avons signé c’est pour en ch… !!!! Au loin, le gite du piton des neiges qui se mérite. Une scène assez surréaliste une fois arrivé, tous en fil indienne pour aller pointer. 5 bonnes minutes immobiles à attendre sagement notre tour. Et puis, que vois-je, des tonnes de bouteilles d’eau ! Et bien, ce n’est pas grave, je me suis chargé juste pour le plaisir de m’alourdir un peu. Certains coureurs sont énervés mais c’est la fatigue qui semble prendre le dessus. Zen, soyez sympa avec les gentils bénévoles qui sont là comme nous en plein froid à 2500 m d’altitude !!!!

 

 

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Au gite du piton des neiges, 80 ème kms et donc mi course, papa pointe à 17 H 53 après 19 H 53 d’effort, à la 1006 ème place. Je commence à trembler en me demandant ce qui se passe, je grelotte de plus en plus malgré la soupe du gite. Je comprends mes erreurs et tremble de plus en plus, je veux repartir au plus vite. Il ne faut pas tarder, d’une car j’ai envie de me réchauffer et de deux, nous avons qu’une vingtaine de minutes devant nous avant d’allumer nos frontales. A ma grande surprise, mon mental est atteint. Je pense que toutes mes erreurs cumulées me pèsent, puis mince je suis frigorifié et j’arrive plus à courir droit avec ces échauffements qui me font craindre les conséquences possibles comme une tendinite du fait de ma nouvelle façon de courir en cow boy. Et puis, j’espérais que la descente se ferait de jour. Bref, c’est le début de mon coup de moins bien de la course.

 

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Quelques virages après le gite, nous retrouvons mon petit frère Yoann qui s’est tapé la montée à contre sens. Bravo à lui. La vue sur le cirque de Cilaos est bouchée, dommage… Je lui raconte mes déboires et lui dit que je trouve papa très fatigué. La montée du cap l’a bien entamé. Pour me réchauffer, je choisis de foncer jusqu’au bloc. Je donne ma deuxième frontale à mon frère et me voilà déboulant dans la descente où il faut absorber près de 1600 m de dénivelé négatif. Mais ça n’y fait rien, je tremble et ça m’énerve.

 

Au bloc, je me pose près d’un arbre avec Natacha et maman et nous attendons  le reste des troupes. Les voilà. Papa, malgré nos appels, se dirige dans une autre direction. Je me pose désormais la question d’une éventuelle perte de lucidité. Peut être pour me donner une raison à un éventuel abandon qui commence à s’immiscer dans mon esprit. Si papa me dit qu’il arrête, pas sur que je serai reparti tout seul pour la finir cette diagonale. Mais, papa n’abdique jamais, la preuve il n’a jamais abandonné une course. Il a souffert dans cette difficile descente qu’il a trouvé longue et surtout très pentue avec une succession de marches pour les géants. Arrivé au stade de Cilaos, je lui propose de faire une grand pause mais surtout pour me retaper !!!! Il en profitera pour faire un passage chez le kiné, à la douche, au resto et au dodo. En ce qui me concerne, après m’être changé, j’ai été dormir dans la voiture. Au final, nous nous sommes arrêtés trois heures. Mais, plus d’hésitations, on va la finir cette course et à partir de ce moment, je n’en douterai plus. Avant de s’élancer, je n’oublie pas cette fois ci de me badigeonner de vaseline et cela plus que de raison!!!!

 


Arrivée au stade de Cilaos ( 1224 m d’altitude) : 22 H 13 de course, 1006 ème.


Départ du stade : 25 H 12 de course, 972 ème.

 


90 ème kms de course, il est 23 H 00 quand nous quittons Cilaos en direction de la cascade bras rouge. Une portion facile jusqu’au fond de la rivière qui nous permet d’alterner marche et course. Nous nous sentons bien et avançons à une très bonne allure. Puis, c’est le mur remontant jusqu’au pied du taibit. Papa me suit et l’avancée est régulière. Nous repérons au loin et surtout bien haut des lumières qui indiquent le ravitaillement. Il faut rester motivé malgré la distance restante. Nous doublons régulièrement des raideurs marchant, pausant ou dormant. Etonnant de croiser sur cette portion, qui pourtant est très étroite voire dangereuse, une multitude de papillotes dorées, (le coureur dans sa couverture de survie se faisant un petit som bien mérité).

 

Une seule déception pour ma part, c’est de faire cette portion de nuit car c’est si beau. A tout problème sa solution : une semaine plus tard nous sommes revenus sur Cilaos et avons fais une magnifique randonnée en famille autour de bras rouge. Le voilà, le ravitaillement du pied du Taibit plage où je me suis laissé tenter par un tour sur le transat.

 

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Nath remet à papa le bambou que mon beau père lui a spécialement préparé. Au revoir à nos soutiens que nous reverrons désormais qu’a dos d’âne (131 ème kms). Et oui, ce qui se profile, c’est la montée du Taibit avec un passage au sommet à 2080 m d’altitude. Ensuite, c’est l’entrée dans le majestueux cirque de Mafate. Son accès se mérite car les seules possibilités pour y faire un tour sont l’hélicoptère ou bien sûr la randonnée. Du coup, décider d’y aller, s’est décider d’y sortir !!!!!

 


Pied du Taibit ( 1260 m d’altitude) : 27 H 25 de course, 934ème.

 

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Dans le Taibit, je reste devant papa et nous continuons notre avancée régulière. Il est en forme et moi aussi. Du coup, tout est positif. J’aurai souhaité lui faire goûter la tisane ascenseur mais les tisaneurs étaient absents, dommage. Ce n’est pas grave, nous boirons chaud à Marla. Peu de raideurs en vue, les écarts se sont creusés, nous nous sentons un peu seuls au monde. Le sommet du Taibit se fait attendre mais le voici et là nous sommes fiers car nous venons de passer le 100 ème Kms de course. Mieux vaut penser aux kms parcourus qu’au chemin qu’il reste à accomplir pour rentrer sur St Denis.

 

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Je donne rendez vous à papa au prochain ravitaillement et m’élance donc dans un accès de folie dans une de mes plus rapide descente sur Marla. Trop bon, j’adore. Une fois sur place, je m’alimente et prépare le repas de papa qui arrive 20 mn plus tard. Pour une fois, dans l’ilet, ce n’est pas l’igloo mais ce n’est pas St Gilles non plus. Et oui, Marla est quand même à 1580 m d’altitude.


Marla (Km 103): 30 H 36 de course, à la 907 ème place.

 


Nous reprenons notre chemin et rapidement nous trottinons. Un constat, en pleine nuit, papa voit son rythme s’accélérer. Si cela continue comme ça, nous avons des chances de rentrée en fin de journée ce samedi. Le long de la rivière avant trois roches, nous continuons à bonne allure. Et voilà le ravitaillement de Trois Roches (Km 106,2) où papa pointe après 31 H 56 d’effort, à la 844 ème place. Quel dommage de ne pas voir les paysages mais c’est pour bientôt le soleil ne va pas tarder à se lever. Comme toujours, l’ambiance est au rendez vous avec des bénévoles aux petits soins. Elle est vraiment au top cette course. Encore merci à toutes ces personnes rencontrées au long du parcours qui nous ont aidées, encouragées, saluées,…

 

 


Direction roche plate, portion que j’avais présenté à papa comme un piège à anticiper. Mafate, ce n’est pas si facile que ça, il faut se préparer aux montagnes russes et garder son rythme sans jamais s’enflammer, car le chemin est encore long. C’est ce que nous faisons en essayant de gérer au mieux la succession de montées descentes qui ne fait pas que du bien. L’enchainement, la technicité, les chocs se font de plus en plus sentir. Le soleil s’est levé et la vue qui se présente à nous dans les hauteurs de roche plate est magnifique. L’ensemble du cirque est dégagé et le bleu ciel a envahit le tableau. L’arrivée à roche plate se fait devant l’école et surtout sous les applaudissements de petits mafatais toujours aussi souriants. De nombreux coureurs se reposent dans ce petit coin de paradis.

 


A roche Plate (Km 111, 5 ; 1110 m d’altitude) : 33 H 47 à la 868 ème place.

 

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Photo prise à la brèche.

 

 

 

Papa ne traine pas et nous voilà déjà reparti vers la brèche. Il me suit et le rythme est plus que bon. Un raideur se plaint, peste contre le monde entier, je l’écoute patiemment. Nous profitons rapidement du point de vue avant d’entamer la descente vers le fond de la rivière. Papa continue à me suivre alors que la descente reste difficile sur de gros blocs. Mais tout baigne, papa vole. Je ne comprends rien, je le lui dis !!! Te voilà descendeur !! Il me répond que cette descente lui plait, sauter sur les cailloux se révèle un jeu d’enfant, et ben on aura tout vu !!! Puis, c’est la remontée vers Ilet aux Orangers où le soleil commence à être bien présent. Papa pointe après 35 H 20 de course, à la 848 ème place.

Nous faisons le plein d’eau sous les conseils avisés de bénévoles craintifs, et à juste titre, sur l’évolution thermique de l’épreuve.


Puis la descente reprend, et cette fois ci, papa décroche rapidement. J’espère qu’il n’a pas trop donné dans la portion précédente. Car là, cela ne rigole pas, nous descendons dans le fond à flanc de falaise en plein soleil. La chaleur est étouffante et il n’est que 10 H 00 du matin. Je ne suis pas trop confiant car papa supporte mal la chaleur sur les efforts longs. Mais bon, il faut avancer et c’est ce que nous faisons. L’autre effet pervers, c’est que de nombreux coureurs nous repassent et quoi qu’on dise, ça affecte le moral. Au niveau de la première passerelle, je retrouve papa qui n’est pas en très bon état. Fatigué et pâle, je lui demande de bien s’hydrater et de continuer à respecter notre plan alimentaire. La portion jusque la rivière des galets sera très éprouvante pour lui et une fois au bord de la rivière, il décide de se faire un bain de pied. Ok, même si sur le moment je lui conseille d’allez directement au ravitaillement de deux bras, afin de bien manger et de voire un médecin si nécessaire.

 


Tiens les premiers du trail de bourbon nous doublent. Les écarts sont énormes avec un Jeannick qui survole l’épreuve. Mais malheureusement, il subira lui aussi la dure loi du soleil réunionnais.

 

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Après trois traversées de rivières nous pénétrons enfin au poste de ravitaillement de deux bras (126 kms ; 253 m d’altitude). Il est 12 H 30 et cela fait 38 H 29 que le départ a été donné. Papa est pointé à la 873 ème place.

 


Une fois arrivé, papa se met à vomir. Il n’est pas bien, il fait super chaud, peu de zones d’ombres et des chaises en nombre limités. Les aliments sont chauds, tout pour accentuer la nausée. Il a subit un coup de chaud et se retrouver à deux bras sur les coups de midi en pleine chaleur n’est pas la meilleure des choses. Aurélien, un copain kiné lui trouve une place dans une tente pour qu’il se fasse une petite sieste. Papa dit oui et va s’installer. Pendant ce temps, je retrouve Gabrielle et Amandine (assistante 2009) pour leur raconter notre aventure. Au bout d’une demi-heure, je vais voir papa mais celui-ci ne souhaite pas repartir pour le moment. Je ne sais pas quoi faire car je doute du choix à faire. Au final, je l’écoute et le laisse se reposer. Une demi-heure plus tard, je lui fais comprendre qu’il ne faut pas s’éterniser ici. Sous la tente, la chaleur est énorme, c’est limite irrespirable. Une fois reparti, une heure vingt après notre arrivée, je lui propose de se mouiller au maximum dans la rivière. Ce qu’il fera avec un énorme plaisir. Il regrette de ne pas être venu là plus tôt.

 

 

Allez, nous avons une montée qui nous attend et pas la moindre, le mur de dos d’âne. Les « traileurs de la bière » nous doublent. Fred est bien positionné même s’il nous dit que sa course ne se passe pas comme voulu. Je pense déjà aux nombreuses sorties que nous ferons ensemble pour je l’espère la préparation du grand raid 2011 (La balle est dans ton camp Fred !!!). Je trouve cette grimpette toujours aussi longue mais comme toute montée, on arrive au bout (131 Km ; 890 m d’altitude). Pour rigoler, j’indique à deux métropolitains que la fin approche lorsque le chant du coq se fera entendre. Trop fort, c’est ce qui se passe quelques minutes plus tard. Et pour nous accueillir, une foule en délire. Un moment fort en émotion. L’année dernière, j’étais passé de nuit à cet endroit et pas un chat où plutôt quelques chiens errants. Nous retrouvons notre assistance de choc mais aussi des amies fidèles au poste ( Gigi et Peggy).

 

Papa est mal au point, la preuve en photo. Moi, RAS, j’ai le sourire et discute tranquillement de la pluie et du beau temps.

 

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Papa s’alimente, moi aussi et après avoir salué les gars du club, nous entamons la longue descente vers la possession.

 

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La nuit approche, je répète à papa qu’il faudrait courir sur les portions roulantes afin de faire le maximum de chemin de jour. Du coup, on trottine sur la route.

 

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Une fois arrivé dans la ravine, il fait toujours jour et j’en suis content car cela est bien plus agréable et moins dangereux. Puis, papa commence à s’inquiéter de l’absence de pointage à Dos d’âne. C’est vrai ça, c’est étonnant. Je n’aimerai pas qu’on nous déclasse pour avoir loupé un pointage. Mais, nous voilà rassuré, des raideurs nous confirment l’absence de pointage. Tant mieux.

 


Rendus à la ravine des roses, la nuit tombe. Désormais, il nous reste toute la partie caillouteuse à effectuer. Un gars se jette au sol et « m’ordonne » de l’aider à s’étirer. Ah c’est le gars qui pestait dans Mafate !!!!! Bon, en silence, je m’exécute car il faut le faire mais j’avoue que ce n’est pas de gaieté de cœur ( je n'aime pas les ordres). Enfin La Possession (Km 142), et son nouveau sentier jusqu’au ravitaillement. Mais c’est long et cette forêt elle sort d’où !!! Nous voilà au bord de mer avec une altitude proche des 0 m, après 46 H 16 d’effort. La place à ce pointage et bien c’est la 970 ème.

 

 

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Chacun sur notre chaise, nous nous alimentons et c’est reparti. Je marche avec Gigi, alors que le reste de la troupe accompagne papa jusqu’au début du chemin crémont, chemin avec des pavés plus ou moins larges, plus ou moins bien posés.

 

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Nous y voilà. Allez, à toute à l’heure. Sur toute cette portion, papa va garder un rythme de marche assez soutenu. Parfois, j’ai même eu du mal à le suivre. Après coup, je me dis que soit j’étais tout simplement fatigué ou bien ma nouvelle démarche due aux échauffements était peu productive. Comme sur toute l’épreuve, papa reste concentré et avance en silence. En tout cas, la dernière descente vers la grande chaloupe (Km 147, 3) est toujours aussi longue et casse pied. La bande des supporters s’est élargie avec l’arrivée de la fidèle Lili. Puis, d’autres collègues qui attendent Erwan qui fait le trail de bourbon. Celui ci arrive souriant et semble t’il en forme pour son premier trail.

 

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Papa se ravitaille et s’isole un peu avec maman.

 

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Le départ a été donné depuis 49 H 30, et papa se situe à la 943 ème place.


Dernière partie de ce grand raid. Yoann a décidé de nous accompagner jusqu’au Colorado. Au programme, 823 m de dénivelé positif en 10 kms. Erwan file à l’anglaise (très drôle), et quand à nous et bien ça avance. Au moins, faire ce chemin de nuit nous aura évité les grosses chaleurs !!! . Je discute beaucoup avec Yoann alors que papa monte sereinement. Nous avons vraiment trouvé notre rythme de croisière. Tiens, un raideur allongé sur les pavés avec les jambes en l’air.


L’arrivée à St Bernard avec la vue des premières maisons nous fait vraiment du bien. Puis, je découvre un nouvel itinéraire qui fait place à la route en évitant un sentier parcouru lors des recos. Je ne comprends vraiment pas. Et cette route, interminable, je vais vraiment la subir. Alors que j’avance de plus en plus lentement, des jeunes déboulent à fond en scooter et me réveille. Je me fais peur, j’étais en train de dormir en marchant. Enfin, voilà le début du sentier vers le site de la fenêtre. Erwan est au sol, il souffre de douleurs aux genoux. Nous l’encourageons et il profite de notre arrivée pour reprendre son avancée. Et là, nous entamons une montée du tonnerre jusque la fenêtre. Papa et Yoann me suivent alors que j’imprime un rythme très soutenu. Les ailes poussent !!!!


Voilà le parc du Colorado où nous reviendrons dans une semaine pour fêter mon mariage avec la famille et les amis réunionnais. Natacha, Maman, Lili et Gigi nous accueillent une dernière fois avant l’arrivée. Au Colorado (Km 157, 8 ; 680 m d’altitude), 52 H 52, 928 ème place. Je dis à Papa qu’il n’a jamais été aussi prêt de l’arrivée et donc de son lit. Maman lui met une doudoune sur son dos car il ne fait pas trop chaud.


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En arrière plan, j’aperçois Erwan qui semble vraiment mal au point. Il se fait strapper, ce qui m’informe de son intention de finir. Nous enfilons le t shirt de l’organisation que nous devons porter à l’arrivée et nous entamons la dernière descente.

 

 


Je préviens papa que malgré la proximité du stade de la délivrance, le chemin ne va pas nous épargner. Ce sentier est très technique, usant tant physiquement que mentalement. Il faut rester vigilent pour éviter les chutes. Je mène la danse et entend ses pas coller aux miens. Nous allons vite et remontons de nombreux compagnons de galère. Puis, nous rejoignons deux raideurs réunionnais qui vivent un peu la même aventure que la nôtre, un oncle accompagné de son neveu. Nous les suivons car leur rythme est vraiment adapté au nôtre. Nous faisons le bilan de cette diagonale, et l’autre duo est décidé, ce sera leur dernier grand raid : trop dur, trop long. Nous apprendrons plus tard, que cette diagonale 2010 aura laissé beaucoup de coureurs sur le bord du chemin. 44 % d’abandons que ce soit sur blessures mais aussi pour causes d’hors délais et ces derniers sont nombreux.

 

Des critiques fuseront après la course mais ma position est assez radicale : nous sommes prévenus, c’est un ultra trail et pas réputé pour être l’un des plus facile. Nous savons à quoi nous nous engageons où en tout cas je l’espère et c’est peut être là le problème. La magie du grand raid, c’est son ambiance, sa beauté mais aussi sa difficulté.

 

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Le stade est de plus en plus proche et nous allons bientôt écrire l’épilogue de cette aventure hors du commun. Nous passons sous le pont vin sanh et nous approchons du stade. Malgré l’heure tardive, quelques spectateurs sont encore présents. Il est quand même 4 H 20 lorsque nous pénétrons à la Redoute. Dès notre entrée dans le stade, nous nous mettons à courir avant de franchir la ligne à deux comme convenu au départ. Mission accomplie et émotions garanties.

 

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Je laisse papa pointer avant moi car c’est la moindre des choses et voilà qu’on nous remet la médaille et le fameux t shirt « j’ai survécu ».

 


Pierre Claude Moisan : Arrivée au stade de la Redoute en 54h 26m 52s, 900 ème (120 ème vétéran2).


http://www.grandraid-reunion.com/spip.php?page=fiche&annee=2010&dossard=835

 


Arnaud Moisan : Arrivée au stade de la Redoute en 54h 26m 58s, 901 ème.


http://www.grandraid-reunion.com/spip.php?page=fiche&annee=2010&dossard=2323

 

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Je suis super fier de sa performance, de le voir avec sa médaille autour du cou. Il a été au rendez vous, finit sans blessures et avec le sourire.


Merci à Maman, Yoann et Natacha pour leurs assistances et surtout leurs soutiens permanent. Merci pour les supporters de passages, les mails, textos ,.. Merci à tous.

 


En ce qui me concerne, cette diagonale 2010 a été beaucoup plus difficile que je le pensais. Et oui, le grand raid reste le grand raid et faut jamais le sous estimer. A coup sûr, cette expérience me servira dans mes prochaines aventures. Dans les semaines à venir, je refête mon mariage, pars en vacances, ce qui m’éloignera un peu des sentiers. Mais, j’ai déjà dans la tête beaucoup d’envies, d’objectifs pour l’année 2011. Rendez vous au prochain épisode.

 

 

Pour finir , un pot convivial est organisé deux jours plus tard avec le club Déniv.

 

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Photos : Natacha Moisan, Yoann Moisan, Marie Agnès Moisan, Jean Christophe Paroux, Maindru photos et Arnaud Moisan.

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Published by Arnaud Moisan - dans Mes Récits GRR
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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 08:57

22 octobre 2009, à 20 H 30, je me gare aux abords du stade du cap méchant à St Philippe. Mon visage se crispe en voyant la pluie redoubler d’intensité.

 

Pour passer le temps et l’angoisse, je déguste ma salade de pates et une bonne pomme. A mes petits soins, le team N.A.G : Natacha ma chérie et deux amies (Ghislaine et Amandine).

 

Elles me remontent le moral car la pluie je n’aime vraiment pas ça. En effet, je suis breton et je suis plutôt habitué au soleil !

 

Vers 22 h 00, j’arrête de cogiter et commence à me préparer. Le moment tant attendu depuis un an est enfin arrivé. Je me la joue un peu à la Zidane, une chaussette avant l’autre, un slip avant un collant,… Et je me dirige vers le stade entouré de mon team assistance. Derniers regards échangées, derniers baisers, derniers « courage, ça va le faire ». Et bien je l’espère.

 

 22H 30, je pénètre dans le parc fermé, fait contrôler mon sac et me voilà en compagnie des autres grands fous.

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Départ Grand Raid 2009

Chacun essaye de trouver un petit coin pour s’abriter. Sous le grand préau, je trouve une petite place où je peux m’asseoir. J’essaye de faire le vide, de faire abstraction de l’évènement, de la pression que certains ont essayé de me mettre depuis plusieurs semaines. Dans mes pensées, je me refais l’histoire de ma diagonale 2008, mon premier grand raid. Une aventure où j’avais survécu en 49 H 05 après avoir été au bout de mes limites physiques et mentales. Un an après, les choses ont changé puisque j’ai pu m’entrainer comme je le souhaitais sans être handicapé par la moindre blessure.

 

J’ai pu vivre une belle année sportive et aujourd’hui, c’est l’occasion de prendre un maximum de plaisir et de me prouver que je suis capable de faire quelques choses de grand. Une heure avant le départ et malgré le temps exécrable, un mouvement de foule nous fait lever vers la ligne de départ. Lève-toi et marche. Ayant anticipé cela, je me retrouve en première ligne. Chouette, cela commence bien ! A mes côtés, les copains de club : Gino et jean Hugues. Comme à leurs habitudes, ils mettent l’ambiance. A contrario, je me fais remarquer par mon silence. Je n’ai jamais été aussi serein avant une course. Les grands noms de l’ultra trail sont appelés pour se placer dans le sas des pros. Je mets enfin des noms sur certains visages. La plupart semble super détendu. Impressionnant. Bon, ce n’est pas le tout, ça mouille et nous avons rendez vous à st Denis. Il est minuit moins 10 s……….. Et nous sommes enfin lâchés !!!!!!!

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Les fous sont lachés. Grand Raid 2009

 Dès les premiers mètres, je peux courir à mon rythme. Un petit saut de cabri devant mes supportrices et c’est partit. Durant les deux premiers kms, j’aperçois la voiture ouvreuse.

 

Etonnant. Je profite de ce moment magique dans les rues de st Philippe où je me trouve tout proche de la tête de course sous la pluie et les encouragements des spectateurs venus en nombre.

 

Je me surprends à philosopher, à me questionner. Seul, c’est moins drôle alors heureusement je trouve un compère pour discuter : Gino. Jamais couru sous un tel déluge. Nous passons en 13 mn au chemin ceinture, en 31 mn au premier ravitaillement. Nous pataugeons dans cette rivière qui nous fait office de chemin. Gino s’envole un peu, je reste à mon rythme et passe au kiosque de basse vallée en 1H 29.

 

Je fais remplir ma poche d’eau et prend la direction du sentier. La pluie brille par son absence et le chemin est au final peu boueux. Si il y un an ce sentier ressemblait à la route du littoral, je me sens aujourd’hui plus proche du tram train. Cela va plus vite sans les bouchons. A mi pente, je cale à quelques reprises. Je laisse passer quelques personnes avant de reprendre mon avancée. Je m’astreins à une rigueur alimentaire depuis le départ à savoir un gel glucidique par heure auquel s’ajoute la maltodextrine diluée dans l’eau de mon Kamel back.

 

 Sur le début du parcours, j’ai peu de repères et attend avec impatience le puy Raymond. Quant tout à coup, je suis surpris de courir sur une surface herbeuse. Là je comprends que le puy est loin derrière. Cela vous boost un homme. Le long de la crête, je prends énormément de plaisir. Tout se passe bien alors pourquoi s’en faire. Foc foc, arrêt très court. Direction le poste du volcan où mon assistance m’attend. Avec d’autres coureurs, nous perdons le chemin.. . Si la nervosité gagne certain, je reste calme. 5 mn de perdu mais ce n’est pas grave, la route est encore longue.

 

A proximité du ravitaillement, ma frontale éclaire moins bien, je sors alors ma lampe à main qui me permet d’avancer sans encombre. Un premier bilan où je me satisfais de mon choix de chaussures : vive les cascadia.

 

 Poste du volcan : 101 ème place en 4 H 48 mn (contre 6 H 35 en 2008).

 

Après quelques secondes de recherche, je trouve ma chérie. J’ai fait le choix de ne pas remplir ma poche à eau, de garder mon sac le plus léger possible et de rajouter un porte gourde.

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Mon arrêt est donc très court et me voilà presque seul à traverser la plaine aux sables. Impressionnant ce silence et si peu de frontale…. C’est vraiment une autre course que je suis en train de vivre. A la fin de ce désert, j’arrive à la hauteur de Gino. Je suis étonné de le voir. Il me dit qu’il est en avance sur sa prévision de 30 h.

 

Du coup, je choisi de ralentir moi aussi et nous montons tranquille l’oratoire. Gino s’est un bavard mais moi quand je m’y mets…….A la fin de la montée, le jour se lève. Jacky Murat nous double. Gino l’interpelle au sujet des 100 kms que Mr Murat organise. « Quelle date pour l’année prochaine ? » « Quoi encore en juillet, ah non, c’est mieux en avril » « en plus, si c’est en avril, je viens et Arnaud aussi ». Ah bon, j’étais pas au courant. Je les laisse parler.

 

Piton textor en approche. Amandine fait quelques mètres avec moi. Je suis super zen, on me le fait remarquer.

 


Avant Piton textor GRR 2009
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Cela fait 6 H que le départ a été donné. Je laisse mon bonnet, mes gants et prend ma casquette. En route. Je retrouve Gino, l’informe des maux de ventre inexpliqués qui commencent à me faire souffrir…. Ces douleurs partiront comme elles sont venues. Un mystère, peut être le stress… Au fur et a mesure, sans trop m’en apercevoir, je me retrouve à nouveau seul. Les pâturages, les vaches,…, que j’aime cet endroit. Avant d’arriver à la RN3, Amandine fait de nouveau quelques mètres avec moi. Une fois sur le chemin bétonné qui mène à mare à boue, je rejoints Nath et Gigi. Pause rapide où je change de t shirt, de chaussettes en profitant de me mettre de la crème anti frottement sur les pieds. Je prends comme à mon habitude un gâteau salé carré et une goutte de cola zéro. Je repars, arrive au poste de mare à boue que je traverse rapidement.

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Mare à boue : 127 ème en 7h20mn (9 H 46 en 2008).

 

Voilà le chemin vers le piton des neiges. Je monte à mon rythme sans m’affoler. Souvent seul, je ne me focalise pas du tout sur les allures des coureurs que je double et surtout pas sur ceux qui me déposent tellement ils semblent à l’aise. Je me connais bien sur cette partie où je m’entraine régulièrement. Toutefois, la dernière portion me semble un peu longuette mais quand j’aperçois le gite, je m’étonne à sourire bêtement.

 

Après 2H 44 de montée, je pointe au gite. Mes 15 kg de moins doivent bien m’aider.

 

 

Gite du piton des neiges : 103 ème en 10 H 03 min (13 H 48 en 2008).

 

J’apprécie la descente du bloc et comme je suis frais, je sais que je vais m’amuser. La vue est bouchée, c’est bien dommage. HOP, HOP, Hop, un vrai numéro d’équilibriste. Ah non, je commence à sentir les prémices d’une douleur au genou droit. Bizarre, je n’ai jamais eu mal à cet endroit. Je ralentis un peu. Après le bloc, je me retrouve dans un petit groupe avec qui nous descendons à vive allure vers le stade de Cilaos.

Je pointe à 11 H 13, 96 ème (15 H 37 en 2008).

 Cialos--5-



Je traverse le stade (4 mn) à toute vitesse pour rejoindre mon assistance qui se trouve au départ du sentier des anciens termes. Après avoir rejoint Christine bénard dans les rues de la cité cilaosienne, je me pose 20 mn sur un bout de gazon.

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 Le team est présent et surmotivé. Il parait qu’elles ont du mal à me suivre. On en rigole. Je me change intégralement, m’étire, mange un minimum (un gâteau apéritif carré, une goutte de cola zéro et une compote) et me gave des bonnes ondes de mes supporters (sur place, mais aussi de métropole via la radio RER). Je les quitte, direction cascade bras rouge. Je me sens léger avec mes trabucco aux pieds.

 

Un contrôle sauvage, une descente sereine, une traversée de rivière épique, une remontée bien costaud. Je rejoins régulièrement des coureurs qui me demandent de passer devant. Je m’exécute et continue mon chemin. Dans cette montée, j’ai emprunté la technique de Marco Olmo, à savoir mains rejointes dans le dos. Ce qui est étonnant dans cette démarche, c’est quelle donne l’impression d’une certaine désinvolture, même pour celui qui l’utilise.

 

Mais, je trouve que cela rend la foulée plus fluide et plus efficace sur terrain en pente sans trop d’obstacles.

 

 

Pied du taibit, tout va pour le mieux. 88 ème en 13 H03 (19 H 13 en 2008).

 


J'arrive au pied du TAIBIT - GRR 2009


Pour la première fois du grand raid, je touche à la table de ravitaillement : quartier d’orange, raisins sec. Les filles sont de nouveau présentent. Elles me remplissent mon Kamel back, je fais mes réserves de nourritures pour mafate, prend mon mp3 et je ne tarde pas trop.

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Bilan au pied du taibit - GRR 2009

 

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Dire que j’ai été à deux doigts d’abandonner à ce poste il y a un an. Musique dans les oreilles, je grimpe à une bonne allure alors que la pluie s’invite à la fête. Malgré la douche de ce matin, il faut encore se laver…… Peu de monde sur le sentier. Sensations étranges. Arrivé au sommet du taibit, je prends une grande respiration puis plonge vers Marla.

 

Et,….. « aie » « j’ai mal ». Mon genou droit me fait mal, très mal, j’ai des difficultés pour poser mon pied droit. Je l’avais oublié ce genou !! La galère, je suis un peu dépité en entrant dans Marla.

 

 

Marla : 78 ème en 14 H 51 mn (22 H 38 en 2008).

 

Arrivé à l’ilet, j’y croise mon propriétaire qui me propose une banquette pour mon studio. Je lui dis « oui oui, on verra ça……. » Puis, je vais voir le médecin qui sera ma bonne étoile sur ce grand raid avec un strap du feu de dieu. Par contre j’ai bien crié, après la diagonale, pour enlever le strap au vu de ma forte pilosité. Merci Arnaud !! Cela parait tellement improbable de rencontrer son médecin traitant en plein mafate avec sa trousse de médecine au moment où on le souhaite ! Il me signale que c’est une tendinite du facia lata. Ah bon, jamais eu celle là…. 15 mn d’arrêt et je repars motivé comme jamais.

 

C’est hallucinant, la douleur s’est super atténué. Par contre au fur et à mesure des kms, le genou gauche commence à faire des siennes. J’ai trop compensé… heuresement, le fait d’avoir retrouvé une foulée stabilisée avec le strap me permet de limiter la douleur au genou gauche. Puis, je me rends compte qu’avec toutes ces péripéties, j’ai oublié de compléter mon Kamel back. Bon, on verra bien.

 

 Plaine aux sables, une radio locale m’appelle. Je réponds gentiment en continuant à courir. Je profite de l’antenne pour donner des nouvelles à mes proches. Et oui, j’essaye de rester lucide. Arrivé à trois roches, Pascal Antoniotti me rejoint. Je discute avec lui, et par manque de concentration en traversant la rivière, je glisse et me retrouve les deux pieds dans l’eau.

 

 

Trois roches : 75 ème en 16 H 19.

 

Je lui emboite le pas jusqu’a roche plate. Nous avançons à un bon rythme. Je ressens un peu de frustration sur le fait de progresser, sans jamais réellement me poser pour profiter des paysages magnifiques que l’on traverse. Mais bon, je suis en train de réaliser une superbe course, je reviendrai bientôt. Promesse faite à Mafate. Je demande à Pascal des nouvelles de Gino. Il ne l’a pas vu depuis Kerveguen où il l’a doublé. Jusqu'à l’arrivée, je me suis dit qu’il allait surement me revenir dessus pour finir ensemble !

 

Mais non, il est entré dans une autre course, celle du grand raid courage. Malgré ses difficultés d’alimentation durant sa diagonale, il a terminé en 39 h 38. Chapeau garçon.

 

Roche plate : 77 ème en 17 H 30 (27 h 11 en 2008).

 

Super ambiance à roche plate où nous sommes accueillis comme des stars aux sons des djumbé. C’est énorme, merci aux bénévoles pour leur accueil ! Sully, un collègue de sentier, nous encourage à ne pas trop tarder car d’après lui les 30 heures sont jouables. C’est le premier à me parler d’objectif horaire. Ok, pourquoi pas, je me sens bien et 30 h, ça sonne bien !!! Pascal repart vite, moi je ne m’affole pas et prend quand même le temps de reprendre du chocolat, des bouts de banane ainsi qu’une soupe. La nuit va bientôt tomber, je souhaite faire la descente vers le fond mafate de jour. Mon genou me laisse tranquille mais je suis obligé de me freiner un peu. Un mal pour un bien, je le pense désormais. Je rejoins Pascal qui se plaint de nausées, il me dit d’y aller. Je continue mon chemin et la nuit tombe au moment où je traverse la rivière. Génial. Et c’est parti pour la roche ancrée. Que c’est dur de voir ces petits points lumineux si hauts dans le ciel !

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J’essaye de ne pas trop y penser surtout que j’ai un coup de moins bien au milieu de la pente. Tout à coup, je me retrouve face à une grande papillote : un raideur emmailloté dans une couverture de survie. Je m’autorise à le déranger, il est transi de froid mais ne peux plus avancer. En effet, il n’a plus de piles dans sa frontale. Etonnant, la nuit vient de tomber depuis 30 mn ! Je lui file trois piles et nous continuons ensemble. La fin de la montée se passe mieux.

 

Descente vers grand place les bas. Cela commence à être compliqué pour certain : « je veux abandonner » « j’en peux plus ». Un petit mot d’encouragement mais pas facile de trouver les mots justes.

 

 

Grand place : 71 ème en 19 H 45 (31 h 14 en2008).

 

Je m’assois un instant, me ravitaille. C’est alors que passe en vitesse la future vainqueur féminine Emilie Lecomte. Pascal lui aussi arrive. Il fait un peu froid, je ne m’attarde pas. Le chemin jusqu’a aurere se passe sans encombre. Sur cette partie que je connais bien, nous avançons aux sons d’un concert de crapauds. Aurère !!! J’aime bien ce ravito et j’aimerai bien y rester plus longtemps. Ce ne sera pas pour cette année. 3- 4 mn d’arrêt et c’est reparti.

 

Aurère : 63 ème en 21 H 52 (33 H 51 en 2008).

 

Je marche jusqu’au départ de la descente vers deux bras. D’aurère à la rivière, je n’ai vu strictement personne. Le vide complet. Sauf, excusez moi : un tangue. J’ai du le réveiller et prenant peur, il s’est jeté dans le ravin. J’ai assisté au suicide d’un tangue. En tout cas, je suis sûr d’avoir été témoin de cette scène… Passons cet épisode tragique… Moi qui craignais les traversées de rivière et bien pas de soucis. Le boulot a été super bien fait. Chapeau.

 

 

Deux bras : 60 ème en 23 H 18 mn (35 H 50 en 2008).

 

Je trouve deux gars qui se motivent en disant : « allez plus que dos dane et après cela fait que descendre…. ». Pas exactement si je puis me permettre…… Après 7 mn et un bout d’orange, je repars pour cette montée que je déteste tout simplement. Un cauchemar en 2007 pour le semi raid, une horreur au grand raid 2008. Cette fois, cela se passe bien mieux.

Je retrouve certains raideurs qui sont à l’agonie dans la pente. Un gars du sud de la France n’a plus de force, je lui donne un gel qu’il prend tout en pleurant. Il me remercie 50 fois. Je l’entendais encore me remercier plusieurs minutes après, alors que nous étions très éloignés. Puis, je sens que la fin de la montée est proche mais elle n’est jamais là !! j’ai trouvé cette partie longue mais longue. Enfin, la route. Je crie un bon coup et réveille les chiens du coin, je suis surmotivé. Je me mets en marche active, et dès l’église passé, je commence à courir. Quoi, on ne passe pas par le raccourci cette année, il faut faire le tour du village par la route !!! Et bien, je pense que certains ne vont pas être contents ! Le stade approche, j’aperçois ma dream team auquel s’est rajouté Aurélie.

 

 

Dos d’âne : 46 ème en 25 H 35 (39 h 42 en 2008).

 

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Je n’en reviens pas. Je me ravitaille sous les encouragements de Patrick (copain de club). Je sens que je suis en train de réaliser la course parfaite. Je parle sereinement, je ne me sens pas fatigué. Mes proches me diront qu’ils ont découvert un autre Arnaud, « les yeux du tueur ». Je leur donne rendez vous au Colorado. Jusqu’au piton batard, je me suis senti en grosse pression, en relançant, et en me retournant régulièrement pour voir si des frontales n’étaient pas à mes trousses. Il y a un an sur ce même sentier, je luttais juste pour lever les jambes. Rapidement, j’ai compris que j’étais au dessus de mon rythme et que je pouvais le payer cher. J’ai un peu ralenti même si je voyais deux frontales se rapprocher de moi.

 

Je double sur la crête un concurrent qui est pris de crampes. Je lui donne un comprimé d’homéopathie. J’attends avec impatience le kiosque daffouche. Mon strap commence à s'enlever et pendouiller, cela me gène de plus en plus. Je demande un ciseau au ravito mais personne n’en a… Je fais un nœud de strap, ce n’est pas grave, je vais faire avec. 3kms de route forestière interminable jusqu'au moment où je vois une frontale déboucher d’un raccourci bien connu des locaux. Cela m’énerve un peu mais rapidement je me réjoui. Deux gars de l’organisation viennent à la rencontre du coupeur tricheur et lui font faire demi-tour !!! Bravo à l’organisation. Il faut que cela se sache, c’est pour ça que je relate ce fait.

 

Chemin goyavier où je ne pense qu’à une seule chose la boule du Colorado. Je persévère sur la boule, j’y pense et y repense. Quelle belle boule ! Cela descend, cela monte et ainsi de suite. Tiens un contrôle sauvage. Salut les gars, bon week end !

 

Je repense à ma galère de l’année passée dans ce sentier boueux où j’avais perdu ma sérénité, ma vigilance. La boule en approche, seul dans les hauts de la montagne, j’enfile le t shirt de la course et prend une nouvelle frontale.

 

 

Colorado : 39 ème en 28 H 52 (46 h17 en 2008).

 

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Je peux réellement passer sous les 30 heures alors je ne traine pas. Je demande à Natacha de m’attendre à l’entrée du stade de la redoute. Je ne me pose pas beaucoup de questions, je fonce sous les encouragements de mon team de choc.

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La douleur aux deux genoux se réveille de plus en plus mais l’approche de l’arrivée atténue mes maux. Je n’oublie pas de boire, de prendre un gel comme à chaque heure depuis le départ (sacré budget quand même). A mi pente, le jour commence à se lever. En contrebas, j’aperçois Christine bénard. Je me fais quelques frayeurs, quelques bonnes glissades mais le stade est en vue. L’émotion me gagne, je me refais la course en quelques secondes, je vais terminer avec une nuit d’avance sur l’année dernière, presque 20 heures de mieux. Me voila sous le pont vin sanh, je suis heureux, fier,….. Cela faisait plusieurs semaines que j’avais imaginé mon arrivée. A l’entrée du stade, je prends par la main Natacha pour faire mes derniers mètres à ses côtés. Ma victoire, c’est la sienne aussi. Et puis, j’ai tenu ma promesse : arriver en entier pour notre mariage qui aura lieu le 19 décembre prochain. Voilà une superbe motivation !!!!

 

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Arrivée : 39 ème au scratch (22 ème senior), 29 H 45 min 50 s (49 H 05 en 2008).

 

 

 


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Merci à mes trois assistantes, à ma famille et ami(e)s en direct ou sur le net, à l’ensemble des bénévoles, des coureurs rencontrés tout au long de l’épreuve.

 

Merci aux copains d’entrainements et bien sûr au coach, au club Deniv. Merci de supporter ma passion qui je l’avoue peut être très envahissante.

Une pensée toute particulière aux finishers mais surtout à tout ceux qui ont du mettre un terme à leur belle aventure. Cela n’est que partit remise, la roue tourne. Il n’est pas impossible qu’un jour, votre diagonale se passe comme dans un rêve.

 

 

 

 

 

 

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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 17:03

A l'occasion d'un dossier spécial Grand raid, je réponds à quelques questions de Lukas Garcia. Une partie à été publié dans le journal de l'ile

 

Est ce ton premier Grand Raid ?

Non, mon deuxième.

 

Si non, quels souvenirs gardes tu de ta toute première fois. (Stress, anecdote...)

 

Après le semi raid en 2007, j’ai décidé de m’inscrire sur le grand raid 2008. Malheureusement pour moi, durant ma préparation, j’ai passé plus de temps chez la kiné que dans les sentiers.

 

J’ai tout de même décidé de m’aligner en sachant que les douleurs tendineuses allaient vite se réveiller et qu’un abandon était plus que probable. Si cette douleur physique m’a laissé tranquille (et je remercie encore ma kiné !), j’ai du gérer une autre souffrance, plus vicieuse, plus psychologique je parle de la douleur mentale….. L’abandon a été si proche au pied du col du taibit.

La beauté de l’aventure, du paysage, le soutien de mes proches, la solidarité des autres participants, des bénévoles m’ont servi de prothèse mentale et m’ont permis de vivre un moment très fort à savoir mon arrivée à la redoute après 49 heures d’effort.

 

Cette première diagonale a été avant tout une superbe expérience humaine, riche de rencontres, avec ces moments d’euphorie (le départ, l’arrivée), de silence (la montée du volcan), de tourmente cérébrale (j’abandonne ou pas), de peur (lorsqu’un concurrent dans l’ascension du taibit saisi de crampes a fait une chute dans le ravin. Je l’ai aidé à remonter sur le sentier), d’étrangeté (un raideur avec son bip de voiture cherchant son véhicule à roche plate…. Surement l’effet d’une déshydratation avancée), de fierté (dans le regard de mes proches),…..

 

Entrainement. Quel a été ta manière de t'entrainer pour préparer la course. Es tu du genre pointilleux et très rigoureux ou préfères tu t'entrainer à la "sensation". Pourquoi ?

 

J’aime maitriser mes courses et donc ma préparation. Deux entrainements hebdomadaires se passent au sein de mon club (« deniv ») sous les conseils avisés de mon coach Eric Lacroix. Le reste et bien j’adapte mon planning avec généralement des footings et une sortie longue le week end (de 3 à 14 h).

Souvent seul, j’apprécie de me retrouver en communion avec la nature avec un maximum de plaisir… Le paysage réunionnais me change de ma Bretagne natale. Cette année, j’ai profité de longues courses comme l’arc en ciel ou la cimasa pour manger des kms et du dénivelé. Je pimente ma préparation avec les conseils trouvés dans les revues et forums spécialisés, ou encore auprès de mon collègue qui n’est autre qu’Arnaud Moel. Après chaque séance, je n’oublie pas les étirements, essentiels mais souvent trop oubliés par nous autres. Le premier objectif du grand raid reste quand même d’arrivée au départ sans blessures.

 

Alimentation. Quelle sera ta "politique" d'alimentation durant la course ? As tu des petits "trucs", des petites recettes qui ont fait leur preuve ?

 

Durant la course, pour l’apport glucidique, je prendrai en priorité une alimentation liquide sous forme de gel. Le solide, et bien je ne le digère pas et je n’en ai tout simplement pas envie durant l’effort. Toutefois, je ne dirai pas non à quelques carrés au chocolat, raisins secs, pain d’épices trouvés sur les tables de ravitaillement. De plus, mon assistance m’offrira un petit plaisir sous forme de petits gâteaux apéritifs salés qui feront office de produits anti-crampes. Pour finir, vive la soupe, rien de tel pour réchauffer le coureur.

 

Matériel. Quelles sont tes choix en matière de matériel (chaussures, sacs...) Es tu genre à courir "léger" ou à privilégier le confort ? Pourquoi ?

 

Ayant la chance d’avoir une assistance mobile et nombreuse, je vais courir le plus léger possible. Mes choix sur mon matériel sont arrêtés depuis début septembre. J’ai essayé tout l’équipement et ne rajouterai pas de nouvelles choses pour éviter les mauvaises surprises. Sur l’épreuve, j’utiliserai deux paires de chaussures : une légère du départ à Cilaos, une plus lourde mais surtout plus stable pour les montagnes « russes » de Mafate.

De Cilaos, je repartirai un peu plus lourd puisque je prendrai un équipement plus fournit pour la nuit qui peut être très longue et très froide. Si on peut maitriser la montée du volcan, on ne connaît pas notre état lors de la deuxième, voire la troisième nuit. Après une mauvaise expérience d’éclairage l’année passée, j’ai essayé de ne rien laissé au hasard.

Je partirai cette année avec une frontale puissante ainsi qu’une lampe à main. Sinon, ne pas oublier de mettre de la crème anti frottement sur les zones sensibles telles que les pieds mais aussi les tétons ! Cela peut être extrêmement douloureux…. Croyez-moi… Autre petite astuce : je dispose une bande d’élastoplasme au bas du dos pour éviter toute brulure dut aux frottements du sac sur la peau. Chaque course apporte son lot d’expériences, et toute la richesse du trail est dans cette complexité à gérer tout un tas de paramètres.

 

 

Gestion de la course. Es tu du genre à planifier tout tes temps de passage ?

Ou privilégies tu la "sensation" tout au long des heures de course...

 

Si je pars avec une planification assez précise de mes temps de passage, une fois partie, je laisse parlez mes sensations et me détache progressivement de mes prévisions. J’essaye de me faire confiance et de n’écouter qu’une seule personne, moi-même. L’erreur est de partir trop vite, suivre un copain qui nous double, de s’obliger à garder un rythme soutenue pour arrivée a l’heure fixée à un point de ravitaillement,…..

 

Peut être que ce système va fonctionner pendant 70kms, mais il ne faut pas oublier que l’on participe à une épreuve très longue et éprouvante….. Le corps peut dire stop.

 

 

Assistance. Bénéficies tu d'une grande assistance tout au long du parcours ? Comment es tu organisé ?

 

J’ai la chance d’avoir une assistance au top. Le team N.A.G (Natacha (ma femme)- Amandine- Gislaine) me suivra tout au long de ma traversée. Elles font en quelques sortes leur grand raid. En voiture, elles seront à st Philippe, au volcan, du côté de la rn3, à Cilaos, au pied du taibit, à Dos D’âne, au Colorado puis à l’arrivée si tout se passe bien. Elles seront là pour m’assister au niveau du matériel mais également pour me soutenir.

Elles ont l’obligation de me faire repartir si je parle d’abandon alors qu’au niveau physique tout va bien. A cela s’ajoute, les supporters de métropole qui suivront mon avancée via internet sur le site de l’organisation.

 

 

 

Quels conseils donnerais tu à ceux qui vont s'élancer pour la toute première fois ?

 

L’important ce n’est pas que de participer à cette aventure, c’est bien de la finir !!!! Mais pas au détriment de notre santé. Si ce n’est pas cette année, ce sera l’année prochaine. L’important c’est de finir, mais pas à tout prix !!!! Ecoutez votre corps, prenez du plaisir, vous participez à une aventure extrême…ment humaine au cœur d’une nature à préservée.

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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 05:28

ArnaudGrandraid2008
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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 05:26

2008-10-28, Grand Raid Arnaud (27)

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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 05:14

Départ du grand Raid 2008
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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 13:44

 

Depuis un an :


Déjà un an que j’ai eu la joie de franchir la ligne d’arrivée du semi raid. Une belle aventure pour mon premier trail longue distance. Après une grosse défaillance à Dos D’ane, j’avais pu relancer et terminer à une belle 67 ème place après 11 H 18 d’effort. Une découverte de moi-même, de mes limites où comment être au bout du rouleau à dos d’Ane et survoler le sentier goyavier et colorado. Mes entraînements avaient été récompensés. Après un mois d’arrêt complet et un retour progressif sur les sentiers péï, j’ai été contraint à multiplier les visites chez mon gentil médecin. Ce dernier me diagnostiqua une monucléose et une hépatite A…..rien que ça…… D’après lui et bien d’autres, je vais subir les effets de ces deux maladies durant au moins un an. Au programme : fatigue générale, faiblesse, virus et douleurs articulaires. Et en effet, ces différents maux ont été mon quotidien durant une grande partie de l’année 2008. En février après ma reprise d’entraînement avec mon club (deniv à St denis), j’ai eu la joie d’observer et ressentir une série de tendinites. Chaque tendon a eu sa part du gâteau,…, du pied au genou en passant par la cheville. Alors, j’ai commencé ma longue relation avec ma kiné préférée, la bien connue julita, « experte » dionysienne de la tendinite. Deux mois de rééducation et me revoilà sur les sentiers. En mai, j’en profite pour faire la course du géranium qui fait office de championnat montagne (14,5 Kms pour un dénivelé positif de 1300 mètres). Une belle montée pour une reprise mais beaucoup de plaisir à ressentir ses douleurs musculaires. Enfin des douleurs que j’aime….. Je finis dans les choux ou plutôt dans les tamarins en 2 heures. Au moins de juin et après avoir été tiré au sort pour le grand raid, je décide de faire quelques sorties un peu plus longue. Tout se passe bien mais je ressens de manière récurrente ma tendinite rotulienne au genou droit. N’écoutant que moi-même et surtout pas amis kinés, je m’aligne au trail de Cilaos mi juillet (36 Kms avec 2656 mètres de dénivelé positif et 2661 mètres de dénivelé négatif). Malgré une belle sortie puisque je termine le trail au bout de 7 heures à la 115 ème place, je déplore le réveil de plusieurs tendinites. A partir de ce trail jusqu’au 20 septembre, j’ai passé plus de temps chez la kiné que sur les sentiers réunionnais. Deux séances hebdomadaires et deux footings légers ne dépassant pas la demi-heure. Après échographie, le mal était découvert: bursite au genou gauche, bursite et tendinite au tendeur du fascia lata au genou droit. Mon médecin et julita sont toujours restés confiant sur ma participation au grand raid. J’avoue que j’étais plus pessimiste voire très pessimiste. Un mois avant la course, j’ai le feu vert de la kiné pour augmenter mes temps de sorties mais toujours progressivement selon ses conseils que je suis à la lettre ou plutôt à la semelle. Alors, j’alterne les footings à champ fleuri, au front de mer et évite tous les terrains escarpés. Pourtant, dans un mois, je ne participe pas à la diagonale du sable où comment traverser la plage d’est en ouest. Mais ce n’est pas grave, je cours et c’est cela le plus important. Trois semaines avant le grand raid, je prends enfin ma décision en accord avec la kiné et le médecin : je serai a cap méchant pour participer à mon premier grand raid. Ma position est celle-ci : je pars et en cas de réveil des bursites ou tendinites, je m’arrêterai pour préparer sereinement l’édition 2009. Petit tour chez la podologue qui me prépare les pieds. Tout beau tout propre pour traverser l’île. Deux semaines avant le grand jour, je fais une petite sortie avec Arnaud Moel, ancien collègue de l’hôpital et surtout grand coureur local. Je lui évoque mes inquiétudes sur mes douleurs. Lui, m’évoque mon manque de préparation pour une telle course. Ah oui,……. Ça risque d’être dur avec une dizaine de footings. Alors le lendemain, je pars de la redoute jusqu’au kiosque d’affouches pour grimper un peu,… comme si j’allais rattraper le temps perdu…. J’ai surtout été rattrapé par mes doutes au vu d’une montée qui s’est avérée très pénible. Avec du recul je me dis que c’est normal après plusieurs mois sans dénivelé.

La dernière semaine, je badigeonne quotidiennement mes pieds et entre cuisse d’une crème anti frottements pour éviter ampoules ou autres irritations. J’augmente mes apports glucidiques avec des kilos de pâtes et une boisson énergétique (malto). Je fais également une cure d’ACM20 pour l’apport protéinique. Je n’oublie pas de boire et boire, puis reboire. 4 à 5 litres pas jour, ce qui me fait gonfler. Vraiment, je vous le jure…..

 

 

J- 1 :


Je suis au travail car cela m’évite de trop penser à l’aventure qui m’attend. Mais mes collègues sont là pour me rappeler dans quelle galère je vais m’engager. J’essaye de faire abstraction au maximum, pas facile. En soirée, je vais retirer mon précieux dossard. Après une bonne heure d’attente, je m’approche du bout de papier tant souhaité. Quelques coureurs commencent à se plaindre du manque d’organisation du site et de l’attente bien trop longue (ils ont pas tord d’ailleurs). Quelques un évoque même la chance de l’invité Laurent Jalabert qui lui n’aura pas à rester debout au soleil. Et la, surprise, une petite voix derrière nous perce les « on dit » par un « et bien non, j’attends comme vous tous ». Je salue l’ancien coureur cycliste et continue mon chemin de croix. Me voilà au bout avec mon dossard numéro 1846. Mention spéciale pour des t shirts adaptés à la course à pied. Au revoir, les jolis tshirt cotons qui sont si peu agréable en temps de pluie…. Malheureusement, il parait que tout le monde n’a pas eu le sien.

 

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Jour J :


J’ai pris ma journée et je m’impose une matinée de repos. La nuit a été bonne, ce qui est déjà une bonne chose. Natacha est également en congé et se repose. En effet, son défi s’annonce lui aussi de taille. Elle va faire mon assistance sur l’ensemble du parcours. Je prépare tous mes sacs que ce soit le matériel, les tenues, l’alimentation. J’espère ne rien oublier mais j’y ai tellement pensé ces derniers jours que ça va le faire. En fin d’après midi, nous prenons la direction de St Philippe sous la pluie. Depuis deux jours, nous sommes sous les nuages d’une dépression tropicale baptisé Asma. Si elle s’éloigne de nos côtes, les nuages arrosent encore bien l’île. A 21 heures, nous sommes sur le site de cap méchant et étonnement il ne pleut pas. Dernier repas : salade de pâtes, tomate, jambon, petit pot pour bébé saveur pomme poire comme avant mes compétitions de roller quand j’étais plus jeune. Et puis, je commence à me préparer :

Crème anti frottements sur les pieds, entre cuisse, tétons (bah oui, quand ça fait mal, ça fait mal). Elastoplasme posé dans le bas du dos pour éviter les frottements avec mon sac, duoderme et elasto posés sur les talons en prévention. En effet, j’ai pu remarquer l’apparition régulière d’ampoules sur mes talons lorsque je cours avec mes oasics trabucco, notamment en montée. Dernièrement lors de mes dernières sorties, j’ai pu voir l’efficacité de mon petit pansement. A voir si cela va tenir sur la durée. Je pars en collant, t shirt du club, débardeur de l’organisation, un bonnet et des gants. Dans le sac, mon k way tout nouvellement acheté.


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Un dernier bisous à Natacha et je me dirige vers le sas de départ. Je me retrouve de nouveau aux côtés de Mr Jalabert qui me demande pas très rassuré si c’est mon premier grand raid, je lui répond que oui. A cette réponse, il me demande si c’est mon premier trail, je lui réponds que non. Il a beaucoup d’appréhension car lui c’est son premier trail. Mais, je ne me fais pas de soucis sur ces capacités physiques. Tu ne fais pas un marathon en 2 H 45 et tu ne te places pas dans les meilleurs lors d’iron man sans un minimum de conditions physiques. A ce moment là, je pense à ma courte préparation….. Contrôle des sacs : j’ai tout le matériel obligatoire, c’est bon je suis autorisé à devenir fou. Une fois dans le sas, je discute entre deux barrières avec Stéphanie, mon ancienne collègue de l’hôpital et je lui parle de mon nouveau boulot. Une jolie manière de destressé. Mais le temps passe et je me rapproche de la ligne de départ. Je retrouve Ketty la secrétaire du club qui me prend en photo, puis son mari Bernard qui court lui aussi. Il me donne des conseils car il a plusieurs Grands Raid dans les pattes. Puis, une annonce est faite : une lampe frontale a été retrouvée. Je pose ma main sur ma tête et là : montée de stress, j’ai plus ma lampe, je cherche partout, c’est bien la mienne. Une fois récupéré, j’attends en silence le départ. Ouf. 5 4 3 2 1……. Les fauves sont lâchés. Des applaudissements, des cris de joies, des tambours, le bruit si particulier de milliers de chaussures avançant dans les graviers,…., puis à contre sens une coureuse qui pleure et crie, elle vient de perdre une de ses chaussures. Angoisse pour elle…….. mais que faire…..

 

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Départ minuit, St Philippe, KM O, 17 m d’altitude :


Je suis entouré de tous les côtés. Des coureurs ( 2500) partout et une haie d’honneur faite par les nombreux spectateurs. Je trottine à allure très raisonnable, me retourne parfois pour observer la beauté d’une procession de lampes frontales. Direction le volcan pour nous tous. Rapidement, je fais un arrêt pipi pour fêter le temps qui est super agréable. Les prévisions météo sont fausses et bien tant mieux. Après du beau bitume, nous nous engageons sur une route forestière qui monte doucement mais sûrement. J’alterne la course et la marche dès que la pente devient plus sévère. J’essaye de garder mon rythme et ne surtout pas me laisser entraîner par des coureurs qui semblent avoir un rendez vous important au volcan. Un coéquipier de club et de kiné revient à ma hauteur, il s’agit de Philippe C. Il se dit content de participer à la course. Moi aussi, ça tombe bien.

 

 Basse vallée, premier ravitaillement :


A ma montre, il est deux heures. Je n’ai aucun repère horaire donc je me dis que je suis dans mes temps….. Je ne prends rien au ravitaillement car pas besoin. Toutes les heures, je prends un gel glucidique et bois très régulièrement. Toutes les deux heures, je prends aussi de l’homéopathie pour éviter contractures et crampes. Raphaël, un copain de club et pharmacien me l’a conseillé. On verra bien.

J’enchaîne avec le sentier et nous voila tous en nombre à la fil indienne. Cela monte à un bon rythme qui me satisfait pleinement. Deux ou trois gros ralentissements où on se demande si il n’y a pas une baleine dans le coin. Ces petits arrêts me permettent de bien m’hydrater et de couper mon effort pendant quelques secondes. Quelques coureurs semblent déjà dans le rouge, sont sur le côté et attendent un coup de mieux. La terre et autres racines se transforment en roche volcanique. Je fais quelques légères pauses. Ces micros coupures me font du bien et me permettent de monter à un rythme assez régulier.

 

 

Foc Foc, le jour se lève : 5 h 30.


A mon arrivée, j’aperçois Fabien, un copain de club. Je suis étonné de le voir ici au vu de sa performance de l’année passé pour son premier grand raid. En effet, il avait terminé en 37 h 39. Il ne semble pas dans son assiette et se dit fatigué. Il va faire une petite sieste. Je prends une soupe, un bout de banane et raisins secs. Ensuite, je remplis ma poche d’eau qui commençait à désecher et me voilà reparti. Je marche et trottine. Je suis souriant, le paysage est somptueux. Des coureurs-touristes fraîchement arrivés pour le raid s’arrêtent pour prendre quelques photos.

 

 

 

Parking volcan, 30 ème Kms (2320 m d’altitude) :


Satisfait d’arriver à ce poste car c’est le premier pointage électronique. Natacha, Aurélie (une amie kiné) vont recevoir un sms leur indiquant ma position. Petite pensée à ma famille et amis qui suivent mon grand raid de métropole via Internet (site grand raid et radio RER). 6 heures 35, 847 ème. 5 minutes d’arrêts où je m’alimente tranquillement. En petites foulées je m’éloigne des gentils bénévoles et vais jouer dans le paysage lunaire.

 

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Le soleil est bien présent et je suis motivé car Natacha est présente au prochain ravitaillement. Je cours le plus possible en profitant des terrains moins escarpés. Je fais la montée de l’oratoire de St thérese en compagnie d’un monsieur qui fait cette course pour fêter ses 67 ans. Impressionnant. Je prends garde dans la descente avec un sol plutôt instable. J’arrive enfin à Piton Textor, 40 ème kms. Je cherche Natacha, mais ou est elle. Ca y’est je vois son joli sourire. Elle m’a installé un petit stand. Je m’installe sur la chaise pliante, je lui donne mon bonnet, mes gants qui me seront plus utile. En échange, j’embarque ma casquette. Je décide de ne pas enlever mon collant pour mettre un cuissard, je le ferai a cilaos. Je rempli ma poche d’eau, un petit « a bientôt » et hop je pars après quelques photos.

 


La traversée des multiples prairies se passe sans difficultés. La pluie commence à faire son apparition, ce qui me refroidit rapidement. J’enfile mon k way et commence à avoir des échauffements entre les cuisses. Arrivé sur la route, j’entame une longue marche. Avec du recul, je ne sais pas pourquoi j’ai pas couru sur cette portion. J’ai été sage mais sûrement un peu trop. Beaucoup de coureurs me dépassent et la pluie commence à s’intensifier. Au niveau de la RN2, Natacha m’attend avec son grand parapluie et toujours cette petite chaise. Je m’assois, discute avec elle, essaye de manger une barre énergétique mais cela ne passe pas, j’opte une nouvelle fois pour un gel qui ne me pose pas de difficulté. Après 10 minutes de pose, je continue ma marche en direction du poste de mare à boue au 50 ème kms.

 

 

 

Mare à boue, 50 Kms, 1594 m d’altitude : 9H46, 881 ème.


Un militaire rempli gentiment ma poche d’eau, je prends une soupe pour me réchauffer, un bout de pain et je ne m’attarde pas sur ce site. Physiquement, je n’ai pas de douleurs à part des plaintes musculaires qui sont tout à fait normal au vu de l’effort en cours. Mais, j’avoue que je ne suis plus habitué à souffrir comme ça.

 

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Je repars de Mare à boue, direction le gîte du piton des neiges. Dans ma tête pour me motiver, je scinde l’étape en deux avec une étape repos à kerveguen. La montée se fait à un tout petit rythme. Je suis loin de l’allure que j’avais lors d’une sortie sur ces sentiers au mois de juin dernier. Avant Kerveguen, je trouve Willy, camarade de club, qui est assis sur le bord du chemin. Il se ravitaille et se plaint de douleurs aux genoux. Je l’encourage et repars. Arrivée à Kerveguen, j’ai la surprise de découvrir l’absence de ravitaillement. Juste un stand croix rouge. Heureusement, il me reste de l’eau et il fait bien gris. Un petit gel pour encore une heure d’ascension. Nous montons en groupe. Je pense à Yannick, un copain militaire qui dans ce type d’effort stimule ses troupes pour avancer en groupe. Enfin le gîte…..

 

 

 

Gîte du piton des neiges, 62 Kms, 2484 m d’altitude : 13 heures 48, à la 828 ème place.


Thierry, mon ancien cadre et bénévole sur ce site me félicite et me sert un coca. J’appelle Natacha pour savoir où elle est. Elle vient d’arriver à Cilaos et se repose. Cela me rassure. Je lui dit que la montée a été éprouvante et que je commence à avoir moins d’envie. Le début d’une longue réflexion….. Les jambes deviennent lourdes et mince c’est long,…., et je suis pas encore à la moitié……. Natacha m’informe que sur RER, il vient d’avoir un message de mon frère et ma sœur à mon intention. Ils m’encouragent. Je suis ému et je repars vite. Je découvre la descente du bloc que je ne connaissais pas. Je descends plutôt rapidement, rattrape des coureurs. Mes tendinites ne se réveillent pas, ce qui me donne des ailes. Par contre, je la trouve un peu longue cette descente. En plus, ça glisse pas mal avec toujours cette pluie fine qui nous sert de brumisateur. La fin devient compliquée, et plus traumatisante. Je réduit mon allure et suis très content d’arriver au niveau de la route. Je cours toute la partie route jusqu’au stade de Cilaos avec Eric un camarade de club. Nous discutons de nos envies d’abandons mutuels dans cette ville, réputée ville aux abandons. Ce qui est contradictoire, cette notre allure qui nous permet de rattraper un certain nombre de coureurs. Nous voilà au Km 69. Eric abandonnera à Cilaos.

 

Cilaos, 69 Kms, 1224 m d’altitude. Arrivée : 15H37, 777 ème :


A mon arrivée, la pluie s’intensifie méchamment, je me réfugie sous la tente des kinés où je retrouve un collègue kiné de mon nouveau boulot à savoir mathieu. Il me dit d’attendre un peu, de me rincer et de la retrouver pour un massage. Il en profite pour remonter mon moral et pour me faire comprendre que je n’ai aucun pépin physique, que c’est juste une histoire de mental. En fait, j’étais tellement persuadé que mes tendinites allaient se réveiller, que je n’avais pas imaginé aller plus loin que Cilaos. Mais il n’en est rien. Mathieu m’a fait réfléchir et tant mieux. Un petit tour chez le podologue qui enlève mes pansements de fortune. Je n’en remettrai pas car je change de chaussure. Sinon, trois mini ampoules de traitées et je retrouve Natacha. Il pleut, je croise Mr Jalabert qui n’a pas l’air au mieux. Il prend de mes nouvelles, je lui dis que tout va pour ne pas l’embêter avec mes doutes. Je crois qu’il a besoin de positif à ce moment de la course.

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Natacha m’a trouvé un coin au sec, à l’abri du vent. Je l’informe de mes questionnements et nous convenons d’une chose : je vais repartir et nous referons le point au pied du taibit. Je me change intégralement, prend mes montrails, mange ( pain d’épice, gâteau sec) puis je prends une frontale en plus pour la nuit qui m’attend. Je prends le chemin du départ et je croise par hasard, trois gars du club : Willy, Fabien qui s’est refait une santé et Michael qui n’est pas au mieux. Il dit qu’il continue pour sa femme. Nous repartons à quatre après 17 heures de course (793 ème). J’ai de plus en plus mal avec mes échauffements et adopte une posture de cow boy. Michael me donne un tube de vaseline. Je l’en remercie car je pense que la suite aurait été plus compliquée sans cette crème. Après la traversée de Cilaos, nous descendons vers cascade bras rouge. Je laisse partir mes trois acolytes car je n’arrive pas à suivre leur rythme. Je rejoints par contre le petit groupe de Mr Jalabert. Je ferai un bon bout de chemin avec eux. La nuit tombe progressivement mais le temps est clément, ce qui ne perturbe pas trop notre avancée très régulière. Sur toute cette partie, je réfléchis beaucoup en alternant mes pensées d’abandons. Un coup oui, un coup non, à l’infini.

 

 

 

Pied du Taibit, 76 Kms, 1260 : 19 heures 13 à la 771 ème.


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Un copain de Mr Jalabert décide d’abandonner. Moi, je ne sais pas, toujours pas. Je resterai une demi heure à me poser la question. Natacha me réconforte, nous discutons beaucoup. Je sais pertinemment que beaucoup de coureurs donneraient tout pour être aussi frais que moi à ce pointage sans aucune douleurs de type crampes, contractures, tendinites,… Je m’en veux pour ça mais j’ai plus d’envie. Elle m’écoute surtout, j’arrête pas de parler. J’appelle mes parents en métropole pour leur exposer la situation. Mon père, expert de la course de longue durée (100 Kms, 24 heures) ne passe pas par quatre chemins. Je dois continuer, un point c’est tout. J’aurai la nuit pour me refaire une envie et puis voilà. Cela aura suffit pour me décider. Je repars après 40 minutes de raid cérébral. Natacha me donne mon i pod et j’entame la montée. Jalabert repart au même moment. Il monte plus vite, je le laisse. Derrière deux lyonnais, je grimpe à rythme de sénateur. Une petite tisane ascenseur au niveau des trois salazes avant de voir au loin des lumières haut perchées dans la montagne. Et bien, je ne suis pas rendu au somment. Puis, le monsieur qui me précède est pris de crampes et tombe hors du chemin. Jacques se retient avec les branches mais se retrouve plusieurs mètres en contre bas. Je vais le chercher et l’aide à remonter sur le chemin. Grosse frayeur pour nous deux. Je resterai à ses côtés au vu de ses difficultés. Enfin au somment (2000 m d’altitude), nous entamons la descente vers Marla. Jacques me demande de le laisser et me remercie pour mon aide. Je suis embêté mais l’écoute. Je cours, j’ai repris de l’énergie, de l’envie !!!! Arrivé à Marla.

 

 

 

Marla, 82 Kms, 1580 m d’altitude : 22 heures 38 à la 718 ème place.


De nombreux coureurs du club sont présents : Fabien, Willy, Philippe, Jean christophe. Je mange chaud. Beaucoup dorment à même le sol dans leurs couvertures de survie. J’ai froid, je décide de ne pas congeler ici. Je repars avec Fabien et willy. Commence alors le bal des textos d’encouragements. Au courant de mon coup de moins bien, les amis me reboostent. Je me sens bien, cours dans la nuit avec mes deux frontales. Merci à Thierry pour le conseil. Fabien et Willy vont plus vite, surtout en descente, je les rattrape dans les montées. Arrivé à trois roches, nous faisons une pause. Fabien ferme les yeux. Moi, j’observe. Je sais pas quoi mais j’observe. J’oubli pas de m’alimenter et de boire. J’écoute mon ipod mais celui-ci ne marche plus. J’essaye tout mais rien ne marche. Cela m’énerve, je le ramasse et n’essayerai plus. (Après la course, je le ferai fonctionné du premier coup…).

Nous décidons de partir. Je traverse péniblement la rivière. Je déteste çà, surtout depuis ma chute au trail de Cilaos. Nous prenons la direction de roche plate. Une nouvelle fois, Fabien et Willy me lâchent. Je fais ma course et m’affole pas. Je me retrouve seul avant d’être doublé par de nombreux coureurs en groupe. Sensation bizarre. Comme si le train illuminé de nuit te rattrape mais t’attends pas. De nouveau seul et sous la pluie, je commence à être en difficulté. Je n’y vois rien avec mes lampes à diodes. Or je connais la dangerosité du terrain. J’avance pas après pas. Deux coureurs sont perdus : « Où est roche plate » je leur montre le chemin et ils me répondent « Où est roche plate ». Un petit manque de lucidité… Je leur propose un gel qu’ils prennent. Ils me suivent. Tout au long du parcours je rencontre des coureurs enveloppés dans leur couverture de survie. Le fait de me concentrer sur le chemin me fatigue beaucoup. Je commence à dormir en marchant. Roche plate sera mon lit de Mafate.

 

 

Roche plate, 95 Kms, 1110 m d’altitude : 27 H11 à la 718 ème place.


Willy dort au chaud sur un lit de camp, Fabien est assis par terre tête sur les genoux et essaye de dormir. J’en fais de même. Mais, il fait froid. Je mets mon réveil en envisageant une demi heure de sommeil. Mais je ne m’endors pas. Toutefois, cette pause me sera bénéfique pour la suite. Je repars motivé, un peu courbaturé et surtout souffrant de mon échauffement. De nouveau, Fabien et Willy me lâchent, je ne les verrai plus de la course. Je découvre la nouvelle portion 2008 du grand raid. Une longue descente que je trouverai bien longue et une longue montée que je trouve avoir bien géré. Je regarde amusé le panneau qui se présente à nous « Danger de mort ». Peu de pauses et surtout beaucoup d’énergie pour arriver en courant à Grand place les hauts (103 Kms, 500 m d’altitude). Je m’y présente en 31 heures à la 687 ème place. Je remonte de nombreux coureurs, ce qui est très motivant. Je fait le plein d’eau, me pose 5 minutes avant de repartir. Il fait bien chaud. Je suis heureux, souriant, je m’élance pour cette partie de Mafate que je connais bien.

 

Je remonte les coureurs un par un. Pas de soucis. Je suis surpris de ne pas trouver de ravitaillement à îlet a bourse, îlet a malheur. Je lirai bien le road book la prochaine fois. En plein soleil, je grimpe au prochain ravitaillement.

 

 

Aurère, 112 Kms, 750 m d’altitude: 33 heures 51 à la 667 ème place.


Ce sera mon meilleur classement sur mon grand raid. En tout cas, au revoir mes doutes, je sais que je finirai ce grand raid. J’ai la chance d’être encore frais, pas fatigué et surtout non douloureux. Juste mes irritations, de nouvelles ampoules et des jambes trop lourdes.

Je repars en marchant et craint la descente vers deux bras. Je commence à en avoir marre des descentes. Les chocs sont difficiles à supporter. Je ferai une grande partie du sentier en marchant. Petit coucou à jean Laurent, camarade de club qui vient nous supporter puis à Damien ancien collègue infirmier qui se fait une randonnée entre amis. Pas sûr qu’il est bien choisi son jour. Je double deux concurrents plutôt très mal en point et je m’interroge déjà sur la traversé de la rivière qui va se présenter à eux…….

 

 

 

Deux bras, 121 Kms, 255 m d’altitude : 35 h 50 à la 667 ème place.


Je suis content d’être sur ce site. Je vais directement voir un kiné. Massage décontractant des cuisses et mollets. A mes côtés, Mr Jalabert se fait lui aussi masser. Il n’est pas bien et commence à en avoir vraiment marre. Je crois que l’abandon de son ami l’a beaucoup touché. Ensuite, direction la pédicure qui prendra pas mal de temps pour rendre mes pieds comme neuf. Chouette. J’aperçois Jean Christophe et Michael. Par contre, j’ai l’impression d’avoir pris beaucoup de temps pour tous ces soins alors je grignote très rapidement deux ou trois gâteaux et repart après 36 heures 55. Et avec qui ? Encore avec Mr Jalabert, très motivé ….. pour en finir. Alors moi aussi, je le suis mais je ne tiens pas le rythme de ces coéquipiers. Je trouve une nouvelle fois cette montée interminable. Il pleut, cela devient pénible. J’entends toujours la voix de Mr Jalabert quelques mètres devant et les blagues des autres coureurs qui commencent à être pénible. Je cite « Alors, Jaja il monte avec quel braquet ? » « Alors, il est ou ton maillot à poids ? » ou encore « Jaja, un autographe ». Il faut du sang froid pour ne pas s’énerver. Ca y est le chant du coq, j’approche, la route. J’aperçois Natacha, Aurélie et mes amis de métropole arrivés ce jour. Drôle de retrouvailles. Ils marchent à mes côtés jusqu’au stade.

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Dos D’Ane, 128 Kms, 1064 m d’altitude : 39 heures 42 de course à la 702 ème place.


Jean Christophe et Michael repartent à mon arrivée. On m’informe que Raphaël est déjà arrivé à la redoute, que Fabien et Willy sont repartis il y a une heure 30. Je discute un peu avec mon médecin qui me trouve plutôt en forme. Je m’installe sous la tente du club, prendre quelques tucs, m’hydrate, change de tshirt et 20 minutes de pause plus tard je laisse ma chérie et mes ami€s. Rendez vous au Colorado. Normalement dans 4 heures, si tout va bien (ce ne sera pas le cas). Il est 16 heures 10 et il me reste un peu de temps avant la nuit. Je monte en suivant le rythme d’un raideur. Mon erreur est de ne pas m’écouter comme je l’ai fait toute la course. Je suis le rythme très léger de ce coureur alors que je pouvais profiter du jour pour avancer le plus loin possible. 18 h 30, la nuit tombe sur nous à quelques mètres du kiosque d’affouche. Il faut faire attention le terrain est très boueux. J’avance à petit pas et y arrive enfin après quelques frayeurs. Ensuite, c’est la piste forestière que j’attendais avec impatience pour dérouler, me faire plaisir. Le problème, c’est qu’il pleut et que l’on y voit rien du tout. Alors on se repère par rapport au fossé. C’est galère. Je regrette de ne pas avoir avec moi ma lampe a main. Mes deux lampes a diodes ne me servent à rien. Je rencontre Olivier un coureur métro avec qui je finirai mon grand raid. Une fois sur le chemin, j’angoisse de plus en plus et avance au ralenti. Nous tombons tous un par un. Nous nous accrochons aux branches, faisons du patinage avec figures imposées. Le sentier ne ressemble plus aux sentiers de mes entraînements. Un raideur appel les pompiers, il semble s’être cassé le bras, un autre pleure sur le bord, il ne peut plus bouger : la cheville semble mal en point….. On propose de l’aide mais rien à faire a part alerter les secours au prochain poste, ce que nous ferons. Olivier me rassure et me décrit le terrain et les obstacles. Je pense à mes amis au Colorado qui doivent se demander ce qui se passe. Quelques « fous » nous doublent à vive allure. Nous les retrouvons blessés quelques mètres plus loin, pour beaucoup d’entre eux. De plus, je me sens fatigué par la concentration que cela nous demande. On y voit rien, on glisse, j’angoisse……. Arrivé à la fenêtre, je souffle un peu et repart. Le reste du chemin sera plus facile à aborder. Enfin la boule, content de retrouver de la bonne herbe. Olivier a du mal dans les descentes alors je vais à son allure jusqu’au ravitaillement. Il me dit qu’il ne va pas tarder sur le stand car ses amis l’attendent lui aussi mais à l’arrivée. Je lui souhaite une bonne continuation. Nous arrivons et ses amis lui sautent dessus. Ils lui ont fait la surprise de venir au Colorado.

 

 

Colorado, 142 Kms, 680 m d’altitude : 46 heures 17, à la 766 ème place.

 

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Il fait bien froid mais l’ambiance est chaleureuse. Je m’excuse auprès de mon assistance pour mon heure d’arrivée. Il me disent que c’est n’importe quoi mes excuses. Une soupe, des carrés de chocolat, des encouragements de mes amis, un bisous de ma chérie, et je repart avec Olivier. Un troisième raideur se joint à nous, Pascal qui n’avance plus comme il le dit. Je passe devant et j’ai mené l’ensemble de la descente. De nombreux coureurs nous doublent. J’impose trois petites pauses mais plus on descend et plus mes deux coéquipiers ont du mal. Je les attends, les motive. Pascal fait une chute en avant. Rien de grave, heureusement. Olivier en a marre et trouve la descente bien longue. Le pont vin-shan se rapproche, nous nous attendons, marchons jusqu'à l’entrée du stade. Ensuite, on se met côte à côte et commençons à trottiner. Un demi tour de stade où je suis ému et heureux d’en finir. Aurélie et Nath me prennent en photo.

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La redoute, 147 Kms, 53 m d’altitude. Arrivée : 49 heures 05, 813 ème. Il est 1 heures 05 du matin et j’en ai fini avec mon premier grand raid. 

Les bénévoles chantent, nous félicitent. Je reçois la médaille, le tshirt « j’ai survécu », suis heureux tout simplement. Je laisse mes camarades, m’assois sur un banc aux cotés de Thierry Chambry, vainqueur du grand raid en 2007 et copain de club. Je lui raconte ma course….. Je ne sais plus trop ce que je lui ai dit,….. un peu ailleurs le Arnaud. Je me pose sur l’herbe, me change. Natacha s’endort. Elle aussi, elle en a fini avec son grand raid. Aurélie m’accompagne pour manger mais je ne suis pas bien. Je me sens nauséeux et tombe de fatigue. Je quitte le stade pour retrouver mon lit. Je me suis réveillé plusieurs fois en me croyant sur le parcours. Non, c’est bien fini.

 

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 Le lendemain, je suis satisfait d’autant plus que je me sens bien. Pas de tendinites, bursites, crampes (vive l’homéopathie),…. Une course sans complications. Je déplore juste des irritations jusqu’au sang au niveau des entre cuisses, des mollets durs comme du granite breton (bah oui) et une jolie perte de poids. Je mettrai quelques jours à récupérer de la fatigue ceci dit. D’autant plus que je recevais des amis et que je me suis fait un plaisir de les accompagner dans la découverte de cette magnifique île.

 

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 Je remercie toutes les personnes qui m’ont soutenu de près ou de loin dans cette belle aventure. Un merci plus particulier à ma chérie pour sa superbe assistance tout au long du parcours. Je suis très fier d’elle, de son amour. Merci à ma kiné. Mon merci pour elle c’est mon arrivée à la redoute sans tendinites. Merci à ma famille, mes amies, les copains du club, Mathieu pour son massage réfléchissant et surtout remotivant, tous les bénévoles sur l’ensemble du parcours pour leur gentillesse et dynamisme.

A bientôt pour une nouvelle aventure………..

 

 

Pour infos : temps des personnes rencontrées au cours du grand raid :

Fabien : 43 h 25 ; 547 ème.

Willy : 43 h 25, 548 ème.

Jean Christophe : 46 h 03, 665 ème.

Michael : 46 h03, 666 ème.

Philippe : 47 h 45 , 753 ème.

Le monsieur du taibit et ses crampes : 815 eme en 49 h 05.

Olivier : 49 h05, 812 eme

Pascal : 49 h05, 814 ème.

Laurent Jalabert : 47 h 05, 716 ème.

Vainqueur : pascal parny en 21 h40.

Dernier dans les délais : 1409 eme et dernier arrivant en 64 heures (heure limite d’arrivée à st denis).

 

 

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Published by Arnaud Moisan - dans Mes Récits GRR
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  • Arnaud Moisan
  • Tu peux toujours courir... Et je cours, je me raccroche à mes baskets tant sur le tartan, le bitume ou les sentiers. Par ce blog, j'espère vous faire partager un peu de ma passion pour la course de fond
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