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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 14:21

Le voilà, enfin….. Le récit est né…. L’accouchement a été long et difficile, à l’image de ma course du 20 octobre dernier. Lors de cette épreuve, j’ai vécu une journée « sans », une journée riche en émotions où l’on se sent tout petit face au défi que l’on s’impose.


Après trois grand raid consécutifs, je m’aligne sur le Trail de Bourbon, le petit frère de la diagonale des fous. 93 kms à parcourir de Cilaos à St Denis en passant par le cirque de Salazie, de Mafate, le chemin des anglais. Un parcours aussi grandiose que compliqué avec ses 5000 m de dénivelé positif.


Avec Natacha et mes parents, nous nous rendons dès le vendredi à Cilaos, afin d’encourager les grands raideurs.

Gino :

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Pascal :

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Raphael se joint à nous. Dénivien et participant lui aussi au Trail de Bourbon, il a accepté de compléter le team Running Conseil Deniv dont je fais partie avec Olivier C. Après une après midi d’encouragements, un plat de pates tant désiré, une courte nuit, nous voilà prêt pour le défi du jour.

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Le départ ayant lieu à 6 heures, nous pointons une heure avant au stade de Cilaos.

Dernière photo avec Papa avant le départ :

 

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Bien s'hydrater :

 

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Il fait frais et nous nous réchauffons comme nous pouvons. J’invite Raphael à faire quelques tours de stade afin de ne pas se transformer en glaçon. 15 mn avant le coup de pistolet, nous nous positionnons proche de la ligne de départ et une masse de coureurs s’agglutinent derrière nous. Quelques minutes d’attente et nous nous élançons dans la cité cilaosienne, 1130 m d’altitude. Le temps est dégagé, la journée s’annonce ensoleillée !!! L’allure est de suite élevée. Je m’étonne de ma position aux avant postes en observant les motos ouvreuses. Je remonte Raphael et continue ma progression. Le groupe de tête s’éloigne. Traversée du plateau de chênes sous les hélicoptères et je me retrouve déjà seul, alors que nous avons parcouru à peine 5 kms. En approche du bloc, je fais déjà le point et tous va pour le mieux. 7 kms d’effectués, je suis dans les vingt premiers et pense beaucoup à l’ascension qui m’attend. Un coucou rapide à mes parents, je cherche Natacha du regard sans la trouver.

 

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Craignant cette partie du parcours, du fait de mon manque de travail spécifique en montagne, je choisis la prudence et ne m’affole pas quand quelques coureurs me dépassent. Je garde mon rythme et en moins de deux heures je pointe au Gite du piton des neiges (2480 m d’altitude).

C'est moi derrière !!!

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Je salue rapidement Amandine, une collègue du boulot, qui m’annonce que je suis environ 60 ème. La suite, c’est une descente où je m’éclate en sautant de pierre en pierre sans trop me poser de question. Je m’amuse comme souvent sur ce genre de terrain. Le chemin est étroit, piégeux, humide, les dérapages fréquents et la vue sur le cirque de Salazie bouchée. Dans la forêt de terre plate, je commence à avoir des soucis intestinaux.


L’arrivée à Hellbourg ( 1000 m) me permet de me requinquer en passant par la case toilettes !!!! A la sortie des cabinets, je pointe en 49 ème position après 3 H 07 de course. Il fait de plus en plus chaud et ce n’est que le début. Je m’hydrate et enclenche la vitesse supérieure sur la partie bitume nous menant à ilet à Vidot. J’ai reconnu ce parcours il y a peu et je sais que la montée vers le bélier ne sera pas une partie de plaisir. Je ne savais pas que j’allais rentrer dans une grande galère, ma galère. Dès les premiers mètres de montée, je sens que je commence à subir, que les choses déraillent doucement mais surement. Les jambes sont de plus en plus faibles, l’énergie s’échappe. J’essaye de contrecarrer cela en prenant des gels, en m’octroyant des pauses au bord du chemin. Mais rien, mais ce n’est pas grave, mon expérience me rappelle que les coups de mous sont fréquents dans ce type d’épreuve. Alors, j’attends que mon second souffle revienne. Mais quand ????


Alors que la première féminine me dépasse, je me retourne et suis content d’apercevoir mon coéquipier Olivier. Il me remotive mais je subis…. J’essaye de le suivre avant de le laisser s’envoler. Sur la route forestière, un coureur que je viens de dépasser me reprend de manière limite en prenant des sentiers marrons. Je ne dis rien,…, si ça l’amuse, moi pas, mais bon, je n’ai pas envie de perdre les soupçons d’énergies qui me reste.


J’arrive enfin au pointage du sentier scout, 1640 m d’altitude après 6 H 14. J’ai perdu tout simplement une heure sur ma planification. Au final, je suis toujours dans le top 100. 79 ème. Quand on n’est pas bien, on voit tout en noir. Cette annonce me remotive et vu que le profil à venir est plutôt descendant, je repars illico presto. Je double, mène l’allure. Je ne comprends pas grand-chose à ma course du jour….. Arrivée à la plaque, j’ai la surprise d’être rattrapé par Olivier. En fait, il s’est octroyé une bonne pause ravitaillement au départ du sentier scout. Je l’ai dépassé sans m’en apercevoir. Mafate toujours aussi grandiose, paisible, j’adore !!!!


Ilet à malheur et découverte d’un sentier méconnu pour atteindre Aurère (900 m). Alors qu’Olivier mène le groupe, je ferme la marche puis perd les gars de vue, l’un après l’autre. Sur le sentier, je souffre des pentes abruptes mais aussi de la chaleur étouffante.

Ravitaillement à l’école d’Aurère où je recharge mes batteries après 48 kms et 7 H 43 de course. Un petit bond en avant dans le classement pour désormais me situer en 68 ème position. J’envisage la prochaine portion avec sérénité, au vu du dénivelé négatif qui m’attend. C’était sans compter la nouvelle défaillance qui pointe son nez. Je réduis l’allure en subissant un peu la descente. L’idée d’un abandon à dos d’âne où m’attend Natacha et les parents commencent à s’immiscer dans mon esprit.


Voici deux bras, kms 58 kms, en 8 H 48 et en 70 ème position. Avec du recul, bien sûr que je suis encore tout à fait dans le coup mais assis sur un banc à deux bras, ce n’est pas la même histoire. Je n’y suis plus, je souffre de subir la course, de n’avoir aucune sensations agréables. Je retrouve Olivier C prêt à repartir. Il m’encourage et alors qu’il s’en va, je cogite, évoque à qui veut l’entendre mes craintes quant à la montée à venir, le « terrible « mur de Dos D’ane. En effet, aujourd’hui, dès que la pente s’élève, le manque d’énergie me paralyse. Olivier P, bénévole sur le poste vient me ravitailler et joue le fin psychologue. Je repars après 15 minutes de pause. La montée, je l’aborde avec du stress et décide alors de me coller à un groupe de grands raideurs. Je déciderai de la suite de l’épreuve une fois en haut. J’ai du mal à suivre le rythme imposé par les grands fous, ce qui ne me rassure pas trop je l’avoue. Mes jambes sont lourdes et j’en ai marre. 4 kms plus loin, je débouche sur le bitume devant un public de folie. Je retrouve papa et sa caméra. Fred est présent et comprend que je ne suis pas dans mon état normal. Blême, un peu paumé, il conseil à papa de bien me requinquer.

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Je m’installe dans mon cocon familial et de suite je sais que je vais repartir. Cela ne m’empêche pas de leur raconter mes déboires.

Sur la photo, on constate mon état de fraicheur !!!!

 

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Je me change, reprend des forces, un bon bol d’énergie. J’ai la bonne surprise d’apercevoir Raphael qui lui aussi vient d’en finir avec son ascension. Tout souriant, Il me motive, ce qui me remotive. Et oui, nous avons un classement par équipe à défendre aussi !!!! Il continue sa course, ayant décidé d’aller jusqu’au ravitaillement suivant. Je dis bonjour à Gigi ma fidèle supportrice et repart rapidement car l’arrivée de la nuit est proche. Je recours et cela me fais du bien. Sur le chemin ratineau, je me déchaine avant d’atteindre le ravitaillement où je retrouve Raphaël. Le team running conseil Deniv est reconstitué. Nous sommes au 63 ème kms, et après 11H 25, je suis 95ème. Je ne fais pas de pause et m’en vais de suite car je sais que Raph va me rattraper rapidement, ce qui va se vérifier. Je veux passer la ravine avant la tombée de la nuit, mission réussie. Tout le reste de la descente vers la possession, nous adoptons la marche rapide. Nous sommes ensemble, cela me fait du bien. Raphael me dit qu’il est fatigué lui aussi, je ne peux m’empêcher de penser qu’il m’attend pour m’emmener jusqu’au poste suivant. Malgré la difficulté, je suis content de partager cela avec mon pote. Nous nous faisons doubler mais nous sommes désormais dans une autre course, celle où notre esprit est tourné vers la redoute, vers la ligne d’arrivée . Le plus dur dans tout ça, c’est changer d’objectif au cours d’une épreuve. Trop facile de mettre le clignotant et d’abandonner, trop de gens me soutienne : Natacha, ma famille, mes ami (e)s, et je dois bien ça à Anne Marie qui m’a fait confiance en m’équipant et en me permettant de porter les couleurs de son magasin : Running conseil à St Pierre. Puis, j’avance aussi pour Christelle, une jeune maman, une amie qui vient de nous quitter…..


Arrivée à la possession, je retrouve avec beaucoup de contentement mon assistance. 13 H 11 de course, et me voilà désormais 108 ème. Pas tant de places perdues malgré ces derniers kms plutôt en rythme de sénateurs. Les écarts commencent à être très important entres les coureurs.

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Raphael retrouve sa femme et se fait soigner pour des frottements sanglant dans le dos. Impressionnant.

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Je fais le point et commence à m’inquiéter de ma faiblesse. C

ela fait plus de sept heures que je ne me suis plus alimenté. Je n’y arrive plus du tout, je vomis tout. Première fois que cela m’arrive, je ne comprends pas. Je n’ai pourtant rien changé à mon alimentation….. Papa me propose une soupe que j’arrive à déguster. Après une longue pause, nous quittons le site avec Papa. Grand raideur 2010, je lui ai proposé de faire un bout du parcours avec moi. Je partagerai ainsi avec lui le chemin des anglais. Marche rapide tout du long car je n’arrive plus à trottiner…. Voyant Raphael bien frais, j’insiste pour qu’il fasse sa course. Il s’en va et je suis satisfait car je suis persuadé qu’il peut faire une bonne fin de course. 77 kms depuis Cilaos et me voilà à la grande chaloupe en 15 H 42. Je suis 143 ème et avance au courage. Si physiquement, je n’ai aucune douleur, je ressens un vide complet. Je n’ai plus d’énergie…. Le fait de ne plus m’alimenter commence à avoir de multiples répercussions : maux de ventre, rythme cardiaque qui s’accélère, sensations d’étourdissements. Dur dur mais je ne lâcherai pas. Ce n’est pas moi.


La partie bitume de St Bernard est comme à son habitude interminable. Je colle aux basques un groupe de grands raideurs. Ca n’avance pas vite mais ca avance. Arrivée à la fenêtre, 84 ème kms, je retrouve un peu de rythme. Me voilà sur mes sentiers d’entrainements, et je me remets à courir. Le Colorado nous voilà. La maison est à moins d’un km mais ce n’est pas mon objectif premier. La redoute m’appelle !!!


Colorado, 680 m d’altitude, 87 ème kms, 18 H 45 de course, 158 ème. Je me pose 15 mn, bénéficie de l’assistance de choc effectuée par Natacha et maman. Je m’élance comme un demi-fou dans la dernière descente. Je suis comme en trans (et pas comme un trans, quoi que) avec l’envie d’en finir. Je dépasse, dérape, tombe, me relève, aperçois le stade, souris, enfile le t shirt de l’organisation avant d’entrer dans le stade. 40 mn pour effectuer cette dernière partie. Je parcours les derniers mètres à vive allure en cherchant du regard papa, maman et Natacha. Ils sont là, me félicitent et continuent leur soutien après l’épreuve du jour. Il y a bien un avant, un pendant et un après. Le soutien des proches dans le après apparait toujours aussi important.

 

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J’ai finalement bouclé ce Trail de bourbon 2011 en 19 H 44. 146 ème, 82 ème senior et surtout une belle 4 ème place par équipe. Si,…, oui si, ….. Le podium était à notre portée…. Ce sera pour une prochaine fois.

Classement Trail de Bourbon 2011 Equipe

1 COSPI 39

2 TEAM SALAZE 123

3 RUNINRAID 161

4 RUNNING CONSEIL DENIV 277

5 Les Tevenus avec le Moralet en Lelieu 309

6 X Trem Sud Réunion 356

7 Administration Pénitentiaire 411

8 BOIS DE NEFLES ATHLETISME 1 421

9 club athletisme sainte suzanne 507

10 LES TROIS FEUILLES 517

 

 

Classement général Trail de Bourbon 2011

Hommes

 

1 BERNARDIN Guillaume, 12 H 42

2 ROBERT Thierry, 12 H 53

3 VITRY René paul, 13 H 01

 

Femmes

 

1 MAILLOT Martine, 15 H 26

2 NAVARRO Yannick, 16 H 44

3 HOARAU Clarisse, 17 H 06

 

Olivier Chane See Chu, Team Running Conseil Deniv, 43 ème, 16 H 35.

Raphael Audard, Team Running Conseil Deniv, 99ème, 18 H 22.

Arnaud Moisan, Team Running Conseil Deniv, 146 ème, 19 H 44.

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Published by Arnaud Moisan - dans Gazette Sportive
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  • Arnaud Moisan
  • Tu peux toujours courir... Et je cours, je me raccroche à mes baskets tant sur le tartan, le bitume ou les sentiers. Par ce blog, j'espère vous faire partager un peu de ma passion pour la course de fond
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