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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 11:10

 

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Photos sur le site de la course par Thierry Hoarau : www.raid974.com, cliquez ici link

 

Un seul mot pour résumer ces dernières semaines : le doute. Mi mai, en pleine préparation, j’ai du lever le pied du fait de mon impossibilité pour poser celui-ci au sol. J’ai découvert les joies de l’aponevrosite plantaire, lésion confirmée par une échographie. Alors, c’est bien contraint et forcé que je me suis imposé du repos. J’en ai profité pour faire une révision complète du bonhomme, celle des 32, 32 années d’existence dont 31 passées à courir. Un rendez vous chez Mr Ivars pour refaire mes semelles orthopédiques, un tour chez le Doc Leroy pour faire le point sans oublier le contrôle technique chez l’ostéopathe. Je mets de côté mes Oasics Kayano et Trabucco qui me font du tord depuis que la marque a décidé de supprimer un contre appui en interne. Je porte désormais mes nouvelles chaussures, Adidas Riot, offertes par Anne Marie du magasin Running Conseil de Saint Pierre. 

 

 

Ne m’autorisant pas un repos total, j’enchaîne avec des séances de gainage et du vélo. Ce qui va bien m’aider, c’est les séances de kiné où je découvre les ondes de chocs. Cela a le don d’être très efficace. La douleur s’envole, ce qui me permet de reprendre progressivement les footings à partir du 10 juin. Deux semaines avant la course, je fais une sortie test du côté de la Roche Ecrite avec mes dalons déniviens du team Running Conseil.

 

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Cette escapade me rassure sur mon état physique. Je serai donc bien au départ du raid 974.

 

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L’année passée, j’avais vécu une très belle course sur le même parcours mais en sens inverse. Je finissais cuit cuit à Langevin juste avant 22 h 00 à la 16 ème place. Je suis ému en repensant à cette édition car Eric était mon assistant du jour comme souvent il l’a été. Il y a moins d’un mois, il nous a quitté de manière si brutale, si inattendu pour nous tous. Finisher en octobre 2013 de son 11 ème grand raid, il a trouvé d’autres sentiers où il va pouvoir courir en paix. Je pense à lui, il va courir avec moi, en tout cas je cours pour lui et il le sait.

 

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Le départ est prévu à 4 H 00 au stade de Langevin à St Joseph. A 1 H 00 du matin, la maisonnée du Colorado se réveille après une courte nuit. J’ai fait le choix de louper l’élection de miss Réunion pour avoir quelques heures de sommeil. J’espère que je ne vais pas le regretter. Je conduis en écoutant les « mix » en direct des discothèques St Gilloises. Léane et Nath dorment paisiblement malgré le boucan dans la totomobile. Une heure avant le départ, nous arrivons sur place. Je me prépare sereinement comme avant chaque ultra. C’est le côté sympa de ce type de course où je reste zen. En comparaison, j’étais beaucoup plus tendu avant le départ du 10 kms nocturne de St Denis en avril dernier. Pour rappel, je m’auto glorifie puisque j’ai battu mon temps référence et présente désormais un record fixé à 35 mn 44. Pour le plaisir, je rappelle aussi que j’ai devancé mon camarade Gino qui n’a rien pu faire face à mon envie de le battre.

 

 

Revenons à l’épreuve du jour. Ce raid 974 Gel Center est important et tombe vraiment bien dans ma planification d’entraînements pour le grand raid. Bien sûr, cela va me permettre d’accumuler du dénivelé et du kilométrage, mais cela va aussi favoriser le test et je l’espère la validation de mon matériel, de mon alimentation. Autre atout, la possibilité d’évoluer sur une partie du parcours de la diagonale. Une reconnaissance en conditions réelles.

 

 

Dossard 822 fixé sur le maillot, je fais deux tours de stade afin de me réveiller musculairement. Je salue Laurent Delnard, Lionel tilmont puis quelques déniviens et autres membres de la team gel center. Léane fait sensation en étant debout et surtout très en forme à 3 h du mat. Elle monte et descend les butes sans difficultés. Elle rigole, danse, même pas fatiguée !

 

 

Le départ est imminent. Mr Daval, organisateur de la course, fait un petit briefing avant de demander la mise en route d’une musique prévue pour réchauffer l’ambiance et monter la pression. L’effet escompté ne se réalise pas, puisque chacun reste silencieux, dans sa bulle. Il fait un petit signe de main vers la sono, la musique disparait et nous nous élançons. Je fais un petit zigzag afin de passer au plus près de mes deux fans. Au revoir et à très bientôt !

 

 

Nous déambulons dans le quartier de Langevin. Les riverains dorment, seuls les aboiements des chiens trahissent notre présence. Rapidement un groupe de près de 25 coureurs se positionnent en tête. Je suis une nouvelle fois étonné de l’allure qui est déjà bien trop rapide pour moi. Je le répète, ayant une VMA proche de 19, tous les gars devant doivent être à 20. Bref, c’est dingue. Je me retrouve déjà seul derrière ce groupe. Un coureur me double, c’est Lionel Tilmont. Avec sa foulée facilement identifiable, pieds qui trainent et bras le long du corps, limite « je m’en foutiste » (tu me pardonneras, mais c’est l’image que j’ai de ta façon de courir, mais c’est semble t il efficace), il s’éloigne comme les coureurs de tête que je n’aperçois déjà plus.

 

 

Depuis le départ, j’évolue grâce à l’éclairage municipal, mais plus nous nous éloignons de la cité et moins j’y vois. Un grand moment puisque j’inaugure ma nouvelle frontale, la Ferei hl40. Je la programme dans un petit mode afin d’économiser les piles. Malgré cela, je me retrouve avec un phare sur la tête. Je fais sensation. Les voitures qui me croisent passent en feu de croisement. De Langevin à Grand galet, 12 kilomètres de bitume avec une pente constante. Je cours seul à un rythme régulier. Mes seuls points de repères sont les trois traversées de la rivière Langevin, un coup rive droite, un coup rive gauche. J’aperçois continuellement Lionel qui me précède de 200 m. Tiens il fait un écart. Ah, c’est pour déposer un emballage de gel dans une poubelle.

 

 

Le son de la cascade Langevin est de plus en plus présent. Dommage de ne pas admirer le paysage. Mais je l’imagine la résurgente de la grande ravine, belle, grandiose. Une voiture me double avec Klaxon et encouragements, c’est MAT le gelé.

 

Grand galet, me voilà, 1 h 02. Je me ravitaille en express, remplis mes deux gourdes. Nous sommes à 590 m d’altitude, le prochain ravitaillement se fera à 2100 au niveau de la plaine des sables. Nous sommes sur les pentes du Volcan.

 

 

Un petit regroupement s’opère avec 5 autres coureurs dont Lionel. Nous sommes au petit trot et prenons la direction du chemin Cap Blanc. Le bitume laisse place à une allée herbeuse puis à un sentier monotrace. Sur les premiers mètres de ce dernier, je n’arrive pas à suivre mes compagnons donc je les laisse filer. Je trouve mon rythme même si celui-ci ne me plait pas. Je me trouve lent, lourd avec un grand manque de dynamisme. Toutes mes impressions sont vérifiées par le retour régulier de coureurs qui me déposent. C’est le mot, je me fais déposer. Pfff….

 

 

Nous longeons la canalisation qui amène l’eau du captage au réservoir de Grand Galet. Il parait que les vues sont chouettes mais là je ne vois pas grand-chose. Deuxième fois que je passe dans le coin, et deuxième fois de nuit, toujours sur la 974. Les bois de couleurs et brandes remplacent les filaos. Tiens voilà le panneau « Le Grand Pays, 1200 m, Courage ! ». Bon, courage alors. Le sentier est désormais constitué de roches basaltiques, moussues et glissantes. Mieux vaut regarder où l’on pose les pieds.

 

 

Le silence est de rigueur, pas une parole ne vient perturber notre progression. La végétation rétrécit à vue d’œil. Le graton prend le pouvoir. AU détour d’un virage, plusieurs frontales approchent. Je peux entendre la respiration de ces coureurs, ils sont cinq dont la première féminine. Et bien, ils ont la forme.

Moi je continue et déjà le mot abandon vient s’immiscer dans mes pensées. Nath sera à Mare à boue, je suis convaincu d’être dans un jour sans, pas la peine,…. Et je suis en boucle. Finalement, c’est un coureur qui vient me sortir de cette chanson. On commence à discuter et du coup pour continuer nos échanges je lui emboite le pas. Nous parlons de nos dernières courses, de nos anciens raids 974. Il a fait 11 ème il y a deux ans. Et le plus drôle, 36 ème au grand raid 2009 (pour rappel, 39 ème pour moi). Il s’agit de Sébastien Lesage, un nom que je connaissais mais sur papier. Il me rassure et réussit parfaitement sa mission. Merci à lui pour sa sportivité, son partage, ses échanges. Voilà ma belle rencontre du jour.

 

 

Le jour se lève doucement et j’aperçois le rempart vertigineux de la ravine Grand Sable. Quelques minutes plus tard, nous progressons dans la ravine elle-même sur les coulées de lave. La pente est forte. Etant de plus en plus essoufflé, je préviens Sébastien que je vais réduire la voilure. Chose faite, il s’éloigne et me dit « à tout à l’heure ». Je me fais quelques pauses, me retourne pour admirer les panoramas du Sud ! Devant moi, le dernier coup de rein qui va m’amener sur la plaine des sables au pied du piton Chisny. Allez ! Pas après pas, je reprends le dessus.

 

 

Pour contrer le vent qui se lève, j’abaisse mon bonnet et remonte mes manchons de bras. Dès que j’arrive au sommet, j’embraye et me voilà évoluant dans un décor rêvé, de toute beauté. La plaine des sables ! Je cours, saute, m’amuse.

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Alors que je double quelques coureurs, je me fais à mon tour dépasser mais par un vététiste qui s’éclate lui aussi dans ce lieu magique. J’arrive au ravitaillement. Bernard me demande si tout va bien, je lui réponds par la positive. Le mot abandon semble déjà loin. C’est pour ça que j’aime autant l’ultra, le mental, les renversements de situation, les différentes émotions, les ressources surprenantes du corps.

 

 

Je pointe à la 27 ème place après 3 h 45 d’effort. La tête de course en la personne de Pascal Blanc est passée il y a 45 minutes.

 

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Je prends un tuc et c’est repartit. Gil Victoire, toujours présent où il faut et quand il le faut, prend quelques clichés. Merci à lui pour ses photos, la possibilité de les utiliser.

 

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Je me sens bien tout simplement, très serein. Les premiers rayons de soleil me réchauffent. Dans la montée vers l’oratoire St Thérèse, je mène un groupe, reviens sur des coureurs. Tiens, je retrouve Sébastien qui me fait remarquer mon retour en forme. Je me fais un peu distancer dans les dernières descentes avant Textor. Mais cette fois, c’est volontaire. Par expérience, c’est un secteur où beaucoup se mettent dans le rouge et/ou se blesse. Je reste vigilent, la course est encore longue. Je ne m’arrête pas au ravitaillement de Textor ( 29 ème kms). Il est 8 h 50, j’ai mis 1 h 05 depuis le dernier ravitaillement.

 

Le rythme est très bon. Je reviens une nouvelle fois sur Sébastien mais aussi sur un autre coureur qui a la particularité d’évoluer avec des bâtons. Nous avançons vite, cela ne chôme pas. Nous revenons sur Lionel qui marche. Il a mal à sa cheville, il sera contraint à l’abandon.

 

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Nous croisons quelques randonneurs qui ont tous l’amabilité de s’écarter à notre passage. Quant aux vaches, elles nous portent peu d’intérêts. Elles semblent plus préoccupés par le gel qui a envahit les pâturages.

 

 

Arrivée au chalet des plâtres, deux concurrents se font ravitailler par des proches. Ils n’ont pas l’air en forme, je parle des coureurs bien sûr. En ce qui nous concerne, nous constituons désormais un quatuor puisque nous avons fait la jonction avec Romain Bourrinet. Ce dernier est dans le dur, nous dit qu’il va avoir du mal à nous suivre. Nous avançons quand même à bonne allure. Je mène les opérations. Gil, une nouvelle fois, immortalise l’instant.

 

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A ma droite, Romain puis Sébastien.

 

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De longues lignes droites se succèdent jusque Mare à boue.

Mare à boue, 39 kms, 9 h 45, 55 minutes depuis Textor.

 

 

Alors que le ravitaillement s’annonce, je retrouve Léane qui lance des trop mignon « allez papa d’amour », je fonds…. Nath m’aide à me ravitailler, je prends 4 minutes chrono, le temps de repartir avec Sébastien et Romain. Nous tablons sur deux heures de montée, ce qui est faisable mais pas simple. Le climat est parfait, ni trop chaud, ni trop froid. Le sentier est particulièrement sec, ce qui est plutôt inhabituel. Sébastien mène l’allure, Romain second alors que je clôture le groupe. Nous courons dès que possible. Je laisse quelques mètres pour avancer à mon rythme sans trop subir les à-coups de mes dalons. Finalement, je suis toujours à une dizaine de mètres d’eux. J’ai l’impression d’être au bord de la rupture mais finalement nous avançons au même rythme. Les apercevoir régulièrement me rassure, me donne de l’énergie. A mi pente, je mets en place la radio de mon téléphone. Je capte rien, hormis une radio de dédicace, la radio qui est IN. C’est la fiesta Mauricienne dans mes oreilles.

 

 

 

Aux ¾ de l’ascension, nous rattrapons Laurent qui en bave. Il a des douleurs gastriques, n’avance plus et cela ne va pas s’arranger. Il décidera sagement d’abandonner à Cilaos. Quant à notre trio, nous arrivons au sommet du Kerveguen deux heures pile après avoir quitté Mare à Boue. Nous sourions, nous nous congratulons, se tapons dans les mains. Moment simple de bonheur lors d’une course alors que la mi course n’est pas passé ! 11 H 50, tout va bien.

 

 

Je me serais bien fait une sieste mais les copains sont déjà repartis ! Nous descendons à Cilaos ! Même positionnement et Sébastien qui nous conseille de descendre tout en étant relâché. Cela ne l’empêche pas d’enchainer les virages à vive allure. Il est très souple avec d’excellents appuis. J’essaye de garder le contact mais pas simple. Romain a des difficultés de trajectoire et de relance. Il fonctionne beaucoup par à-coup. Je choisis une nouvelle fois de laisser un écart afin de descendre de façon moins heurté. Attention de ne pas glisser et de bien négocier les échelles ! J’ai vendu un 50 minutes à mes collègues, du sommet au ravitaillement de Bras Sec. Une fois la descente effectuée, nous passons par le sentier des sources. Ça grimpe costaud, avec des successions de marches pour géants. Un bon test pour les jambes que l’on vient juste de solliciter dans la descente. Me reste-t-il encore quelques fibres musculaires viables ? Oui, le corps réagit bien. Sébastien relance dès que c’est possible. Nous voilà dans la forêt de cryptomerias qui annonce la descente finale vers le bivouac de ravitaillement. 50 minutes exactement ! Nous sommes précis.

 

 

 

Classement à mi-course, Bras Sec, 52 kms :  

1 BLANC PASCAL 07:01:48

2 FONTAINE RENE FRED 07:08:08

3 GUICHARD MICKAEL 07:31:52

4 VELIA LOIC 07:40:45

5 GUITON JEAN CLAUDE 07:53:22

6 BEGUE JEAN LUC 07:56:36

7 LAURETGEORGES-GUITO 07:56:37

8 D'EURWEILHER SABRINA 07:58:40

9 HOARAU JEAN OCTAVE 07:58:42

10 HUET MIGUEL 08:05:35

11 MAILLOTJEAN MARIE 08:13:06

12 BOYER FREDERIC 08:15:16

13 MUTSCHLER MIKAEL 08:16:51

14 HOUTI BEN 08:25:59

15 ALI FAHARI 08 : 33

16 BOURRINET ROMAIN 08:40:43

17 MOISAN ARNAUD 08:40:44

18 LESAGE SEBASTIEN 08:40:52

19 JEANNEAU WILLY 08:44:10

20 SCHRAM LAURENT 08:46:55

21 AUBRAS JEAN CHRISTY 08:48:56

22 LACOMBE LAURENT 08:48:58

 

Je décide me m’arrêter 5 minutes maximum. Les gentils bénévoles me proposent de l’eau gazeuse, du cola, de la confiture, du chocolat, du poulet, du riz,… Je suis impoli, je refuse tout en bloc. Je ne veux pas mettre en vrac le bon équilibre du moment.

 

 

Alors que Sébastien prolonge son arrêt, se change, je repars avec Romain, 12 h 45. Je préviens Sébastien qu’il va nous rattraper sans problème. Je marche un bon kilomètre puis commence à trottiner. Romain n’arrive pas à me suivre, je ralentis mais je me retrouve quand même tout seul. Je ne sais pas trop quoi faire. Je prends la décision de prendre mon rythme avec la certitude qu’ils vont revenir sur moi dans le col du Taibit. Bon, allez en avant, une nouvelle course débute. Et me voilà en chemin vers la Roche Merveilleuse, le bassin Bleu et le pied du Taibit. Pour éviter la triche, vue l’année passé, l’organisation a opté pour l’option route. D’une ça me permet de dérouler un peu ma foulée, de deux cela m’empêche de m’énerver. Il y a un an, alors que j’étais sur le sentier, je me faisais doubler par des coureurs sur la route. Je n’ai plus qu’à espérer que personne ne se cache dans une voiture !

 

 

Je cours non stop jusqu’au départ du sentier du bloc vers le piton des neiges. Pour le coup, cela ne m’aurait pas déranger d’y monter mais ce n’est pas au programme du jour. La route continue et la pente s’élève. Je choisis d’adopter une marche rapide avant de rajouter quelques portions de courses jusqu’au parking de la Roche Merveilleuse. L’objectif est de pouvoir se préparer à la transition qui va m’emmener jusqu’au pied du Taibit. J’ai des flash de grand raid qui me viennent à l’esprit. Je relance avec la sensation de maitriser mon sujet. Je progresse en ayant le ressenti d’être seul au monde. Le spectacle est de toute beauté. La vue sur le cirque de Cilaos est dégagée. Par contre, Il commence à faire chaud, j’accentue donc mon hydratation. Près de 10 heures de courses, cela commence à faire.  

 

 

 

Le sentier étroit parcourt des décors très différents avec parfois un environnement rocailleux et parfois une végétation dense. Un petit tec tec m’observe, salut l’ami. Cela monte puis descend, puis remonte, puis descend, un grand huit, je m’éclate avant de débouler sur la route d’Ilet à Cordes. Je trottine jusqu’au pont qui surplombe Bras Rouge, objectif du moment. Une fois passée, je décide de marcher jusqu’au prochain objectif à savoir le pied du Taibit. Je me courbe, mains dans le dos comme à mon habitude. Afin de me détendre, j’effectue des petits exercices de respiration. De plus, je prends le temps de bien m’alimenter.

 

 

1 H 30 après avoir quitté Bras sec, je prends la direction du muret où est déjà installé Ben. Je ne le reconnais pas, ne fais pas le lien avec le fauxrhum grand raid où l’on a déjà échangé ensemble. Je suis dans ma bulle, ne percute pas. 2 minutes d’arrêts et je décide de repartir. Ben m’emboite le pas mais quelques minutes plus tard il a un coup de fil qui le ralentit. Moi, je regarde ma montre, j’ai prévu 1 h 30 de montée au maximum. Première étape la source qui me sert de ravitaillement. Petit détour et voilà mes gourdes pleines ! Je monte comme je peux, sans ne jamais croiser personne. Tout est bien calme. Le bar à tisane est ouvert et affiche complet. Je salue tout le monde et continue mon chemin. 1/3 de ma montée seulement de fait. Un coureur tout de bleu vêtu déboule. Il ne me connait pas, je le connais, je le salue, il me salue. C’était la fusée Johny Olivar. Voilà la plaine des fraises, petit répit où je choisis de continue à marcher. J’entame la dernière grosse partie de l’ascension.

 

 

Au niveau de l’oratoire je rejoints une dame et sa fille. La petite me demande : « c’est encore loin ? ». Je lui dis non. Le brouillard cache le sommet qui est vraiment proche. La petite emboite mon pas, nous montons ensemble et arrivée au sommet je lui dis : « c’est bien, tu as quel âge ? ». Elle me répond : « 6 ans, pourquoi ? » « Pour rien……. ». Je décide alors de m’asseoir et d’attendre 5 minutes. J’ai besoin de souffler. Il est 15 h 30, ma montée a duré 1 h 15. Je peux mieux faire, et c’est ça qui est encourageant. Je commence à m’interroger sur l’endroit où je vais devoir rallumer ma frontale. J’ai encore 2 h 30 avant le coucher de soleil. Je souhaite passer Trois Roches, et me rapprocher de Roche Plate. Je verrai bien. Pour le moment, je prends la direction de Marla.

 

 

 

Je me rappelle des paroles de Sébastien : Descendre Relâché. J’applique ses conseils mais cela ne m’empêche pas d’avancer à un rythme soutenu. La vue est bouchée mais le bruit des animaux annoncent mon arrivée imminente dans l’un de mes ilets préféré de Mafate. 17 mn de descente et me voilà au ravitaillement de Marla chez Mme Giraudet. Deux jeunes bénévoles m’accueillent avec le sourire. Je fais le plein d’eau et de Tuc. Ils m’annoncent 14 ème avec le 13 ème à 15 minutes. Je reste concentré car le chemin est encore long. Nous ne sommes qu’au 67 ème km ! Alors que je reprends ma route, Romain arrive au ravitaillement.

 

 

J’entame la descente vers Trois Roches. Je ne présente aucunes douleurs musculaires, ce qui me permet de profiter au maximum. Je prends mon pied, croise personne, me mets même à chanter. « Alé, Alé, levez les mains en l’air ! » Je vous rassure, je ne fais pas les gestes. Les nuages envahissent le cirque, ce qui est plutôt une bonne nouvelle quant on sait que le sentier en dents de scie est peu abrité en cas de fortes chaleurs. Quelques passages à gué et me voilà en approche du site de Trois Roches. Je dois écarter deux vaches qui font un sitting sur le sentier. Ras le bol des grévistes ! Heureusement, elles sont compréhensives.

 

 

Pour une fois, je ne tombe pas dans l’eau en traversant la rivière. Désormais, mes pensées vont vers l’ilet de Roche Plate. Je connais bien le parcours et les trois montées qui m’attendent. La première fait très mal mais je ne lâche rien. Arrivée au sommet, j’aperçois un groupe de 4 coureurs en pleine ascension. Sébastien et Romain font partie de ce groupe. La deuxième montée est avalée puis la troisième aussi. Dans cette dernière, je double trois randonneuses qui me demandent si l’ilet est encore loin. Je leur dit que oui, car mieux vaut être honnête. Je cours contre l’arrivée de la nuit et c’est avec beaucoup de joie que j’arrive de jour à Roche Plate.

 

 

Au niveau de l’école, un coureur est assis, l’air un peu abattu. Je lui demande si ça va, il me répond que oui. Il s’agit de Mikael Mutscher. Je continue ma route ou plutôt mon sentier en direction de La Brèche. Toujours dans une course contre la nuit, je monte à un bon rythme. Je croise des Mafatais, savates aux pieds, qui rejoignent leurs cases après une sortie sur le littoral. A 18 H00, j’arrive au ti col. Je m’assois sur le caillou qui en a vu d’autres. Une pâte de fruit en regardant Mafate qui s’endort et il faut déjà penser à repartir.

 

 

Deux minutes après mon arrivée, Mikael me rejoint et me demande « bah alors ? Qu’est ce qui se passe ?.....). Je lui réponds que tout va bien, que j’ai besoin de m’octroyer de petites pauses, de séquencer mon effort. J’en profite pour mettre en place ma frontale. Nous repartons ensemble. Nous allumons nos lumières dès les premiers lacets qui nous plongent dans le lit de la ravine. Mikael est au téléphone et raconte à ses proches son aventure. Un départ avec les cadors (passage 5 ème à la plaine des sables) puis un coup de moins bien notamment depuis la mi-course. Il a particulièrement mal en descente, au niveau des genoux.

 

 

Après avoir évité de justesse deux chutes, il met à terme à sa discussion. Il faut rester concentré. Cette fois, nous échangeons sur notre course mais aussi nos métiers, nos passions. Puis, n’arrivant plus à suivre son rythme, je le vois s’éloigner. Il me prend un, deux, trois et plusieurs mètres. Il me dit que l’on se retrouvera au ravitaillement des Orangers. Alors que je suis en pleine montée, j’aperçois, tout en bas, 4 lumières. Cela me permet de visualiser l’avance que je possède sur mes poursuivants. Mais de toute manière, je ne peux pas aller plus vite, alors s’ils reviennent, c’est qu’ils sont plus fort. Donc, toujours avoir en tête que l’on doit s’occuper de sa course et pas celle des autres.

 

 

L’ilet des orangers est bien calme. Au ravitaillement, kms 80, j’ai le plaisir de retrouver Schuschu. Il a le sourire, se montre bienveillant, me propose à manger, à boire. Une nouvelle fois, je réponds par la négative. A noter que Schuschu est un bénévole qui mérite un coup de projecteur. Il se donne à fond pour cette course (et bien d’autres) en donnant de son temps, de son énergie, de sa bonne humeur et aussi de ses kilos (il a en effet perdu quelques kilos en balisant l’intégralité du parcours !). Alors que je commence mon ravitaillement, Mikael repart. Schuschu me demande si tout va bien. Je lui dis la vérité, oui ça roule, pas de douleurs, RAS. Je lui fais juste part de la non motivation qui m’envahit en pensant à la longue canalisation des orangers.

 

 

Après avoir quitté le poste, et avant de m’élancer dans la descente, je passe un coup de téléphone à Natacha. Il est 18 h 38. Je lui dis que j’arrive dans à peu près 2 h 20. Et c’est partit pour la descente, transition jusqu’au départ de la canalisation. Peu de repères surtout de nuit donc je vais m’aider de mon chrono. 12 kms, cela va être long. Environ 1 h 30 de cana se profile. Alors, il faut se motiver et puis c’est tout. J’avance à un rythme régulier mais je commence à trouver les lignes droites longues, trop longues, les détours trop nombreux,… Je séquence donc ma progression avec 1 mn de marche pour 10 mn de course.

 

 

A aucun moment je n’aperçois de lumière. Où est Mikael ??? Je pense qu’il est pressé d’en finir. Quand je pense en avoir terminé avec la canalisation, cela continue. INTERMINABLE !!!!! Mais il faut tenir, c’est une vrai bataille mentale. Je décroche le cerveau et me met à compter de 1 à 22, puis de 1 à 56, puis de 1 à 35,….. Finalement après 1 h 20 de canalisation, je déboule sur la piste 4X4.

 

 

Je me lance alors dans une descente de folie. Cela sent bon la fin. Je relance, fait des dérapages, essaye de ne pas faire des erreurs de parcours. Dans la dernière partie, j’aperçois Mikael qui est au ralentit. Sur les 5 derniers mètres de sentier, je fais une belle gamelle. Mikael se retourne, je le rejoins. Il ne connait pas la fin du parcours, nous partons ensemble. C’est le dernier ravitaillement, celui de Sans Soucis, Kms 95. A partir de ce moment, le balisage est faible voire inexistant. Je joue le guide et nous courons à vive allure sur la route de sans soucis. Mikael souffre, se plaint de ses douleurs et me dit plusieurs fois que c’est difficile. Je lui décris la fin de parcours. On temporise. Il me demande la marque de ma frontale. Faut dire que l’ai mis en puissance maximum. Sa lampe ne sert plus à rien !

 

 

Après plusieurs kilomètres de routes, nous prenons la direction de la Rivières des Galets. Nous jardinons un peu, avançons, reculons, cherchons le sentier. Ce n’est pas si simple ! Nous doublons les serres files du semi raid. Ces derniers nous encouragent. Une fois devant la rivière, Mikael cherche un passage au sec. Je l’invite à faire comme moi à savoir allez tout droit. Un bain rafraichissant qui nous fait le plus grand bien! Nous trottinons pour faire les deux derniers kilomètres. Il me demande comment j’envisage l’arrivée, je lui dis ensemble bien sûr. Nous apercevons des lampadaires et comme nous avons perdu le chemin, nous y allons. Manque de bol, nous arrivons aux terrains de pétanque ! Là, il y a erreur !

 

 

Demi-tour, avec un bel énervement de ma part. Nous retrouvons la signalétique, je me calme. Le stade Mandela est en approche. J’aperçois Nath avec Léane qui dort dans ses bras. Bisous à vous deux. Je franchis la ligne avec Mikael. Nous finissons 13 ème ex aequo en 16 h 57.

 

Mr Daval vient nous saluer, nous remettre la médaille de finisher. Je vais m’étendre sur un lit picot, cela fait du bien. 30 minutes après mon arrivée un quatuor en termine. J’y retrouve Sébastien et Romain que je vais saluer.


 Avant de partir se reposer à la maison, un massage au Kalmanou baume ! Rien de tel pour commencer la récupération. Une synergie d'huiles essentielles au service de mes jambes !

 

Classement  :

1 BLANC PASCAL TEAM DECATHLON 1 HV1 13:58:42

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2 FONTAINE RENE FRED ACSJ 1 HS 14:30:32

3 GUICHARD MICKAEL 2 HS 15:14:39

4 VELIA LOIC 3 HS 15:38:19

5 GUITON JEAN CLAUDE 2 HV1 15:41:47

6 BEGUE JEAN LUC AAJM 4 HS 15:49:14

7 LAURET GEORGES-GUITO 5 HS 15:49:18

8 D'EURWEILHER SABRINA 1 FS 16:13:04

9 HOARAU JEAN OCTAVE 3 HV1 16:13:11

10 HUET MIGUEL 6 HS 16:15:09

11 MAILLOT JEAN MARIE 7 HS 16:15:17

12 BOYER FREDERIC 8 HS 16:33:56

13 MOISAN ARNAUD DENIV 9 HS 16:57:14

13 MUTSCHLER MIKAEL COSPI 10 HS 16:57:15

15 JEANNEAU WILLY 4 HV1 17:23:29

16 AUBRAS JEAN CHRISTY 5 HV1 17:23:30

16 BOURRINET ROMAIN 11 HS 17:23:30

18 LESAGE SEBASTIEN 6 HV1 17:23:55

19 MOUNGANDI JOSE EMMANUEL 12 HS 17:45:12

20 HOUTI BEN 7 HV1 17:59:33

 

Et pendant ce temps, mon père, dans sa dernière année V2, faisait partie des 1000 coureurs inscrits au raid 87 kms du Golfe du Morbihan. Pierre Claude Moisan, finisher, 524 eme, 12 h 07 (14 h 50 l'année passée). Bravo à lui et à toute son assistance. Félicitations également à ses deux compagnons d’entrainements.

 

Photos : Gil Victoire, Thierry Hoarau.

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Published by Arnaud Moisan
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commentaires

mathieu 10/07/2014 08:14

bravo pour ta course ET ton récit ! comme d'hab, un très bon cru !!

Profil

  • Arnaud Moisan
  • Tu peux toujours courir... Et je cours, je me raccroche à mes baskets tant sur le tartan, le bitume ou les sentiers. Par ce blog, j'espère vous faire partager un peu de ma passion pour la course de fond
  • Tu peux toujours courir... Et je cours, je me raccroche à mes baskets tant sur le tartan, le bitume ou les sentiers. Par ce blog, j'espère vous faire partager un peu de ma passion pour la course de fond